Vous trouverez sur cette page quelques éléments de biographie sur des personnages cités dans les articles d'Esprit68...



Les éléments rassemblés ici sont très lacunaires et sélectionnés sans doute avec beaucoup de subjectivité. Si vous souhaitez en savoir plus sur tous ces personnages, consultez Wikipédia ou les autres liens qui vous sont indiqués. Je vous recommande également Ni Dieu ni Maître, une Anthologie de l’anarchisme en 2 tomes par Daniel Guérin, aux Editions La Découverte. Vous y trouverez un recueil des textes les plus marquants des principaux théoriciens anarchistes et des témoignages et anecdotes sur leurs vies.

On trouvera peut-être encombrant ce rassemblement de vieilles barbes anarchistes dans le Who’s Who d’Esprit68… Pour répondre à ce possible reproche, j’avancerai que tous les personnages cités ne sont pas des anarchistes. Tous ne sont pas même des révolutionnaires... Par ailleurs, je m’en voudrais de favoriser tout culte de la personnalité ou toute « peoplelisation » des idées. Pourtant, parmi les noms cités, nombreux sont ceux qui peuvent servir de point de repère, de jalons, en référence aux luttes révolutionnaires passées.

A la gauche de la gauche, les forces ont toujours eu tendance à se diviser en de chapelles… On peut le regretter, même si c’est peut-être une tendance naturelle.
A ce sujet, je me rappelle cette boutade du chanteur Renaud tirée de la chanson Dans mon HLM :

« Au quatrième, dans mon HLM,
Y a celui qu' les voisins
Appellent " le communiste",
Même qu'ça lui plaît pas bien,
Y dit qu'il est trotskiste !
J'ai jamais bien pigé
La différence profonde,
Y pourrait m'expliquer
Mais ça prendrait des plombes.
»

Oui, « cela prendrait des plombes » d’expliquer l’histoire du trotskisme, de même que « cela prendrait des plombes » de narrer les péripéties du divorces entre anarchistes et communistes depuis la création de la première internationale. Et l’on peut penser que le grand public n’est pas prêt à entendre le laborieux récit de ces déchirements. Ne faut-il pas d’ailleurs se concentrer davantage sur les idées que sur les hommes, les partis et les étiquettes ?

Certainement… En n’oubliant pas que le récit des luttes passées nous renseigne sur les combats à venir et nous informe sur les erreurs à ne plus commettre.
Osons un résumé forcément arbitraire et simplificateur… Le grand mouvement internationaliste et socialiste qui a vu le jour au cours du 19ième siècle s’est scindé en deux tendances :
- une tendance dite « autoritaire » selon laquelle la justice sociale devait être – au moins provisoirement – imposée par le haut, par un pouvoir, par un état, par une dictature du prolétariat…
- et une tendance « anti-autoritaire » selon laquelle, la nouvelle société, plus juste et plus libre, ne pouvait s’imposer que par le bas, par les associations, par l’autogestion, par le fédéralisme…
La première tendance regroupa les communistes et la seconde les anarchistes. Ce furent les communistes qui l’emportèrent, portés par la puissance unificatrice de la pensée de Marx, qui occulta les subtilités et la clairvoyance des théoriciens anarchistes, lesquels avaient prédit, avec plus d’un demi siècle d’avance, toutes les dérives de l’autoritarisme stalinien.
Mais au cours du 20ième siècle, un nouveau divorce fut consommé, au sein même de la famille communisme entre une branche « bureaucratique », représentée par Staline, soucieuse de renforcer son pouvoir dans un seul pays et une branche représentée par Trotski, soucieuse d’étendre la révolution dans le monde entier pour en finir avec le capitalisme.
Ce fut à nouveau la branche la plus autoritaire, représentée par Staline qui l’emporta. Trotski, assassiné en 1940 laissa cependant la 4ième Internationale en héritage.

Et aujourd’hui ?...

A l’origine, communismes et anarchistes appartenaient à la même famille, à cette famille d’hommes et de femmes qui affrontèrent lucidement les réalités du monde pour tenter d’instaurer des rapports plus justes entre les êtres humains, sans se soucier de leur propre appartenance, de leur propres privilèges, de leurs propres intérêts, parce qu’ils se considéraient avant tout comme des membres de l’Humanité.
Cette famille, dont les membres sont aujourd’hui dispersés, doit se rassembler et prendre connaissance des nouveaux terrains – l'écologie, l'éthique – sur lesquels se joue sa perpétuelle lutte pour le bonheur et la justice.


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Classement alphabétique des personnages cités :



Gaston Bachelard, 1884-1962, philosophe français. Ah, voilà un barbu... Mais lui n'est pas un anarchiste ! Gaston Bachelard s'est plutôt intéressé à la philosophie des sciences mais aussi à l'imaginaire et à la poésie. Si je le cite à plusieurs reprises dans Esprit68, c'est parce qu'il constitue pour moi l'un des représentants de ce rationalisme éclairé, de ce réalisme ouvert dont j'ai voulu souligner l'importance. Rationalisme tempéré d'humanisme, réalisme sachant réserver sa place à la rêverie et à l'imaginaire, telles devront être à mon sens les inclinaisons des nouveaux révolutionnaires.



Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine, 1814-1876, révolutionnaire et théoricien de l'anarchisme. On retiendra sa rivalités avec Marx lors de la constitution de la Première Internationale, de même que ses lucides anticipations de toutes les dérives autoritaires et de toutes les impostures scientistes. Bakounine était un athée farouche et un partisan de la science, mais il avait deviné que confisqué par les scientifiques, le pouvoir demeurerait toujours aussi nocif. Vous trouverez ici un blog consacré à la vie et à l'oeuvre de Bakounine...






Jean-Baptiste Clément, 1836-1903, chansonnier et communard français il est l'auteur du célèbre Temps des cerises mais aussi de La semaine sanglante dont vous trouverez ici les paroles sur wikipédia et une version chantée par Marc Ogeret sur You tube.






