
Compilation des messages d'Esprit68 référencés sous la catégorie "Actions"...
Dans mon message du 2 mai, j’évoquais le thème du travail, ce qui me permettait de tester le fonctionnement du « schéma de la révolution » présenté un jour plus tôt.
Le thème de l’abandon du salariat est pour moi intéressant, mais je ne le considère pas comme prioritaire. Pour moi l’urgence se situe dans le combat contre le désordre écologique et contre le désordre alimentaire mondial.
Oui il faut prioritairement lutter contre la dégradation environnementale et contre le réchauffement climatique lié à la surproduction et à la surconsommation capitaliste. Dans ce domaine, c’est une véritable course contre la montre qui est engagée.
Oui, il faut prioritairement lutter contre la captation par les grands groupes industriels des moyens de subsistances à l’échelle planétaire et sur l’incroyable gâchis qui en résulte : perte de la biodiversité, dégradation de la qualité des produit, gabegie généralisée et surtout inégalité insupportable dans l’accès aux dentées et non satisfaction des besoins élémentaires, pour une part importante de la population mondiale.
Mais pour faire cesser cet incroyable gâchis, pour prévenir la catastrophe qui se profile, il faut un pouvoir s’opposant à la logique capitaliste qui conduit l’humanité à sa ruine. Ce pouvoir doit résulter d’une prise de conscience et d’une revendication populaire au niveau planétaire.
Oui, je pense qu’il est nécessaire qu’au niveau mondial, les citoyens, réclament la réappropriation des moyens de subsistance et l’arrêt de la dégradation, bientôt irréversible, des conditions de vie sur terre. Ils doivent le réclamer non pas en tant que membres de telle ou telle nation, mais en tant que membres de l’humanité.
Mais qui lutte aujourd’hui avec le plus d’acharnement contre les deux terribles dangers que je viens d’évoquer ? Et bien c’est certainement le mouvement alter mondialiste… Mais le terme d’alter mondialiste est un peu ambigu… Il semble indiquer qu’il faut lutter contre la mondialisation capitaliste en proposant une autre forme de mondialisation… C’est cependant conférer trop de dignité au capitalisme, que de laisser entendre qu’il est mondialiste. Le capitalisme n’est pas mondialiste, puisqu’il détruit le monde en concentrant le pouvoir aux mains de quelques-uns. Par ailleurs le terme « alter mondialiste » a pu laisser supposer qu’il fallait s’opposer à une certaine mondialisation des échanges… Il faut sûrement s’opposer aux modes actuels de l’échange marchand entre les continents, à ses absurdes gaspillages et à ses insupportables injustices, mais non pas à toute mondialisation des échanges et certainement pas aux échanges de cultures et d’informations. Je pense que le mouvement alter mondialiste, pour se démarquer définitivement de toutes les tendances protectionnistes qui peut-être le guettent, et pour qu’il ne puisse lui être reproché de favoriser un quelconque repliement sur les communautés nationales ou sur d'autres appartenances plus sectaires encore, doit être résolument mondialiste. C'est-à-dire qu’il doit prôner une forme de démocratie planétaire, une forme de représentation et de souveraineté non pas nationale, mais mondiale et humanitaire.
L’ONU n’est pas le bon instrument de cette représentation et de cette souveraineté. Reposant exclusivement sur la représentation des appartenances nationales, elle ne peut pas représenter l’appartenance humaine et servir les intérêts de l’humanité.
Il y a bien un mouvement qui revendique cette appartenance humaine, et c’est le mouvement Citoyen du monde. Il encourage chaque homme ou femme sur terre, à se déclarer citoyen du monde, afin de participer a des votes à l’échelle mondiale. Ont ainsi été désignés 45 délégués, d’un « Congrès des peuples », élus par des électeurs répartis sur 112 pays. Par ailleurs, citoyens du monde encourage les villes à se déclarer « territoire mondial ».
Le problème est que le mouvement Citoyen du monde ne fait pas trop parler de lui et ne semble pas en prise direct avec les problèmes les plus actuels. Il parait beaucoup moins actif que le mouvement alter mondialiste. Certes, Citoyens du monde soutien l’association Solidarité mondiale conte la faim, et ses prises de position en faveur du désarmement sont plutôt sympathiques, mais on pourrait lui reprocher un manque de réalisation concrètes… Ces dernières années, quels ont été ses meetings, ses luttes, ses manifestations, ses marches contre l’oppression, ses protestations contre la main mise des multinationales sur le marché de la faim ?
Je crois que citoyen du monde revendique environ un million de citoyens « déclarés ». Mais leurs chiffres ne me paraissent pas très fiable, il n’y a pas par exemple pas de bilan par pays, du moins, je ne l’ai pas trouvé sur leur site qui n’est pas assez explicite, pas assez convaincant et incisif. Par contre j’ai trouvé cela :
Protection de l'appellation " Citoyens du Monde " :
En tant qu'organisation, l'appellation " Citoyens du Monde " est une marque déposée par le Registre des Citoyens du Monde auprès de l'INPI (filiale française de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle).
Théoriquement, aucune organisation ne peut contenir dans son titre le nom de Citoyens du Monde sans l'accord formel du Registre des Citoyens du Monde.
Bon, je dois avouer que tout ce protectionniste juridique exaspère mes tendances libertaires. Et si moi, j’ai envie de me revendiquer citoyen du monde sans adhérer à leur truc ? Il faudra que je me déclare « citoyen du globe » ? Par ailleurs, il faut bien avouer que le discours de citoyen du monde est assez mou, assez embarrassé (par exemple si on le compare au discours d’ATTAC), notamment parce que l’association ne se considère que comme une chambre d’enregistrement. On lit sur son site :
Donc, nous, en tant que Registre des Citoyens du Monde, ne pouvons pas prendre position, car nous ne sommes pas l'expression démocratique des Citoyens du Monde qui n'ont fait que s'enregistrer chez nous...
… Mais peut-être faut-il s’inscrire en masse sur citoyen du monde pour faire changer tout cela… Ou plutôt faire sa campagne en tant que futurs délégués ? Mais là encore, je ne suis pas certain que tout cela fonctionne de manière satisfaisante et dans la plus parfaite transparence.
Alors pourquoi est-ce que je vous en parle ? Et bien parce que ces deux tendances, celle du mouvement alter mondialiste et celle de citoyen du monde doivent s’unir. Les actions locales alter mondialistes doivent s’accompagner d’une légitimité recherchée au niveau globale. Si l’on reprend mon schéma, c’est encore une fois une manière d’équilibrer et d’unir deux types d’actions cohérentes, mais qui partent dans des directions opposées.
Il faut faire mûrir et germer cette idée de citoyenneté mondiale. Elle est le prolongement de la déclaration universelle des droits de l’homme et elle doit constituer un levier pour lutter contre tous les pouvoirs nationaux et financiers qui condamnent la planète. Alors je dis aux gens d’ATTAC, faites-vous citoyens du monde, faites vous élire au « congrès des peuples » et secouez un peu tout ça.
Cela explique que dans la liste des sites recommandés par Esprit68, vous aurez à la fois celui d’Attac et celui de Citoyen du monde…
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Puisque nous en sommes au chapitre des actions, il faut bien évoquer les actions individuelles qui peuvent être entreprises pour favoriser la préservation de l’environnement et l’usage raisonné des ressources.
Oui, les fameux « petits gestes » pour l’environnement, dont je me suis tant moqué sur ce blog, sont utiles. Ils se situent bien au cœur « écologique » du schéma de la révolution que j’ai voulu présenter au premier jour du mois de mai.
Oui, il est souhaitable, tant que la santé le permet, d’enfourcher un vélo plutôt que de s’installer au volant d’une automobile, oui, il faut veiller aux économies d’énergie, trier autant que possible ses déchets, et si possible, consommer un peu plus intelligemment…
Ces « petits gestes » sont utiles … Et pourtant ils ne seront jamais suffisants !
Ils ne doivent en tout cas pas aboutir à une stigmatisation du consommateur citoyen. Car ce dernier ne peut être rendu responsable des nuisances écologiques induites par des biens déjà produits et déjà promus par la publicité.
Le consommateur ne peut être rendu responsable du désastre écologique provoqué par l’actuel système de production, de consommation et d’échange. Désastre que l’on voudrait masquer par un discours schizophrénique : exiger d’un côté que les consommateurs soient écologiquement responsables, et de l’autre favoriser à outrance la consommation pour stimuler la croissance.
L’omniprésence de la publicité ne va pas dans le sens d’une responsabilisation écologique. Et d’ailleurs, le marché actuel ne pourrait s’adapter à des consommateurs devenus subitement responsables, et qui diminueraient par 10 leur demande de biens polluants et consommateurs d’énergie.
Enfin, et paradoxalement, le consommateur est incité à la surconsommation, mais il n’a que très rarement les moyens financiers d’adopter un mode de consommation écologique. Pour le consommateur citoyen « qui reste dans le système » (car il y a toujours la solution proposée par Pierre Carles – voir le message du 2 mai – mais elle n’est pas si facile à mettre en œuvre, et ne peut en tous les cas être brutalement étendue) :
Cela coûte cher de se faire construire une « maison écologique ».
Cela coûte cher d’habiter à Paris, à 500 mètres de son lieu de travail et d’éviter ainsi de polluer et de consommer de l’énergie 2 fois par jour, dans des trajets abrutissants.
Cela coûte cher enfin, d’acheter des produits « bio » ou des produits issus du « commerce équitable ».
En fait, ce n’est qu’une minorité favorisée qui dispose des moyens d’adopter un mode de vie écologique. Pour un peu, on en viendrait presque à reprocher aux plus pauvres de n’être pas écologiquement responsables alors qu’ils sont mécaniquement contraints de polluer et qu’ils sont souvent les plus mal informés des conséquences écologiques de leurs actes !
Si l’on quitte à présent le niveau strictement individuel, l’action « écologique » peut être mise en œuvre au niveau de la cité. C’est l’occasion d’évoquer les éco-villes qui commencent à se développer ou du moins à faire parler d’elles. Pour illustrer les vertus de ces fameuses cités écologiques, on cite souvent l’exemple de la ville de Fribourg en Allemagne. Le réseau de transport public y a été largement étendu, l’utilisation du vélo favorisée, les modes de recyclages et les énergies renouvelables y ont été développées. Mais c’est surtout un quartier particulier au sein de la ville de Fribourg, le quartier Vaubant, d’environ 4 000 habitants, qui ressemble véritablement à une « éco-ville ». Grâce à des habitations spécialement isolées et équipées de panneaux solaires, les résidents de ce quartier consomment environ dix fois moins d’énergie pour se chauffer que la moyenne française et ils ont divisé par 4 les émissions de gaz à effet de serre. Le vélo est presque exclusivement utilisé dans des rues qui sont le plus souvent interdites aux voitures. Les déchets sont triés et l’eau est recyclée et utilisée pour arroser les jardins.
Mais là encore, ces logements sont relativement onéreux et sont finalement réservés à des gens assez aisés, à une clientèle assez « bobo ».
C’est plutôt la construction d’HLM écologiques qu’il faudrait développer ! C’est également à grande échelle qu’il faudrait revoir la politique de concentration urbaine, en cessant par exemple d’étendre de vastes zones industrielles encombrées de grandes surfaces de distribution qui augmentent encore le trafic automobile.
Le rapport Attali, qui aborde ces thèmes ne semble malheureusement pas aller dans le bon sens, puisqu’il invite au contraire à augmenter le nombre de grandes surfaces. Certes il propose de créer 10 « écopolis » d’au moins 50 000 habitants d’ici 2012, qui selon les termes mêmes du rapport « devront intégrer emploi, logement, cadre de vie et mixité sociale et mettre en œuvre des ressources écologiques renouvelables ».
Mais pour le reste ? Pour les presque 50 millions de français qui habitent déjà dans des villes ? Pour les millions de travailleurs qui perdent leur temps dans les bouchons de la banlieue parisienne, pour les millions de consommateurs qui se déversent sur les parkings de carrefour, pour les millions de locataires des cités HLM ? Il n’y avait certes pas grand chose à attendre d’une « commission pour la libération de la croissance » et de ses propositions sur "le pouvoir d’achat". Ce n’est pas la croissance et le pouvoir d’achat qu’il faut développer, c’est la qualité de vie et la justice sociale !
Là encore, on retrouve la schizophrénie d’un discours qui voudrait réconcilier des points de vue irréconciliable : l’écologie et la croissance capitaliste !
Oui, il faut que les villes deviennent plus écologiques, mais pour cela, il faudra que l’on cesse d’envoyer les citadins travailler à 100 kilomètres de leur logement et consommer à 20 kilomètres. Il faudra également qu’on leur donne les moyens d’être écologiques… Ou de le devenir en développant leur autonomie…
Il faudrait surtout que sur la plus grande partie de la planète on s’abstienne de priver de leur moyen de subsistance des millions de petits producteurs agricoles, pour les jeter dans l’enfer des bidons-villes, qui ne sont certes pas des modèles de cité écologique. Pour une écopolis bobo qui s’élève ou qui est promise sur le papier hypocrite d’une commission alibi, il y a des millions de nouveaux urbains, de paysans déracinés, qui s’entassent dans les favelas. Et dans les pays dit « développés », il y a des centaines de milliers de mal-logés ou de SDF qui ne pensent pas à être écologiquement responsables, mais simplement à survivre.
C’est cet exode rural et cette misère qu’il faut stopper, en rendant un peu plus équitable les termes de l’échange, en évitant de concentrer des millions d’individus dans les cités tentaculaires qui seront toujours des monstres de pollutions et de gaspillages, tandis que l’on désertifie les campagnes, pour les livrer aux cultures OGM.
Les villes ne sont pas forcément condamnées à être des monstres de pollutions si elles ne sont pas soumises à la pression du désespoir et de la pauvreté. Il y a en effet des multitudes de pistes pour les rendre plus propres, plus agréables plus autonome (On pourrait également évoquer les fermes verticales, qui sont capable de conférer une certaine autonomie alimentaire aux urbains, même si elles ont certainement leur limite, l’agriculture sous serre ne pouvant sans doute pas égaler la qualité des produits d’un terroir).
Comme je le répète depuis plusieurs jours, à partir du constat d’urgence écologique, il faut comme dans d’autres domaines, agir dans deux directions opposées :
D’une part en proposant des solutions techniques réalistes, des modèles de transports alternatif, de maison-écolo, d’écopolis, et d’autre part en luttant contre la misère et contre l’inégale répartition des richesses.