Charles d'Avray, 1878-1960, poète et chansonnier anarchiste français, célèbre pour ses conférences chantées et pour son Triomphe de l'anarchie. Mais Charles D'Avray a composé bien d'autres excellentes chansons, dont vous trouverez les paroles sur ce site.






Noam Chomsky, Noam Chomsky, 1928- linguiste et philosophe américain. Il y a deux Noam Chomsky, le linguiste et l’intellectuel engagé. En tant que linguiste, Noam Chomsky est le promoteur de la « grammaire générative ». Il est partisan d’un certain innéisme, c'est-à-dire qu’il considère que les facultés langagières humaines s’expliquent par une structure innée, la « grammaire universelle », qui permet aux enfants d’avoir une connaissance spontanée de la grammaire élémentaire propre à toutes les langues humaine. On remarquera que malgré ce présupposé en faveur de l’innée, Chomsky n’est pas du tout un « conservateur » au sens politique du terme et se situe clairement à gauche de l’échiquier politique. En se référant notamment à l’usage que Kropotkine fait du darwinisme, Chomsky a d’ailleurs combattu comme une idée reçue l’opinion selon laquelle les partisans de l’innée seraient situés « plutôt à droite » et ceux de l’acquis « plutôt à gauche ». Ses propres conceptions innéistes, se concilient avec sa reconnaissance de la capacité des êtres humains à se mobiliser pour obtenir davantage de justice et une plus équitable répartition des richesses.
Les travaux de Chomsky ont eu un très grand impact dans le domaine de la linguistique et des sciences cognitives, en permettant notamment de dépasser les approches strictement « comportementalistes ». Mais dans le domaine des « sciences de l’esprit », les modèles proposés par ses héritiers directs, comme le modèle « computo-représentationnel » du philosophe américain Jerry Fodor (1935-), faisant intervenir un « mentalais », censé être « le langage universel de la pensée », peuvent eux-mêmes paraître dépassés par d’autres modèles qui reposent moins sur le langage et davantage sur le corps et ses interactions avec l’environnement – comme le modèle de la « cognition incarnée », développé par le neurologue et philosophe chilien Francisco Varela (1946-2001).
En tant qu’intellectuel, Chomsky s’est surtout fait connaître par ses critiques féroces de la politique étrangère des états Unis, qui se sont notamment exprimées dans son opposition à la guerre du Vietnam, puis aux interventions en Irak ou au Kosovo, et par sa dénonciation des agissements anti-démocratiques en Amérique latine. Il a par ailleurs développé une théorie critique de la manière dont les média de masse manipulent l’opinion publique et « fabriquent son consentement » afin de justifier la position dominante des Etats-Unis et de garantir les intérêts financiers et marchands. Vous trouverez sur ce site deux films illustrant ses opinions : La fabrique du consentement et Chomsky et Cie.
Sympathisant du mouvement anarcho-syndicaliste et membre du syndicat IWW – Industrial Workers of the World – Chomsky se réfère souvent au mouvement anarchiste. Ce positionnement a été controversé, certain voyant en Chomsky un « anarchiste d’état », qui propagerait une fausse conception de l’anarchie. Il est vrai que Chomsky adopte une attitude que d’aucuns jugeront « réformiste » en admettant qu’il est nécessaire, au moins provisoirement, de sauvegarder certaines institutions étatiques pour protéger les populations des prédateurs féroces que sont le firmes multinationales. En se basant sur une analyse de divers écrits politique de Noam Chomsky, Esprit68 a ouvert un débat sur le rôle possible des intellectuels.




Guy Debord , (1931-1994), écrivain et cinéaste français. Il est le fondateur de l’Internationale Situationniste en 1957, dans laquelle s’était intégrée l’ancienne internationale lettriste créée en 1952. Organisation révolutionnaire anti-capitaliste mais également anti-stalinienne – bien que fermement communiste – l’Internationale Situationniste constitue également un dépassement des avant-gardes artistiques (dadaïsme, surréalisme, lettrisme…) dans le projet révolutionnaire.
En 1967 Debord écrit son ouvrage le plus célèbre La Société du Spectacle, l’année même où Raoul Vaneigem fait paraître son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. Les thèses et les slogans « situationnistes » vont se propager à l’occasion de la révolution avortée de mai 1968 : l’appel à « jouir sans entrave », le refus du travail (« Ne travaillez jamais ! », écrivait déjà Debord en 1952 sur les murs de Paris), tout le pouvoir réclamé pour les Conseils Ouvriers, et surtout la dénonciation de la « Société du Spectacle », forme ultime de l’aliénation capitaliste qui implique que la vie est de moins en moins vécue, qu’elle est toujours davantage « représentée », dans des rapports sociaux qui deviennent eux-mêmes des marchandises.
Les situationnistes, joueront eux-mêmes un grand rôle dans « les évènements de mai » à travers le Comité Enragés-Situationnistes et le Conseil pour le Maintien des Occupations. Debord se montrera intransigeant pour préserver la théorie et la pratique révolutionnaire de l’Internationale Situationniste. Il prononcera à cet effet de nombreuses exclusions, dont celle de Raoul Vaneigem en 1970. Finalement, en 1972, Debord procédera à la dissolution de l’internationale Situationniste pour interdire toute tentative de récupération de ses idées et de son action. Par la suite, Debord continuera de se consacrer au cinéma, en illustrant certains de ses anciens textes, comme La Société du Spectacle en 1973, ou en en mettant en scène de nouveau, par exemple In girum imus nocte et consumimur igni, en 1978. La plupart de ses films peuvent être vus ici sur Esprit68. Guy Debord a également alimenté un débat dur le site, à voir ici.