D’une part en imposant des normes : tel taux maximum d’émission de CO2, telle interdiction de circulation automobile, telle réglementation d’une activité industrielle polluante,
et d’autre part en favorisant l’autonomie : davantage de production agricole locale, plus d’auto-production énergétique (par exemple par des panneaux solaires sur chaque habitation, par des procédés d’isolation efficace accessible à tous).
On retrouve évidemment ces deux axes sur mon schéma (j’espère ne pas lasser mon lecteur avec ce fameux schéma, mais il faut avouer qu’il semble assez bien fonctionner, du reste, je le ferais bientôt évoluer…)
Comment donc agir concrètement pour préserver l’environnement et faire un usage raisonné des ressources ?
Au niveau individuel, il faut faire ce que l’on peut, selon ses moyens, pour ne pas trop polluer et pour ne pas trop dépenser d’énergie. Il faut consommer le plus intelligemment possible, mais sans se faire truander en achetant à carrefour des tomates « bio » qui viennent de Hollande ou d’Espagne… Prendre son vélo, ne pas se polluer le cerveau avec la télévision, refuser de donner du fric aux industries et aux pouvoirs les plus nocifs… Bon si vous trouvez que c’est un peu trop bobo, soyez punk en même temps, ce sera plus drôle…
Mais c’est davantage au niveau collectif qu’il faut agir, en se groupant et en réclamant pour tous, d’abord les moyens de vivre dignement et ensuite les moyens d’être écologiquement responsable… Ce qui revient tous simplement à réclamer une répartition plus équitable des richesses et des pouvoirs.
Il faut enfin favoriser, par l’action citoyenne, l’adoption de normes écologiques, qui ne peuvent valoir qu’au niveau supra nationale. Encore une fois, il s’agit d’aboutir à l’instauration d’une autorité et d’une souveraineté mondiale, que tout être humain responsable doit absolument réclamer. Cela éviterait les lamentables lenteurs, timidités et impuissances d’un protocole de Kyoto qui n’est pas même ratifié par le pays le plus pollueur de la planète.
Du reste, je pense que dans de très nombreux domaine, ce serait davantage avec de grands ensembles urbains que cette autorité mondiale devrait collaborer, plutôt qu’avec des états nations… Non que l’appartenance urbaine soit fondamentalement meilleure que l’appartenance nationale (les cités grecques se faisaient la guerre comme aujourd’hui les états nations) mais peut-être parce qu’elle est davantage au cœur des enjeux écologiques.
Un mot encore, pour nuancer ce que j’ai pu dire sur les préoccupations écologiques, ou environnementales qui seraient obligatoirement des préoccupations de « riches ». Cet argument est parfois avancé par des économistes libéraux, et illustré par la courbe de Kuznets qui tend à montrer que les niveaux d’inégalités et de pollution augmentent dans un premier temps avec le développement économique avant de diminuer… Mais l’allure de cette courbe est loin de refléter la réalité si l’on en juge par l’augmentation actuelle des inégalités de revenus et si l’on tient compte des émissions polluantes et de la consommation d’énergie, de toute façon incompatibles avec les capacités de la planète. Mais en outre ce raisonnement est tout simplement faux. L’écologie n’est pas une préoccupation de riche au sens actuel du terme, c'est-à-dire au sens de la richesse monétaire. Les indiens d’Amérique avait une conscience écologique plus aiguë que la notre, et pourtant ils étaient plus pauvres en terme monétaire. Que l’on se remémore, pour s’en convaincre, le magnifique discours du chef Seattle prononcé en 1854 (vous pouvez le lire ici. Même si l’authenticité de ce discours est aujourd’hui contestée, on ne peut nier l’attention et le respect que les hommes rouges portaient à leur environnement. Et inversement, on doit admettre que le mode de production capitaliste, alors même qu’il dispensait ses richesses matérielles, détournait l’homme de son environnement naturel, du soin et de l’attention qu’il aurait dû lui porter.
(A propos, s’il semble souhaitable que tous les êtres humains puissent se voir proposer des conditions d’habitat écologiques, il parait également souhaitable – et possible ! – de leur offrir à tous les bienfaits d’une agriculture biologique. C’est ce que suggère du moins cet article. Là encore les « produits bio » ne doivent pas devenir le privilège d’une caste favorisée. Parce qu’ils sont moins polluants et moins nocifs, et parce qu’ils peuvent permettre de nourrir la planète, si du moins un terme est mis à l’odieux gaspillage actuel, ils doivent être généralisés. C’est même le nouveau mode de régulation de la production, de la consommation et de l’échange, qui doit irrésistiblement conduire à leur généralisation.)
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Dans mon message du 26 mars, j’indiquais que l’introduction d’une certaine forme de communisme au sein des sociétés humaines répondait à la fois à une exigence éthique et à la fois à une exigence réaliste. Je vous propose aujourd’hui quelques données chiffrées pour étayer cette idée.
La fortune du milliardaire américain Warren Buffet, évaluée à 62 milliards de dollars, est équivalente au PIB du Vietnam (87 millions d’habitants) ou du Maroc (33 millions d’habitants). Celle de Bill Gates, évaluée à 58 milliards de dollars, est équivalente au PIB de la Slovaquie (5 millions d’habitants).
En France, la fortune de Bernard Arnault, évaluée à un peu plus de 25 milliards de dollars, est équivalente au PIB du Sri Lanka (20 millions d’habitants), celle de Liliane Bettencourt, évaluée à 23 milliards de dollars, est équivalente au PIB du Liban (4 millions d’habitants).
Concentrer dans les mains d’un seul homme ou d’une seule femme, l’équivalent des richesses produites en un an dans un pays de plusieurs millions d'habitants, me semble tout simplement contraire aux droits et à la dignité de l’homme.
Il est évident qu’une telle concentration n’a aucun sens au regard de la satisfaction des besoins personnels d’un homme et de sa famille. Un homme, au-delà de quelques millions de dollars, ne parvient plus à accroître la satisfaction qu’il retire des biens consommés pour lui-même et pour ses proches. Même sur toute une vie, il ne peut « employer » 1 milliard de dollars pour en accroître significativement sa satisfaction. De ce point de vue, la concentration de richesse est tout simplement inutile. Mais une telle concentration ne vise pas uniquement la satisfaction de besoins personnels. Elle est avant tout un instrument de pouvoir. Et de ce point de vue, elle est tout simplement anti-démocratique. Un homme, qui n’a pas été élu, ne devrait jamais pouvoir disposer d’autant de ressources que celles qui pourraient être utilisées par quelques millions d’autres.
La concentration de richesses au-delà de quelques millions de dollars ou d’euros étant contraire aux droits et à la dignité de l’homme, étant en outre absurde et anti-démocratique, il faut tout simplement l’interdire.
Cette interdiction doit, là encore, être une norme supra-nationale, qui devrait être explicitement rajoutée à la Déclaration Universelle des Droits de L’Homme.
En attendant la mise en place de cette interdiction, il faut stigmatiser les riches. Il faut leur faire honte. Il faut comparer crûment leur richesse à la misère du monde. Il faut manifester sous leurs fenêtres pour exiger qu’il redistribue immédiatement et sans condition leur richesse.
« Généreux » Warren Buffet qui distribue 12 millions de dollars par an à des œuvres caritatives, tout juste un cinq millième de sa fortune… Le compte n’y est pas Warren ! C’est tous tes milliards que tu dois cracher et tout de suite. On ne veut pas de ta générosité et de ton bon vouloir. On veut récupérer l’équivalent de ta fortune qui est le bien de l’humanité. Cette fortune ce n’est pas toi qui l’a accumulée. Ce sont les travailleurs qui ont travaillé dans les entreprises où tu as placé ton fric. Alors crache Warren, et tant que tu n’auras pas craché, on ne te laissera pas une seconde en paix.
Pareil pour toi Bill, ta fameuse fondation, qui te donne bonne confiance, c’est fini, elle appartient au peuple, il faut la mondialiser !
Mon petit Bernard Arnault, tu crois t’en tirer comme ça avec tes milliards d’euros ? Tant qu’il y a des gens qui dorment sous les ponts en France tu n’as pas le droits de les garder. Rends les immédiatement, que ces ressources servent à construire des logements décents pour tous les sans-logis en France. L’année dernière De Villepin évaluait le nombre de SDF à 20 000 en France (selon d’autres sources, ils seraient 10 fois plus). Et bien, en répartissant ta fortune, mon petit Bernard, ça leur fait plus d’un million d’euros chacun… Plus qu’il n’en faut ! Et ça pourrait encore coller avec 100 000 euros chacun s’ils sont bien dix fois plus. Et toi ma petite Liliane Bettencourt, avec tout ton fric, on pourrait accorder environ 150 000 euros pour rénover 100 000 foyers mal logés ! Tu comprends qu’on insiste. Allez ma vieille, on n’est pas chien, on te laisse un million… Tu crois pas que c’est assez !
Et toi Serge Dassault, mon préféré. Tu crois qu’on va te laisser tes 10 milliards ? Tu peux pas tout faire mon pote. Tu peux pas être patron de presse, député et exploiteur à grande échelle. Dassaut aviation, on ne va pas le nationaliser, on va le mondialiser, le Figaro, l’Express, les quotidiens régionaux, ça passe en auto-gestion… Faut bien assurer la neutralité de l’information ! Toi, on te laisse juste ton salaire de député, jusqu’à ce que les électeurs comprennent qui tu es, et te virent. Ta fortune, entièrement redistribuée, va permettre d’équiper environ 2 millions de foyers de panneaux solaires... Ils payeront moins cher le gaz, ils gaspilleront moins les ressources et contribueront moins au réchauffement climatique !
Là je stigmatise les abus les plus voyants qui portent sur le patrimoine… Mais, on pourrait également parler des parachutes dorés :
Mon petit Daniel Bernard, en 2005, tu t’es tiré de Carrefour avec 38 millions d’euros. Réparti entre les salariés travaillant en France, ça leur aurait fait une belle prime d’environ 500 euros chacun. Pas mal ! Si ton parachute doré avait été réparti entre tous les salariés exploités par Carrefour sur la planète, cela aurait fait quand même une prime de 100 euros par tête. Pas négligeable dans certains pays…
Et toi mon petit Jean Marie Messier, ton parachute de 20 millions d’euros en 2002, aurait fait pas loin de 1 000 euros pour chacun des salariés du groupe Vivendi. Ca leur aurait été plus utile à eux qu’à toi, salopard !
Et toi Noël Forgeard, ça t’a pas gêné de te casser d’EADS avec 9 millions… Attend, la gêne va bientôt venir… Avec les emmerdes qu’on va te faire tu préféreras les rendre 10 fois ! Pareil pour toi, mon petit Gautier-Sauvagnac, je sais bien 1,5 millions pour couvrir tes magouilles à l'Union de l'industrie et des Métiers de la Métallurgie, c’est minable comparer à ce qu’ont touché tes petits copains, mais que veux-tu, c’est pour le principe…
Et c’est la même chose pour les revenus, à partir de certain niveau, les sommes qui tombent chaque mois deviennent indécentes, même si on fait un boulot dangereux, que l’on ne pourra pas assurer plus de quelques années.
Je n’ai rien contre les sportifs du haut de l’échelle (quoique). Certes, les sources abusives de revenus dont ils bénéficient sont mille fois moins importantes que celle des requins de la finance… Mais quand même, mon petit Zidane, tu es la personnalité préférée des français… Alors tu pourrais bien leur laisser la moitié de ton patrimoine, pour que les plus nécessiteux en bénéficient. Et toi Thierry Henri, je sais bien que tu paies des impôts sur les 14 millions que tu touches par mois… Mais tu en reverserais simplement les 9 dixièmes… Il t'en resterait encore suffisamment pour passer tes vieux jours à l’aise.
Bon nous nous sommes bien défoulés… Mais les revendications que je viens de présenter, au-delà de mes abus de langage au-delà de l’ironie de mon propos, me semblent véritablement justifiées. Il faut stigmatiser les riches, par les moyens les plus divers, courriers, emails, les invitant incessamment à redistribuer leur richesse, manifestations, actions diverses pour bloquer leurs avions, leurs hélicoptères et leurs limousines, pour pourrir leurs vacances… Il faut que cela ne vaille plus le coup d’être riche et puissant !
Et pourtant, ces revendications trouvent leurs limites… Car on se rend compte que l’équivalence établie entre le patrimoine d’un milliardaire et les richesses produites dans un pays de plusieurs millions de personne est illusoire. Comme je l’ai maintes fois indiqué sur ce blog, l’argent ne fournit pas la véritable valeur des choses. Et il a d’autant moins de valeur qu’il est concentré. Ce qui implique d’ailleurs, que l’actuel système d’échange attribue systématiquement une valeur erronée aux biens et aux services. Cette valeur ne rend pas compte de la confrontation de l’offre et de la demande, elle ne révèle par l’utilité d’un bien ou d’un service, non plus que la quantité de travail ou les ressources impliquées dans sa production. Cette valeur est la simple conséquence de la cristallisation d’un rapport de pouvoir. Et ce pouvoir est concentré de la manière la plus absurde, la plus injuste et la plus inefficace qui soit.
Les envois de SMS que l’on te facture pourraient aussi bien être gratuits. Cela ne changerait absolument rien. Et le fric qui correspond à leur monétisation pourrait être lâché n’importe où ailleurs. Les faux monnayeurs ne sont pas plus criminels que les financiers. En fait l’argent ne manque jamais, c’est une illusion. Ce sont uniquement les ressources et le temps qui manque… Malheureusement, le plus grand nombre croit encore au mirage monétaire et c’est ce qui lui confère son pouvoir… Alors oui, dans un premier temps, il faut utiliser la force de cette illusion, c’est à dire qu’il faut ponctionner les riches pour accaparer les ressources qui permettront de réduire la misère, de progresser vers une plus grande autonomisation et d’aménager un habitat écologique. Ce n’est qu’ensuite qu’il faudra trouver un autre mode de régulation des échanges, peut-être basé sur l’équivalent universel en énergie que j’ai déjà évoqué et sur lequel il faudra revenir…
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Comment provoquer et conduire la révolution ? Dans les quelques uchronies que j’ai proposées sur Esprit68, apparaît toujours une sorte de Deus ex Machina, qui déclenche la révolution : tantôt « la crème ou le virus anarchiste » qui contamine les esprits, tantôt la « conscience du Web » ou encore les « combinaisons d’invisibilité » utilisées par un improbable groupe terroriste ou les films à « contre-public » diffusés par de mystérieux distributeurs… Ce sont ces moyens utopiques qu’il faut remplacer par des voies réalistes…
Je vais donc, dans ce message du 12 mai et dans les suivants, indiquer quelques voies possibles pour la révolution. Mais avant d’indiquer les voies et les moyens de la révolution, il faut commencer par en rappeler les buts. Ces buts sont simples et sont susceptibles d’être unanimement partagés. Il s’agit :
1) De préserver l’humanité des dangers les plus importants qui la menacent.