Gilles Deleuze (à gauche), 1925-1995, philosophe français, et Félix Guattari (à droite), 1930-1992, psychanalyste et philosophe français. Ah... Voici deux représentants célèbres de la "pensée 68"... Gilles Deleuze et Félix Guattari sont notamment les co-auteurs de L’Anti-œdipe et de Mille Plateaux, deux livres emblématiques de la période post-soixante-huitarde … J’ai personnellement découvert ces deux livres il y a environ 20 ans, à l’époque de mes enthousiasmes adolescents. J’avais alors été très impressionné et fasciné. Deleuze et Guattari semblaient avoir découvert une manière de penser proprement révolutionnaire… Ils semblaient avoir découvert la clé de… de quoi au fait ? A la relecture L’Anti-œdipe et de Mille Plateaux, me paraissent receler beaucoup d’élucubrations et de contresens. Plus grave, ces livres rompent avec l’idéal de clarté et de rigueur qui doit selon moi guider la réflexion révolutionnaire. Celle-ci n’a pas besoin de gourous. Elle n’a pas besoins de déguiser ses idées sous des formules abracadabrantes. Elle doit plutôt renouer avec l’idéal des Lumières. Qu’importe si elle fait parfois fausse route. Mieux vaut une erreur clairement formulée, qui peut donc être corrigée, qu’une formule séduisante par son obscurité, mais au sujet de laquelle on ne pourra jamais rien affirmer. Deleuze et Guattari n’avaient pas besoin de nous parler de « Déterritorialisation » de « Machines désirantes » ou de « Lignes de fuite » pour nous faire comprendre que nous gagnerions à nous libérer de nos déterminants sociaux, familiaux et culturels…
Bon, après avoir renié ce que j’ai précédemment adoré, je veux bien maintenant nuancer mon propos… Oui Deleuze a dit et écrit de nombreuses choses très intéressantes… Je vous recommande notamment sont Abécédaire dont vous trouverez la plupart des extraits sur You Tube, avec notamment cette réflexion sur ce que c’est qu’être de gauche. Je suis totalement d’accord avec la première partie de la réponse de Gilles Deleuze… Oui, être de gauche, c’est d’abord adopter un certain point de vue. La suite de l’entretien me satisfait un peu moins… Je ne suis pas non plus d’accord avec ce qu’il dit des Droits de l’Homme, mais il faudra que je prenne le temps de m’en expliquer plus longuement.

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Buenaventura Durruti, 1896-1936, principale figure de l'anarchisme espagnol, et héros de la guerre civile. Mortellement touché alors qu'il répondait à une attaque franquiste, les circonstances de sa mort n'ont jamais été élucidées. Les communistes ont été accusés d'avoir ordonné son élimination. Quelque soit la vérité au sujet de la mort de Durruti, la guerre d'Epagne a été le théâtre de déchirements tragiques entre anarchistes et communistes. Cette lutte fratricide a sans doute contribuée à la victoire du fascisme. Qu'en aurait-il été si les républicains l'avaient emporté et si dans la ferveur de la victoire la révolution libertaire de Catalogne s'était étendue à l'Espagne tout entière, puis à la France du Front Populaire, puis à l'Europe et au monde ? Mais les soi-disants communistes, alors inféodé au pouvoir stalinien, pouvaient-ils se permettre de laisser la véritable révolution se propager ? Si le sujet vous intéresse, je vous recommande le film de Ken Loach Land and Freedom : En suivant le conflit au travers des yeux d'un jeune communiste anglais, engagé dans les brigades internationales et qui finira par rompre avec le parti pour rejoindre ses camarades du POUM, ce film nous en montre tous les enjeux, tous les espoirs déçus de la tragédie espagnole.




Sébastien Faure, 1858-1942, anarchiste français, auteur des Douze preuves de l'inexistence de dieu dont j'ai déjà parlé sur Esprit68 (ici) et de Révolte, une chanson reprise notamment par René Binamé (je vous en ai proposé une vidéo ici...). Sébastien Faure a également élaboré une théorie de la pédagogie (principalement axée sur la découverte par l'élève lui-même des concepts utiles à la connaissance). Il est l'initiateur de l'Encyclopédie anarchiste dont on trouvera ici la préface.




Michel Foucault, 1926-1984, philosophe français. Sans doute l'un des plus célèbres intellectuels français du 20ième siècle, mais certainement pas mon préféré. A gauche on s'est souvent référé à lui, en référence à sa dénonciation des différentes formes d'enfermement, à sa contestation des pouvoirs et des discours préétablis... Michel Foucault a lui même milité dans des organisations d'extrêmes gauche. Et pourtant... Il m'est difficile de parler avec autorité de son œuvre, que je ne connais que très partiellement, mais je peux affirmer que plusieurs aspects importants de sa philosophie (ou du moins ce que j’en ai perçu) m’ont toujours rebuté. En premier lieu sa critique excessive de l'humanisme. Michel Foucault annonçait « la mort de l’homme » comme Nietzsche avait annoncé auparavant « la mort de dieu ». Foucault ne pensait pas à une prochaine catastrophe nucléaire ou écologique, il anticipait la mort de l’homme en tant qu’idée ou concept… Et bien, je juge cette annonce au mieux un peu idiote et au pire franchement odieuse. Comme je trouve bien peu opportune la dénonciation des droits de l’homme qui peut en découler. Il était de bon ton, dans la ferveur soixante-huitarde, de conspuer cette « invention bourgeoise » de la révolution française, ces droits de l’homme « abstraits » qui ne tenaient pas compte des réalités sociales et des antagonismes de classe. Mais cette critique était finalement plus abstraite encore que son objet. Je ne pense pas, quant à moi, qu’il soit inutile de rappeler qu’il faut s’abstenir de tuer les êtres humains, de les torturer et de les priver arbitrairement de liberté. Revendiquer les droits de l’homme, cela n’est peut-être pas suffisant, mais cela reste nécessaire face à l’horreur du camp de Guantanamo, face à la répression en Chine et en Birmanie, face aux assassinants de journalistes en Russie, face à la barbarie intégriste du régime saoudien, face, peut-être, aux agissements de zélés représentants de l’ordre dans les commissariats français. En second lieu, la philosophie de Michel Foucault me semble favoriser un relativisme un peu vain qui certainement s’auto réfute mais qui paralyse auparavant la pensée et l’action. Finalement, tout ne serait peut-être qu’une question de point de vue de paradigme… L’âge classique aurait favorisé l’apparition d’une certaine forme de science, mais un autre discours est sans doute possible…Peut-être, en fin de compte, Galilée avait-il tort de prétendre que la terre tournait autour du soleil… Assez ! Et les faits ?! Ils sont là et ils sont têtus ! Face aux tergiversations relativistes qui sont les alliées objectives des discours autoritaires et mensongers du pouvoir je recommande un retour au réalisme philosophique ! (cette présentation un peu sévère est discutée ici)




Noël Godin, entarteur belge né en 1945. Faut-il encore présenter le génial fondateur de l'Internationale patissière, le héros vengeur et humoristique, l'inlassable entarteur de la bêtise arrogante, le courageux dispensateur de crème, le très estimé Gloupier ? Je préfère vous indiquer l'adresse de son site. (Sur cette photo, on dirait que Noël Godin lorgne vers Michel Foucault... Pour un entartage à titre posthume alors !)