2) D’accroître la qualité de vie pour le plus grand nombre.
Chacun sera d’accord, je pense, avec la poursuite de ces deux buts. Mais beaucoup demanderont pourquoi une révolution est nécessaire pour y parvenir. La réponse vient assez vite si l’on détaille les deux objectifs.
En effet, 1) impose de faire face :
- A la menace nucléaire (rappelons-nous que plus de 12 000 têtes nucléaires actives menacent à chaque instant de nous anéantir)
- A la menace écologique (rappelons-nous que dans quelques années si rien n’est accomplit, le climat sera irrémédiablement dégradé)
- A la menace alimentaire (la crise alimentaire de ces derniers mois ne peut qu’empirer dans les conditions actuelles et avec une humanité qui continue à croître ; elle est renforcée par la deuxième menace)
- A la menace énergétique (le fait que certaines ressources – comme le pétrole – disparaîtront dans quelques décennies, nous imposera de toute façon de profonds changements dans nos modes de vie, pour que nous soyons toujours en mesure de satisfaire nos besoins les plus élémentaires)
Et 2) impose de lutter :
- Contre les privations de liberté, l’oppression, la torture, la terreur, qui sont, dans la plus grande majorité des cas, le fait des pouvoirs nationalistes et religieux
- Pour que le plus grand nombre soit en mesure d’obtenir la satisfaction des besoins élémentaires
- Pour une société plus juste, qui répartisse plus équitablement les richesses, et qui n’aboutisse pas à ce que la captation indue des ressources dans les mains de quelques-uns soumette des populations entières à une intolérable sujétion.
Le système actuel de production, de consommation et d’échange ne permet pas la réalisation de 2), notamment à cause de la répartition toujours plus inégale des richesses à laquelle il aboutit et par son aveuglement à l’intérêt général. Il va également à l’encontre de 1) par la dégradation irrémédiable du climat et des ressources qu’il est en train d’accomplir. L’exacerbation des appartenances et des pulsions nationalistes et religieuses qui utilisent l’actuel système de production, de consommation et d’échange comme instrument de compétition, ne va pas en outre pas dans le sens de 1).
Pour atteindre 1) et 2), il faut donc réviser l’actuel système de production de consommation et d’échange, et réduire le poids des appartenances nationalistes et religieuses. Cela me semble suffire pour parler de révolution, car il s’agit bien de la mise en place d’une nouvelle économie, et de l’instauration d’une représentation mondiale, qui puisse s’opposer aussi bien aux velléités des états nationaux ou religieux qu’aux intérêts privés et destructeurs des multinationales.
Quelles voies se présentent donc à nous pour accomplir cette révolution, ou plutôt pour atteindre les deux buts que l’on s’est si raisonnablement fixé ? Je vais en citer quelques-unes, dans un premier temps sans chercher à écarter les voies inapplicables, inefficaces ou dangereuses :
1) Il y a la classique voie du « Grand Soir », c'est-à-dire de la prise de pouvoir par une minorité qui impose les mesures nécessaires.
2) Les différentes formes de guérilla.
3) Il y a la voie de la grève générale.
4) Il y a la voie de la résistance pacifique.
5) Il y a la voie de la désertion : qui conduit à l’abandon progressif du système.
6) La voie de la contamination : l’infiltration, la perversion du système pour aboutir à sa transformation.
7) Il y a enfin la voie réformiste.
Je vais brièvement commenter ces diverses voies (et je reviendrai sur certaines d’entre-elles dans les prochain jours), pour montrer qu’aucune ne se suffit à elle-même.
La voie 1) du « Grand Soir » semble à la fois irréaliste et dangereuse. Irréaliste, parce qu’il faudrait coordonner un « grand soir » dans différents pays et parce que cette prise de pouvoir armée s’opposerait à des forces démesurées : armées, polices etc… Elle occasionnerait dans tous les cas des millions de morts. Dangereuse, parce qu’au cas, extrêmement improbable, où cette stratégie aboutirait, partiellement ou totalement, elle ne ferait que remplacer un pouvoir par un autre, exactement comme dans le cas de la révolution russe. Et ce nouveau pouvoir serait tenté d’user d’une autorité arbitraire pour assurer sa survie, et de concentrer pour son propre compte les richesses et les ressources. A noter cependant que si le « Grand Soir » est à exclure dans les conditions actuelles il peut cependant être envisagé si les autres voies de la révolution ont accompli leur œuvre et si les pouvoirs étatiques et capitalistes sont à ce point affaiblis qu’une simple secousse suffit à les achever.
La voie 2) semble remédier à certains inconvénients de la voie 1), c'est-à-dire qu’elle semble une forme de lutte mieux adaptée, parce que mobile et imprévisible, pour faire vaciller un pouvoir fort. Mais la guérilla armée, n’échappe pas à la critique adressée à la stratégie du Grand Soir : En renversant le pouvoir par la violence, elle tend naturellement à le remplacer par un autre pouvoir violent. Aussi, les formes de guérillas que j’envisage ne sont pas forcément des actions de guérilla armée, mais des actions de guérilla médiatique (conquête « illégale » des espaces médiatiques), ou de guérilla préventive ou de sabotage (par exemple les actions de fauchage des OGM) ou même de résistance pacifique (voir point 4))
La voie 3) de la grève générale a d’une certaine façon des points communs avec les voies 4) et 5)… Elle peut constituer l’un des moyens pour sortir de l’actuel système de production de consommation et d’échange… Mais attention… Il ne s’agit plus d’envisager la grève générale comme une initiative de la seule classe ouvrière… Il ne s’agit plus de s’appuyer sur une classe ouvrière qui à elle seule détiendrait les clés de la révolution. Car cette classe ouvrière est extrêmement faible, hétérogène au sein d’un même pays et dissemblable d’un pays à un autre. La révolution doit s’appuyer non seulement sur les ouvriers, mais sur les chômeurs, sur les nouveaux urbains, sur les petits paysans du monde entiers. Elle doit mobiliser les professions intermédiaires et même une partie de l’élite (j’y reviendrai) qui est le mieux à même de comprendre et d’expliquer ses enjeux et qui peut tout à fait rationnellement décider d’abandonner ses prérogatives actuelles, pour choisir pour elle-même et pour ses enfants, la voie de la sécurité et de la qualité de vie. Ajoutons encore que la stratégie de la grève générale est coûteuse et épuisante… Elle doit de ce point de vue être repensée…Il ne s’agit pas forcément de s’arrêter de produire, mais de s’arrêter de produire pour des multinationales et des actionnaires. Il s’agit en somme non pas d’arrêter le travail, mais de se le réapproprier. A noter encore que la grève ne doit pas occulter d’autres moyens d’action à mon avis plus modernes et qui sont amenés à se développer, par exemple les occupations de centres commerciaux couplées avec des opérations de distributions gratuites. Il ne faut pas faire grève pour quémander un peu plus de pouvoir d’achat et nous lier encore davantage à la grande distribution. Il faut nous payer directement sur la bête pour nous dédommager des profits qu’elle a si injustement accumulé.
La voie 4) de la résistance pacifique est sans doute la plus belle des voies. Gandhi a montré qu’elle pouvait être efficace dans la conquête de l’indépendance indienne. Elle vise d’une part à s’opposer aux actions violentes des pouvoirs arbitraires et d’autre part à revendiquer un changement tout en refusant d’accomplir les actions qui renforcent le système à détruire. Dans ce cadre, la grève générale est une forme de résistance pacifique. Attention cependant, la résistance pacifique doit être coordonnée, puissante et massive. Sinon, elle sera inefficace et balayée par les pouvoirs, comme ont été malheureusement balayés les moines bouddhistes en Birmanie à l’automne 2007. La résistance pacifique doit être d’une légitimité sans faille et doit pouvoir s’assurer du plus large soutien. Elle doit également être absolument claire dans ses revendications et ses buts à atteindre. Elle peut être mise en œuvre à différents niveaux et au sein même des structures répressives ou capitalistes : c’est le soldat qui déserte, le policier qui refuse de tirer sur la foule, le cadre d’une multinationale qui refuse d’appliquer la stratégie de sa direction… A noter que ces actions de désobéissance humanitaire peuvent être favorisée par la prise de conscience suscitée par la guérilla médiatique (voir point 2).
La voie 5) peut englober la stratégie proposée par Pierre Carles (voir le message du 2 mai) et également celle proposée par Akim Bey : c’est la voie de la TAZ, de la Zone Autonome Temporaire. C’est en somme une stratégie de fuite vers de nouveaux espaces de liberté. Cette voie peut être efficace. Elle peut également permettre d’identifier et de susciter de nouvelles actions révolutionnaires (j’y reviendrai dans un prochain message). Mais, parce qu’elle demeure une voie individuelle, elle ne répond pas directement aux buts de la révolution que j’ai identifiés. En refusant de s’opposer directement aux pouvoirs, elle ne permet pas d’écarter les grands dangers qui nous menacent, et elle doit finalement se contenter d’espaces toujours plus restreints de liberté. Par contre, par ses propositions nouvelles – par exemple la proposition de refus du travail salarié de Pierre Carles – elle permet de renouveler la stratégie 3) de la grève générale et elle entretient également des relations avec la stratégie 6) de la contamination.
La voie 6) de la contamination consiste en effet à faire éclore un autre système au sein de l’actuel système de production, de consommation et d’échange, à le contaminer, à le transformer de l’intérieur. Ce peut-être par exemple la mise en place d’un nouveau mode de régulation des échanges qui fonctionne parallèlement au système capitaliste marchand, et qui peu à peu empiète sur ce dernier et le recouvre en entier. J’ai plusieurs fois évoqué l’idée, d’un échange basé sur un Equivalent Universel en Energie. J’y reviendrai encore, même si c’est pour admettre que cette idée trouve rapidement ses limites. La stratégie 6) est très prometteuse, mais elle nécessite de trouver le nouveau mode de régulation qui puisse concurrencer l’ancien. Par ailleurs, elle ne résout pas forcément le problème de la confrontation au pouvoir.
Il faut enfin évoquer la voie 7) du réformisme, qui consisterait d’une part à réformer l’actuel système de production, de consommation et d’échange pour le rendre plus conforme aux exigences d’écologie et d’équité et à réformer les actuelles institutions internationales pour leur permettre de s’opposer à l’autoritarisme et à la violence des états et aux intérêts destructeurs des multinationales. Cette voie ne doit pas être écartée a priori. Souvenons-nous que les moyens ne doivent jamais primer sur la fin. Si l’on parvient à me convaincre que par une réforme du capitalisme et de la représentation internationale on peut écarter les menaces nucléaire, écologique, alimentaire et énergétique et que l’on peut significativement améliorer le bien être pour le plus grand nombre, alors oui, je pourrai adhérer au réformisme. Le problème est que la voie réformiste semble extrêmement lente. Les progrès accomplis sur les émissions de gaz à effets de serre sont dérisoires si on les compare aux années d’âpres négociations internationales qui les ont suscitées. Pour le climat, il faut aller plus vite. Pour l’urgence alimentaire et énergétique aussi. La voie réformiste semble non seulement lente, mais également inefficace : les problèmes alimentaires s’aggravent, les tensions nationalistes persistent, le désarmement n’est pas accompli et les états ne semblent pas disposer à abandonner leurs prérogatives…
Ainsi donc nous avons passé en revue diverses voie qui peuvent concourir à l’atteinte des deux grands objectifs que nous avons identifiés : Eliminer les dangers les plus urgents qui pèsent sur l’humanité, accroître le bien être pour le plus grand nombre. Nous avons vu qu’aucune voie ne se suffisait à elle-même mais qu’aucune ne devait être négligée.
Ce qui encore doit coordonner ces différentes voies, ce qui, à mon avis, doit leur conférer la force suffisantes, c’est :
- D’une part, une meilleure identifications et une meilleure déclinaisons des buts : il faut définir plus précisément ce pour quoi on se bat, c'est-à-dire non pas uniquement d’une manière négative l’abolition du système actuel qui certes détruit la planète et fait peser sur l’humanité des risques déraisonnables, mais d’une manière positive, la façon dont fonctionnera le nouveau système qui remplacera l’ancien. Esprit68 essaye modestement de s’y employer par ses réflexions et par les différentes dimensions qu’il entend conférer au schéma de la révolution.
- D’autre part, c’est une légitimité inébranlable qui justifiera et protégera les actions entreprises. Cette légitimité résultera certes d’une définition plus précise des buts, mais surtout d’une nouvelle représentativité, d’une nouvelle légitimité démocratique et rationnelle émergeant au niveau mondial. Cette nouvelle légitimité reposera sur une nouvelle théorie de la justice et de la souveraineté qui devra s’imposer aux états et qui légitimera les actions entreprises. C’est ce nouveau tribunal de l’humanité qui donnera raison au citoyen contre la multinationale, à la minorité opprimée contre l’état nation. C’est en son nom que seront menés les luttes contre les diverses formes de pouvoirs et s’est sous sa protection que pourront s’élaborer les actions qui permettront de s’en affranchir.
- Enfin, les différentes voies ne pourront être victorieuses que si l’information est largement diffusée, que si, dans le monde entier, les enjeux de la réforme sont connus et compris, ce qui impliquera sans doute de reconquérir la parole confisquée par les pouvoirs autoritaires et capitalistes.
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J’ai présenté dans la précédente action, 7 moyens ou 7 voies de la révolution. Je vais revenir sur l’une d’entre-elle, qui sans doute intrigue mon lecteur, et qui est la voie de la TAZ.
La TAZ (pour Temporary Autonomous Zone ou zone d'autonomie temporaire en français) n’entretient aucun rapport avec les ecstasy (quoique)… C’est un concept inventé par le théoricien anarchiste Peter Lamborn Wilson dit Hakim Bey. Qu’est ce que la TAZ ? Hakim Bey refuse absolument de la définir, mais on trouvera des indications ici.
… En fait, selon moi, la zone d’autonomie temporaire est simplement un espace de liberté qui échappe au moins temporairement à l’emprise de l’état et à la tyrannie du pouvoir. Comme préfiguration de la TAZ , Hakim Bey cite le «réseau d'information» à l'échelle du globe créé au XVIIIe siècle par les pirates et les corsaires, ou encore « le réseau de vallées, de montagnes isolées et de châteaux séparés par des milliers de kilomètres » des assassins du Moyen-Age.