Hakim Bey, « anarchiste ontologique » et « terroriste poétique » dont le nom d’emprunt signifie « Monsieur le Juge » en Turc, désignerait en réalité un certain Peter Lamborn Wilson, né à New York en 1945. Mais Hakim Bey existe-t-il vraiment ? Un livre, qui lui est attribué existe tout du moins, et vous pouvez le lire sur la page des lectures d’Esprit68. Un débat avait été ouvert dans un ancien article d’Esprit68 à propos de ce livre. Vous pouvez le retrouver ici.







John Holloway est né en Irlande en 1947. Il est associé au mouvement zapatiste de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et professeur de sociologie à l’institut de Sciences humaines et sociales de l’université de Puebla au Mexique. Il a notamment publié en 2002 « Cambiar el mundo sin tomar el polder. El significado de la revolucion hoy » paru en anglais la même année sous le titre « Change The World Without Taking Power » et enfin en français « Changer le monde sans prendre le pouvoir » aux Éditions Syllepse en 2007. Ce livre qui constitue une tentative pour penser la révolution en dehors de la prise de pouvoir étatique a donné lieu à un débat sur ce site. Des textes courts de John Holloway peuvent être lus ou téléchargés sur la page des lectures d’Esprit68.








Ivan Illich, 1926-2006. Penseur de l'écologie politique, Ivan Illich a notamment montré que la croissante mesurée selon les normes économiques actuelles, n'allait pas forcément de pair avec l'augmentation du bien-être. Vous pouvez notamment lire Énergie et équité d'Ivan Illich, sur le site d'Esprit68.




Théodore Kaczynski , (1942- ), mathématicien, philosophe et terroriste américain surnommé « Unabomber ». Brillant mathématicien (il reçoit le prix de la meilleure thèse mathématique en 1967), Théodore Kaczynsky quitte son emploi à l’université de Berkeley en 1969. Après avoir envisagé de cultiver la terre au Canada, il construit finalement sa cabane dans la campagne du Montana. A partir de 1978, il commence à envoyer ses colis piégés aux universitaires et aux industriels. Jusqu’en 1995, il expédiera 16 bombes par la poste, faisant 3 morts et 29 blessés. Le 19 septembre 1995, s’étant engager à ne plus tuer si ses écrits étaient publiés, il obtient la publication de son manifeste « L’avenir de la société industrielle » par le Washington Post. Son frère David Kaczynsky, qui reconnaît son style dans cette publication le dénonce alors au FBI. Théodore Kaczynsky est arrêté en 1996. En plaidant coupable, il n’obtient pas le procès public qu’il avait espéré, mais est condamné en 1998 à la prison à perpétuité sans possibilité de réduction de peine. Une discussion a été ouverte sur Esprit68 à propos de son manifeste, vous pouvez également visionner le film documentaire de Lutz Dammbeck Das Netz - Voyage en cybernétique sous-titré Unabomber, le LSD et l'Internet qui confonte les thèses de Kaczynski aux fondements de « l’idéologie cybernétique ».


Pierre Kropotkine(1842-1921), révolutionnaire et anarchiste russe. Issu de la haute noblesse moscovite, Pierre Kropotkine intègre l’armée russe en 1857 et devient officier des cosaques en Sibérie. Il quitte l’armée 10 ans plus tard pour étudier les mathématiques et la géographie. Il rejoint la cause révolutionnaire et après un voyage en Suisse, adhère en 1872 à la fédération jurassienne de la première internationale, acquise aux idées de Bakounine. Il retourne en Russie où il est emprisonné en 1874 pour son activisme révolutionnaire. Il s’évade deux ans plus tard, part en Écosse, puis à Londres, avant de revenir en Suisse. En 1879 il fonde le journal Le Révolté. Expulsé de Suisse, il repart à Londres puis s’installe en Savoie. Il est arrêté en France suite aux grèves des soieries lyonnaises de 1883. Amnistié en 1886 il part pour 30 ans en Angleterre. Il collabore à la Géographie Universelle d'Élisée Reclus et se consacre à de nombreux écrits. En 1902, dans son ouvrage L’Entraide, un facteur de l'évolution, il s’appuie sur les travaux de Charles Darwin pour affirmer que c’est dans l’association que les espèces trouvent le meilleur moyen de subsistance, thèse qui contredit sans doute les tentatives plus contemporaines de nos économistes néo-libéraux qui voudraient présenter la lutte exacerbée de tous contre tous comme une loi indépassable de l’évolution.
En 1916, il signera le manifeste des 16, dans lequel, aux cotés d’autres signataires anarchistes, il prend parti pour les alliés et contre l’Allemagne. Cette prise de position belliciste entraînera la condamnation de ses anciens amis, dont Errico Malatesta, qui en 1915, en avait au contraire appelé à l’union de tous les travailleurs par-dessus les nations pour faire cesser la guerre et provoquer la révolution.
En 1917 Kropotkine retourne en Russie après la révolution d’octobre. Il refuse un poste de ministre et demeure critique à l’égard de la personnalité de Lénine, des dérives autoritaires bolcheviques et de la répression qui s’abat sur les anarchistes.
Certaines citations de Kropotkine demeurent très inspirantes, ainsi celle-ci tirée de son procès devant le tribunal correctionnel de Lyon : « Nous croyons, nous, que le capital, patrimoine commun de l’humanité, puisqu’il est le fruit de la collaboration des générations passées et des générations contemporaines, doit être à la disposition de tous, de telle sorte que nul ne puisse en être exclu ; que personne en revanche, ne puisse en accaparer une part au détriment du reste. » Voilà qui sans doute a dû inspirer Lucrèce pour la rédaction de son code de la propriété humaine


Paul Lafargue (1842-1911), socialiste français. Paul Lafargue est le gendre Karl Marx. Communard, traducteur avec sa femme des textes de Marx et diffuseur du marxisme en France et en Espagne, fondateur avec Jules Guesde du Parti Ouvrier en 1880, Paul Lafargue est également connu pour avoir écrit cette même année « Le droit à la paresse », dans lequel il entend démontrer que l’amour du travail est une folie qui cause le malheur de l’humanité. La prétendue « valeur du travail » n’est pour lui qu’un préjugé de la morale chrétienne, insidieusement inculqué au prolétariat dans l’intérêt de la bourgeoisie. Et de fait, aujourd’hui encore, au comprend bien à qui sont vendus les sinistres tartufes qui font mine de louer « la France qui se lève tôt », ou de réhabiliter « la valeur travail ». Lafargue pense (et c’est sans doute encore plus vrai à notre époque) que compte tenu du progrès humain, il suffirait de travailler trois heures par jour pour satisfaire nos vrais besoins. A noter que le philosophe Bertrand Russel développa de semblables idées dans un cours essai intitulé L'Éloge de l'oisiveté (In Praise of Idleness en anglais). Paul Lafargue se suicida avec sa compagne en 1911, suite à choix qu'on pourrait sans doute qualifier d'« éthique ». Le droit à la paresse peut être lu ici sur Wikisource. Quant à L'Éloge de l'oisiveté, vous pouvez le lire ici sur Google livres.




Patrice Émery Lumumba , (1925-1961), homme politique congolais, héros de l’indépendance africaine, il eut le courage de dénoncer les crimes coloniaux devant le roi des belges venu avec condescendance accorder la souveraineté au peuple congolais, au nom du « génie belge ». Mais Lumumba paya cher son audace ! Alors qu’il est devenu premier ministre du Congo, suite aux élections de juin 1960, les anciens colonisateurs ne lui pardonnent pas l’outrage fait au roi et craignent surtout de perdre leur mainmise sur les matières premières du pays. Ils œuvrent dès lors à sa chute. L’armée belge – et les mercenaires français de Bob Denard – soutiennent la rébellion de Moïse Kapenda Tshombe au Katanga. Le gouvernement congolais fragilisé est renversé par le sanglant dictateur Joseph-Désiré Mobutu, garant des intérêts occidentaux. Mobutu fait capturer Lumumba et, avec l’assentiment et la complicité des militaires belges, organise son exécution. Esprit68 vous recommande cette vidéo qui rappelle la parole forte de Lumumba, son défit face à l’injustice, à l’oppression, à l’exploitation et au mensonge. Aujourd’hui une telle parole est plus que jamais nécessaire… Et pourtant on peut et on doit éviter qu’elle conduise au martyr. La chute de Lumumba nous renseigne sur les dangers de défier le pouvoir. Mais sans qu’il soit question d’une quelconque compromission ou d’un quelconque renoncement, elle nous suggère aussi comment nous protéger par avance de ses coups. Car malgré sa probité, Lumumba représentait lui aussi un pouvoir d’état qui s’opposait à un pouvoir plus fort. La nouvelle parole forte dont le monde à besoin ne sera pas celle d’un dirigeant, mais elle sera celle de la multitude. Elle n’aura pas un visage, elle n’aura pas une seule bouche, mais en aura des milliards et c’est ainsi que rien ne pourra la faire taire et que rien ne pourra la vaincre.



Nestor Ivanovitch Makhno 1889-1934, héros de la révolution anarchiste ukrainienne. En 1917, suivant son exemple, les paysans et les ouvriers s'organisent en soviets sur la base de l'autogestion. La révolution ukrainienne s'oppose en quelque sorte au centralisme étatique russe imposé par les bolchéviques. Ces derniers la considèreront avec la plus grande méfiance. Dès 1918, Lénine achète la paix en cédant l'Ukraine à l'empire austo-allemand. Nestor Makhno crée alors la « Makhnovchtchina », l'armée de révolte contre l'occupant, qui choisit pour emblème le drapeau noir de l'anarchie. Après avoir chassé les allemands, la Makhnovchtchina doit combattre l'armée blanche contre-révolutionnaire du général Dénikine. Le pouvoir de Moscou utilise les anarchistes ukrainiens pour combattre ses propres ennemis. Mais bientôt, l'armée rouge se retourne contre la Makhnovchtchina qui est finalement défaite. Blessé, Nestor Makhno s'exile en Roumanie puis en Pologne. Il trouvera finalement refuge en France et finira ses jours à Paris.
Pour une première approche du personnage, vous pouvez lire Makhno L'indomptable, un très bon article sur AgoraVox. A voir aussi The Nestor Makhno Archive, un site très complet dédié à l'anarchiste ukrainien.