De ce point de vue, Esprit68 (le blog !) est sans doute une TAZ… N’étant pas encore « linké », (du moins je ne le crois pas, car mes lecteurs ne sont en général pas des geeks), il se développe à l’abris des moteurs de recherche (enfin presque), et constitue une enclave invisible, au sein de laquelle il est possible de dire et de faire à peu près n’importe quoi et de développer n’importe quel type de piraterie… (Comment ? Vous voudriez télécharger plus de trucs sur mon blog ? Mais moi non plus je ne suis pas un geek ! Et puis si cela vous démange, vous connaissez Pirate Bay Non ?)
La TAZ est une stratégie d’évitement, de replis devant un pouvoir qu’on juge dangereux et inutile d’affronter directement. C’est une stratégie que l’on pourrait qualifier d’égoïste mais qui se veut réaliste : puisque la révolution ne peut être totale, puisqu’elle tend à se changer en son contraire en installant des pouvoirs plus terribles que ceux qu’elle a balayé, autant favoriser des rébellions locales qui dès qu’elles sont découvertes, sont abandonnées au profits de nouveaux espaces de liberté.
Bon… Mais à la lecture des textes d’Hakim Bey, on se demande parfois s’il faut véritablement prendre les TAZ au sérieux ou s’il ne s’agit que d’un délire pataphysique (et humoristique ?), ou d’une extravagance aussi pompeuse qu’inutile, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler certaines élucubrations de Gilles Deleuse et Félix Guattari dans « Milles Plateaux » (Aïe, aïe, aïe, si certains lisent ça, ils vont me taper). D’ailleurs, les actions concrètes proposées par Hakim Bey sont parfois dérisoires ou floues ou encore contradictoires. Ainsi, dans ses stratégies de disparition et d’évitement du pouvoir, il cite le fait de regarder la télévision qui constituerait le geste de refus de l’église ! Je dirais plutôt que c’est le fait de ne pas regarder la télévision qui est la meilleure stratégie d’évitement du pouvoir et qui constitue le meilleur refus de la nouvelle église médiatique ! (Mais Hakim Bey dit cela aussi ailleurs, c'est-à-dire tout et son contraire et si cela vous intéresse, vous pouvez lire la traduction de ces textes sur l’intéressant quotidien anarchiste L’En Dehors, ici …)
Bon, si la TAZ est égoïste (après tout c’est son droit et elle a peut-être raison…) Est-elle au moins réaliste… En fait non … Parce qu’à trop ignorer le pouvoir, elle en oublie les dangers réels qui nous menacent et qui pourraient à tout jamais dramatiquement réduire la création de nouvelles TAZ… Être anarchiste dans la vie quotidienne, ignorer le pouvoir et l’état, c’est bien beau… Si on en a les moyens ! Et quant est-il des nuisances réelles qui nous sont infligés par le capitalisme ? Quelle allure auront les TAZ dans un monde surchauffé par les gaz à effet de serre, et dont chaque parcelle sera contrôlée par les semenciers OGM ? C'est concrètement et de manière globale qu'il faut agir contre le mode actuel de production, de consommation et d'échange, qui vole nos espaces de liberté et nous interdit toute fuite à moyen ou long terme.
Je répugne à vous « vendre » une fois de plus mon petit schéma de la révolution… Mais la TAZ qui se situe en bas à droite, dans la zone noire et Yin de l’anarchie, manque dramatiquement de lien avec la zone voisine gauche, blanche et Yang du réalisme.
Mon opinion est que la TAZ doit être un moyen et non une fin. C’est un moyen d’expérimenter de nouveaux modes de vie et surtout de nouveaux modes de production, de consommation et d’échange. Mais ces modes ne doivent pas rester secrets Ils doivent pouvoir être utilisés, ils font partie du bien commun de l’humanité, de sa longue suite de tentatives et d’expériences, tantôt heureuse et tantôt malheureuse, comme la Commune de Paris, comme l’Ukraine libertaire de Makhno, comme la confédération espagnole.
Le Web nous offre des moyens de créer, à peu de frais, de nouvelles TAZ, envisagés comme des laboratoires de possibles économiques et sociaux. Il ne faut pas sous-estimer sa vocation à la fois communautaire et internationaliste. Je me réjouis de voir que même dans des jeux massivement multi joueurs héroic-fantasystes et complètement idiots,des gens de toutes langues, de toutes nationalités, de tous âges et de toutes cultures se rencontrent. Il faut développer cela… Par exemple en créant des phalanstères, ou des communes, ou des usines autogérées virtuelles qui permettraient d’élaborer des solutions concrètes aux problèmes qui se posent dans le monde réel.
Il est nécessaire de créer des groupes d’études de la révolution, en favorisant, par exemple, la création d’un wikipédia de la cause révolutionnaire, wikipédia qui ne serait pas une simple base de connaissance, mais un regroupement de laboratoires économiques et sociaux virtuels. A l’inverse des TAZ, les laboratoires économiques et sociaux ne sont pas cachés. Ils montrent au contraire au grand jour que la révolution est souhaitable et qu’elle est possible. La TAZ échappant à sa propre tyrannie et à son propre enfermement se retourne comme un gant et se révèle : l’anti TAZ est la TAZ accomplie !
« Monsieur le juge », mon Dao est plus beau et plus réel que le tien ! Laisse tomber les taz et goûte à ma Beu : Ma Bordure Exploratrice d’Uchronies… Tu m’en diras des nouvelles…
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J’ai débuté plus haut avec la TAZ, l’exploration des 7 voies de la révolution. Aujourd’hui, je ne vais pas m’intéresser à une autre des 7 voies, mais je vais plutôt revenir sur l’une des trois conditions de la réussite de l’action révolutionnaire qui est l’émergence d’une représentation humaine, à l’échelle planétaire.
Cette représentation devra en effet être l’un des fondements de l’autorité supranationale qui doit se constituer.
Autorité ! Voilà un mot qui fera frémir nos amis anarchistes… Peut-être à tort dans ce cas, car, comme j’ai voulu le souligner dans mes messages des 21 et 22 avril, c’est l’autorité illégitime, violente, contraignante, l’autorité traditionnelle et l’autorité charismatique que rejettent les anarchistes et qui leur fait crier « ni dieu, ni maître ».
Mais l’autorité, s’il elle est légitime et rationnelle, est nécessaire à l’accomplissement de la révolution, et paradoxalement, à l’anéantissement des pouvoirs et à la dénonciation des autorités illégitimes.
- Elle constitue donc une référence pour dénoncer l’arbitraire.
- Elle est protectrice, car c’est en son nom et sous son aile que peuvent se livrer les luttes d’émancipation. Elle légitimer en somme toutes les toutes les initiatives qui s’opposent aux pouvoirs et tendent à accroître le bien être global.
- Elle sert de fondement à des actions prescriptives, comme l’humanisation de certaines ressources ou encore comme l’édiction de normes environnementales.
Pour être acceptable, l’autorité humaine doit s’appuyer sur deux pôles opposés de mon schéma de la révolution, qui sont le pôle du réalisme et le pôle du communisme.
- D’une part, l’autorité humaine et mondiale doit être une autorité rationnelle, c'est-à-dire qu’elle doit reposer sur le pôle réaliste, scientifique.
- D’autre part elle doit être légitime et partagée et reposer sur le pôle communisme en se fondant sur une forme de représentativité humaine, c'est-à-dire sur une forme de démocratie mondiale.
Cette conception peut surprendre, mais je considère en effet que la démocratie est une forme de communisme. C’est tout simplement le partage, ou la mise en commun, c'est-à-dire littéralement le communisme du pouvoir.