Errico Malatesta , (1853-1932) révolutionnaire italien. Militant contre les injustices sociales dès son plus jeune âge, il se rallie aux idées anarchistes après la Commune de Paris et adhère à la première Internationale des travailleurs. Il y rejoindra la tendance anti-autoritaire de Bakounine. Plus tard dans la nouvelle Internationale anti-autoritaire issue de la fédération jurassienne, Malatesta s’éloignera des tendances collectivistes de Bakounine pour adhérer au communisme libertaire. En 1877, dans le Bénévent italien, il fomente diverses insurrections, aux cours desquelles les registres communaux sur les propriétés sont brûlés et la monarchie est déclarée abolie. Mais la révolte est un échec. Emprisonné, Malatesta doit fuir l’Italie après sa libération. Il voyage en Égypte, en France, puis en Suisse où il rencontre Elysée Reclus et Pierre Kropotkine. Indésirable en Suisse, il part pour Londres et voyage dans toute l’Europe, revient en Italie après une tentative révolutionnaire avortée en Égypte, est arrêté pour conspiration et doit s’exiler en Argentine pour éviter l’emprisonnement. Après avoir été chercheur d’or et organisateur syndicaliste, il rentre en Europe, en 1889.
Il voyage encore en Angleterre, en Espagne, en France. Arrêté et emprisonné en Italie, il parvient à s’échapper de l’île de Lampedusa où il était assigné à résidence, repart vers la Tunisie, rejoint New York puis Cuba et finit par s’établir à Londres en 1900. Il y restera plus de 12 ans avant de rentrer en Italie. En 1914 il participe activement à l’insurrection populaire connue sous le nom de « Semaine rouge » qui est, à l’origine, une action anti-militariste visant à la libération de deux appelés emprisonnés à l’aube de la Grande Guerre. Mais suite à un massacre de manifestants par les carabiniers, la protestation se transforme en grève générale dans toue la Toscane. Finalement l’insurrection échoue et Malatesta doit fuir à nouveau en Angleterre. Fidèle à ses convictions internationaliste et antimilitariste, Malatesta rompt avec son ami Kropotkine à l’occasion de la guerre. En 1919, il rentre en Italie où il est devenu très populaire. Il participe avec le poète Gabriele D'Annunzio à la prise de la ville de Fiume et à l’extravagante aventure révolutionnaire qui va suivre (Dans son livre Par les chemins Noirs, le dessinateur David B, évoque cet épisode historique incroyable qui aboutit à la création d’un état indépendant reconnu par le seul mouvement Dada). De 1920 à 1921, Malatesta est emprisonné. Il est finalement libéré mais doit faire face à la montée des fascistes qui s’installent au pouvoir en 1922. Placé en résidence surveillée à Rome, Malatesta ne pourra plus reprendre ses activités révolutionnaires.
Il est important de signaler que malgré son extraordinaire activisme, Malatesta s’est toujours prononcé contre la violence et la terreur révolutionnaire, ainsi que le montre ce texte. C’est un fait qu’il est important de rappeler aujourd’hui, alors qu’on insiste peut-être avec trop de complaisance, sur les moyens violents de l’insurrection.

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Louise Michel, 1830-1905, révolutionnaire, communarde et anarchiste française. Enseignante, figure marquante de la Commune de Paris, Louise Michel fut déportée en Nouvelle Calédonie après la répression versaillaise. Ce fut durant cette exode qu'elle se rallia à l'anarchie tout en soutenant les révoltes des autochtones kanaks. De retour en France en 1880, elle adopta le drapeau noir et contribua à le populariser comme symbole du mouvement anarchiste (vous pouvez lire cette histoire ici). En 1871 Victor Hugo, lui a dédié le poème Viro Major.



Antonio Negri, philosophe et homme politique italien né en 1933. Penseur de l’extrême gauche italienne, « Toni » Negri fut condamné à 17 ans de prison pour ses liens supposés avec les brigades rouges durant les « années de plomb ». Élu député du parti radical italien, il bénéficia un temps d’une immunité parlementaire, après plus de 4 années passées en détention préventive. Lorsque cette immunité fut levée, Toni Negri se réfugia en France. Il retourna finalement en Italie en 1997 pour y purger le reste de sa peine. Toni Negri a avancé l’idée d'un salaire minimum mondial, base matérielle d'une citoyenneté mondiale J’ai repris cette idée dans plusieurs de mes articles en parlant de salaire minimum universel et en proposant même de l'évaluer en terme de surface ou d'énergie. De manière moins prévisible il a défendu le « oui » au projet de Traité Constitutionnel Européen. Toni Negri considère en effet que la construction européenne est un moyen de dépasser l’illusion néfaste de l’État nation. Je ne suis pas tout à fait sûr de le suivre sur ce point. Plutôt que de voir émerger une citoyenneté européenne, je souhaiterais davantage voir émerger une citoyenneté mondiale. Mais celle-ci est peut-être un préalable à celle-là… ou pas ! Je ne voudrais cependant pas que la vision « européenne » prime sur la vision « mondiale », et que l’appartenance européenne soit considérée comme la dernière forteresse permettant à l’occident de conserver ses privilèges.



PM est le pseudonyme d'un écrivain suisse de langue allemande né en 1946. Il a signé en 1983, le génial essai Bolo’Bolo, qui a été enrichi en 1998 d’une préface intitulée « La mort lente de l’économie ». PM nous propose un nouvel arrangement pour vivre sur notre vaisseau spatial planétaire après la disparition de la machine capitaliste. Cette solution, c’est Bolo’Bolo. Bolo’Bolo a construit sa propre langue l’Asa’pili. Mais tout le monde peut comprendre Bolo’Bolo et surtout tout le monde doit le lire. C’est par là.






Eugène Pottier, 1816-1887, révolutionnaire et poète français. Communard, déjà vétérant de la révolution française de 1848, Eugène Pottier restera célèbre pour avoir écrit les paroles de l'Internationale en juin 1871. Vous trouverez ici les textes de ses autres chansons comme La grève des femmes ou l'anthropophage. Pour le texte d'Elle n'est pas morte, une autre de ses chansons célèbre sur la Commune de Paris, vous pouvez cliquer ici.



Pierre-Joseph Proudhon, 1809-1865, anarchiste et socialiste français. Inlassable travailleur autodidacte, élu député en 1848 avant d’être emprisonné 3 ans pour « offense au Président de la République » à l’encontre du futur Napoléon III, Proudhon fut le premier à se qualifier d’anarchiste. Il influença Marx, notamment par son livre, Qu’est-ce que la propriété, dans lequel il avançait la réponse célèbre « La propriété c’est le vol ». La correspondance entre les deux hommes cessa quand Marx répondit au livre de Proudhon Philosophie de la Misère, par son très critique Misère de la philosophie. Par la suite, les idées de Proudhon sur la propriété individuelle se nuancèrent et il n’hésita pas à la considérer comme l’un des fondements de la liberté. Il s’opposa sur ce point à Bakounine, de même qu’il resta toujours opposé à toute forme de violence dans l’action révolutionnaire. Aujourd’hui la lecture de Proudhon m’apparaît, à bien des égards, rafraîchissante, même si son style peu paraître un peu trop littéraire. En plus d’être un révolutionnaire, Proudhon était sans doute un grand écrivain. Par rapport aux écrits de Marx, ses analyses, qui semblent au premier abord manquer de rigueur et de systématisme, se signalent par leur originalité, leur inventivité, leur sincérité et finalement leur clairvoyance.


John Rawls, 1921-2002, philosophe américain. J'ai cité à plusieurs reprise (notamment ici et ) les travaux de cet universitaire américian, notamment célèbre pour sa Théorie de la justice. Rawls est parfois considéré comme l'un des théoriciens du libéralisme. Mais les étiquettes peuvent être trompeuses, et le libéralisme de Rawls est davantage un libéralisme politique qu'un libéralisme économique. Ses thèses peuvent paraître trop abstraites et en se sens critiquables, mais prises véritablement au sérieux, elles sont peut-être révolutionnaires. Prétendre qu’un état est juste, si au sein de cet état, il est indifférent de naître avec telles caractéristiques plutôt que telles autres, n’est-ce pas une manière de définir le communisme ? Faire en sorte que chacun ait droit au système total le plus étendu de libertés de base égales pour tous, compatible avec un même système de liberté pour tous, n’est-ce pas une manière de définir l’anarchie ? La pensée de John Rawls peut sans doute supporter de multiples interprétations, elle nous montre en tout cas l’urgence de poursuivre une réflexion théorique et générale sur l’éthique.


Élisée Reclus, 1830-1905 géographe et anarchiste français (ou l’inverse). Quatrième enfant d’un pasteur qui pensait trouver en lui son successeur, Élisée, dès la fin de son adolescence se montre attiré par les voyages. Avec son frère Élie, il fugue, traverse la France à pied, puis s’exile en Angleterre après avoir pris position contre le coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte en 1851. Il travaille un temps comme ouvrier agricole en Irlande puis s’en va en Louisiane. Il voyage également en Colombie avant de revenir en France en 1857 et d’intégrer la société de Géographie.
Au sein de la Première internationale des travailleurs à laquelle il adhère avec son frère Élie dès 1864, il se rapproche de Bakounine. En 1871, il est condamné à la déportation en Nouvelle Calédonie pour son engagement dans la commune de Paris. Sa peine est commuée en 10 années de bannissement, à la suite d’une pétition signée par des scientifiques étrangers (Reclus fut notamment défendu par Charles Darwin). Il s’établit alors en Suisse et se consacre notamment à sa grande œuvre, La nouvelle géographie universelle (19 volumes publiés de 1876-1894,) puis à L’Homme et la Terre (6 volumes publiés de 1905-1908,), tout en continuant de voyager autour du monde et d’entretenir des amitiés révolutionnaires. Revenu un temps en France, il repartira en Belgique et voyagera en Europe jusqu’à la fin de sa vie. Partisan convaincu et convaincant de l’anarchie, adversaire de la peine de mort, défenseur de l’union libre, promoteur de l’espéranto, précurseur de l’écologie, végétarien, Élisée Reclus n’eut de cesse, sa vie durant de développer et de défendre ses idées généreuses. Il sut démontrer que l’anarchie n’était pas un délire violent de quelques brutes inconscientes, mais une lucide espérance, un idéal de vie, conciliable avec la rigueur d’un scientifique et la passion d’un grand géographe.

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Bertrand Russel, 1872-1970, mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique. Il peut paraître étrange de mentionner sur Esprit68 ce digne représentant de la philosophie analytique, considéré avec Gottlob Frege, et Alfred North Whitehead comme l'un des fondateurs de la logique contemporaine et qui fut par ailleurs prix Nobel de literrature en 1950. Mais Bertrand Russel s’est également signalé par son engagement pacifiste (qui lui valut plusieurs séjours en prison), par ses convictions socialistes et libertaires et par sa verve de libre penseur qui lui inspira de féroces critiques de la religion. A cet égard, je vous livre quelques citations tirées de Pourquoi je ne suis pas chrétien, paru en 1927 : « J’affirme, en pesant mes termes, que la religion chrétienne, telle qu’elle est établie dans ses églises, fut et demeure le principal ennemi du progrès moral dans le monde. »… «L'idée de Dieu, avec tous les concepts qui en découlent, nous vient des antiques despotismes orientaux. C'est une idée absolument indigne d'hommes libres. La vue de gens qui, dans une église, s'avilissent en déclarant qu'ils sont de misérables pêcheurs et en tenant d'autres propos analogues, ce spectacle est tout à fait méprisable. Leur attitude n'est pas digne d'êtres qui se respectent. [...] Un monde humain nécessite le savoir, la bonté et le courage; il ne nécessite nullement le culte et le regret des temps abolis, ni l'enchaînement de la libre intelligence à des paroles proférées il y a des siècles par des ignorants. »…« La Bible dit : "Tu ne laisseras point vivre la magicienne" (Exode XXII, 18) [...] Les chrétiens libéraux de notre temps, qui continuent à soutenir que la Bible a une grande valeur morale, ont tendance à oublier de tels textes, et les millions de victimes innocentes qui sont mortes dans les supplices parce que les hommes de jadis réglaient effectivement leur comportement d'après la Bible. »


Michel Serres, philosophe français né en 1930. Michel Serres n’a rien a priori d’un dangereux anarchiste. Digne professeur d’histoire des sciences, élu à l’académie française, sa pensée, qui s’applique le plus souvent à combler le fossé entre les sciences et la philosophie, aborde des thèmes aussi divers que la communication, le corps, les sens, l’écologie, et le processus d’ « hominisation » auquel nous nous trouvons selon lui confrontés. Ses analyses des notions d’identité et d’appartenance sont pour moi particulièrement éclairantes. J’en fais mention ici. Son dernier livre Le mal Propre, m’a surpris par sa radicalité. En abordant les thèmes de l’écologie et de l’appropriation, il m’a semblé faire écho aux principaux sujets traités sur Esprit68. C’est la raison pour laquelle j’ai placé nombre de ses citations en exergue des articles qui vous sont ici proposés.



Léon Trotski (Lev Davidovitch Bronstein), 1879-1940, révolutionnaire et homme politique russe. Je n’ai pas l’intention (ni le courage) de me lancer dans une biographie détaillée de Léon Trotski ! Vous trouverez sur Internet des renseignements bien plus fiables et complets que ceux que je peux vous apporter. Révolutionnaire de profession, déporté en Sibérie dès 1900, commandant en chef de l’armée rouge après la révolution d’octobre, Trotski se débarrasse des anarchistes russes et réprime la révolte de Kronstadt, tout en demeurant partisan de la révolution permanente et mondiale. A la mort de Lénine, il s’oppose à la bureaucratisation du régime incarnée par Staline. Exclu du parti, il est finalement déporté au Kazakhstan en 1927. Il connaîtra par la suite une vie d’errances qui le mènera en Turquie, en Norvège, en France, et finalement au Mexique où il finira assassiné par un agent stalinien. Mais avant de mourir, Trotski aura pu jeter les bases de la 4ième internationale… Sur le mouvement Trotskyste, je vous recommande ce documentaire :

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Raoul Vaneigem , (1934-…) Écrivain et médiéviste belge. Membre de l’Internationale situationniste de 1961 à 1970, son ouvrage le plus célèbre est le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, paru en 1967, l’année même de la parution de La Société du Spectacle de Guy Debord. En 1961, Vaneigem avait déjà écrit les paroles de la chanson La vie s’écoule, la vie s’enfuit, reprise sur la compilation Pour en finir avec le travail, parue en 1974. Je vous invité à lire ou à télécharger son Traité de savoir-vivre… sur Esprit68 (même si la version proposée comporte encore quelques coquilles – elle sera prochainement corrigée). Personnellement, je reprocherais peut-être à Vaneigem son attitude ambiguë par rapport à la violence. Ainsi cette phrase tirée du Traité de savoir vivre :
« Il est devenu passionnant, parce que possible, de corriger l'histoire ; de noyer le sang de Babeuf, de Lacenaire, de Ravachol, de Bonnot dans le sang des obscurs descendants de ceux qui, esclaves d'un ordre fondé sur le profit et les mécanismes économiques, surent freiner cruellement l'émancipation humaine. »
Bon… Je suis le premier à claironner qu’il faut pendre les flics et les patrons avec les tripes des curés, des rabbins et des imams, mais c’est quand même pour rire. En tout cas, je ne crois pas qu’il faille faire la révolution pour obtenir une quelconque « revanche », mais plutôt pour accéder à une libération authentique et pour en finir avec les criminelles nuisances capitalistes.
Ce n’est cependant pas pour ces peut-être trop énergiques incantations que Vaneigem fut exclu en 1970 de l’Internationale Situationniste (ou qu’il démissionna, ce qui revient au même), mais plutôt en raison de divergences de vue théoriques et pratiques avec Guy Debord, qui, il est vrai, avait tendance à exclure tous ses anciens camarades dans les dernières année de son internationale…
Sous le pseudonyme de Ratgeb, Vaneigem a également publié, De la grève sauvage à l'autogestion généralisée en 1974. il participe aujourd’hui à Siné Hebdo.



Eugène Varlin ,(1839-1871). Artisan relieur, membre de la première internationale, communard, Eugène Varlin, surnommé « l’honneur du prolétariat » est un infatigable militant socialiste français. Autodidacte, il rédige en 1866, les statuts de la Société civile d’épargne et de crédit mutuel des ouvriers relieurs de Paris. En 1867 il créé la coopérative « La ménagère » et en 1868 le restaurant coopératif « La marmite ». Il contribue en 1869 à la création de la Fédération parisienne des sociétés ouvrières qui donnera naissance à la CGT. Politiquement, Varlin souhaitait que le salariat soit remplacé par une « fédération des travailleurs libres », tout en refusant le principe d'un État centralisateur et autoritaire, se rapprochant en cela de Bakounine. Contre certaines tendances marxistes, il préconisait «la libre disposition par les travailleurs eux-mêmes de leur instrument de travail».
Pendant le siège de Paris, à l’hiver 1870, Varlin fournit les « marmites de Varlin » pour donner à manger aux plus pauvres. Élu au Conseil de la Commune de Paris en mars 1871, il participe aux combats de la « semaine sanglante » et s’oppose en vain à l’exécution de gendarmes et de prêtres gardés comme otages. Au dernier jour de la répression versaillaise, il est dénoncé par un prête. Horriblement lynché par les soldats et la populace versaillaise, il est finalement mis au mur et fusillé.



Voline (Vsevolod Mikhaïlovitch Eichenbaum), 1882-1945, anarchiste russe. Puisque j’ai parlé de Trotski, il me faut mentionner l’un de ses opposants, l’anarchiste Voline qui combattit avec la Makhnovchtchina. Voline n’est pas tendre avec son camarade Trotski qu’il rencontra à New York en 1917. Dans La Révolution inconnue, il explique comment Trotski lui donna de fausses assurances sur la supposée amitié entre anarchistes et communistes et comment il donna l’ordre, trois ans plus tard, de le faire fusiller. Arrêté par l’armée rouge en Ukraine, Voline échappe finalement au peloton d’exécution et est conduit à Moscou, avant d’être relâché suite à un accord passé entre les bolcheviques et Nestor Makhno. Mais il est de nouveau emprisonné et torturé par la Tcheka, la police politique bolchevique. Libéré à la suite d’une intervention de syndicalistes révolutionnaires européens, il est banni d’union soviétique et s’exile en Allemagne puis en France. C’est là qu’il achèvera sa grande œuvre, La révolution inconnue, que vous pouvez lire dans son intégralité ici.

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