Le pouvoir doit, même en démocratie, être limité, car il est toujours dangereux. Le meilleur moyen de cette limitation est l’autonomisation des agents. Mais même en recherchant pour tous la plus grande autonomie, on peut admettre qu’il reste du pouvoir à partager, pour gérer des ressources communes, pour proscrire des comportements destructeurs, pour fédérer des efforts ou pour coordonner diverses entreprises humaines.
La démocratie implique en somme que la part résiduelle et incompressible de pouvoir soit partagée.
L’autorité humaine doit bien s’appuyer à la fois sur la rationalité et à la fois sur la démocratie, sous peine de devenir illégitime, si l’un des deux pôles vient à manquer.
- Sans la démocratie, l’autorité rationnelle est livrée à la tyrannie des experts. Elle développe le pouvoir illégitime de la classe des « connaissants ».
- Sans la rationalité, l’autorité démocratique est livrée à la tyrannie de la masse, manipulée par les leaders charismatiques. Elle développe le pouvoir illégitime de la classe des démagogues.
Comment doit donc être érigée la représentation humaine, pour éviter que l’autorité qui en émerge ne s’abîme sur ces deux écueils ?
Comment notamment organiser ses rapports avec le discours réaliste et rationnel de la science, comment s’assurer de l’objectivité de ce discours ? Je n’aborderai pas cet aspect dans le message d’aujourd’hui mais je ferai simplement remarquer que la solution passe très certainement par la circulation de l’information : c’est parce que l’information est partagée, diffusée, commentée, susceptible d’être comprise par une population suffisamment éduquée, qu’elle échappe au pouvoir des experts ou de ceux qui les ont soumis… Je ferai encore remarquer que dans le monde actuel, les pouvoirs dépensent des moyens considérables pour organiser la désinformation de l’opinion publique. Le pouvoir capitaliste agit par la publicité, pour vanter ses produits en occultants leurs nuisances. Quant aux pouvoirs autoritaires, ils agissent par les différentes formes de propagandes pour orienter les mécontentements sur des ennemis imaginaires et pour distiller un climat de haine et de crainte, propice à l’asservissement.
Les partisans de la révolution devront répondre à cette désinformation par une nouvelle forme de guérilla médiatique, libératrice de vérité, et j’y viendrai prochainement.
J’aborderai plus précisément aujourd’hui le fondement démocratique de la représentation humaine. Comment le constituer ? Faut-il envisager un vote de l’ensemble des citoyens du monde ? Mais pour qui, pour quoi ? Faut-il envisager une démocratie mondiale ? S’il est difficile d’envisager une démocratie directe à l’échelle planétaire, comment organiser la représentation des citoyens du monde ? Doit-on faire émerger des institutions démocratiques à l’échelle mondiale ? Les diverses appartenances doivent-elles y être représentées ?
On se souvient de ce slogan de mai 68 : Elections piège à con !
Pourquoi donc les élections dites « démocratiques » peuvent-elles être considérées comme des « pièges à con » ? Les raisons peuvent être diverses :
- Les conditions de diffusion de l’information présentées plus haut peuvent ne pas être remplies. C'est-à-dire que la population appelée aux urnes peut être tenue dans l’ignorance des véritables enjeux de l’élection et être manipulée par la propagande d’un pouvoir.
- L’enjeu de l’élection peut être lui-même inexistant. C’est le cas dans de nombreux régimes autoritaires, où un seul candidat va se présenter devant les électeurs. L’enjeu de l’élection peut également paraître trop éloigné aux électeurs, trop détaché de leurs préoccupations quotidiennes.
- L’enjeu de l’élection peut être perverti de manière plus subtile, si le cadre institutionnel limite l’offre électorale en interdisant de fait la constitution de certaines alternatives. Par exemple, ce n’est pas dans le cadre d’une élection nationale que l’on peut revendiquer la constitution d’une souveraineté supranationale. Ce n’est pas non plus dans un cadre institutionnel se fondant sur l’économie de marché, que l’on peut revendiquer une humanisation des ressources, un communisme énergétique ou encore la mondialisation de certains moyens de production.
- Enfin, l’élection peut être discréditée si les électeurs ne se reconnaissent pas dans l’appartenance qui la fonde, ou si pour eux aucun véritable enjeu ne peut émerger de la représentation de cette appartenance.
Comment éviter que les élections à l’échelle mondiale ne deviennent des pièges à cons ? Comment éviter que leurs enjeux ne paraissent trop lointains aux femmes et aux hommes préoccupés par leurs problèmes locaux ? Quelle place y accorder à la représentation des diverses appartenances ?
En fait la question de la constitution de la représentativité humaine ne peut être abordées indépendamment de ses buts, à court, moyen et long terme.
A court terme, il faut commencer par susciter la reconnaissance de l’appartenance humaine, en en démontrant le plus directement possible les intérêts. Il s’agit de donner du poids à une organisation protectrice, qui s’oppose à l’expropriation des paysans pauvres, qui améliore les conditions de vie dans les bidonvilles, qui s’oppose sur le terrain à l’oppression des minorités, qui couvre la production et la diffusion des médicaments sans indemnisation des titulaires des brevets, qui participe au démantèlement des multinationales…
Bref, il s’agit de rallier sous une même bannière mondialiste les victimes du capitalisme et de l’autoritarisme en leur apportant une aide concrète, mais également de rallier les classes plus favorisées qui auront compris l’urgence d’une révolution anti-capitaliste et écologique.
Tous les acteurs de ces luttes, doivent en somme devenir les nouveaux citoyens du monde et doivent être enregistrés comme tel.
Une offre électorale doit leur être proposée, afin qu’ils puissent départager différents courants au sein du mouvement mondialistes et déterminer l’ordre de priorité de certaines actions.
Le mouvement doit sans cesse augmenter le nombre de ses adhérents et doit peu à peu se structurer. Pour répondre aux besoins les plus urgents, il doit favoriser la formation de nouveaux missionnaires laïques, regroupés en sections d’agronomes, d’urbanistes, de médecins, qui apportent une aide concrète aux populations et développent l’autonomisation sous la bannière mondiale. Les diverses Organisations Non Gouvernementales déjà existantes et apparentées, comme Médecins sans frontière, Action Contre la Faim, Amis de la Terre, doivent être invitées à rallier la bannière mondialiste.
Le mouvement devra-t-il constituer sa propre police, sa propre armée, ses propres tribunaux ? Pour ma part je ne souhaite pas la création d’une véritable armée mondialiste car l’un des objectifs du mouvement sera le désarmement généralisé. Je serai plus favorable à la formation des militants aux différentes formes de résistances et d’occupations pacifiques, voire de sabotages, à l’exclusion toutefois de l’atteinte à l’intégrité physique des personnes (je tâcherai de revenir sur ce point en détaillant les différentes formes de luttes pacifiques). Mais ce point peut être discuté.
L’instauration de tribunaux mondialistes peut également être envisagé, dans un premier temps, pour se substituer aux institutions judiciaires capitalistes internationales (car malheureusement, de ce point de vue, seule la mondialisation capitalistes est effective), par exemple pour remplacer le CIRCI (Centre international de règlement des différents relatifs aux investissements). Ces tribunaux pourraient prononcer les premiers démantèlements de multinationales et les premières vagues d’humanisation des ressources. L’applicabilité de ces décisions nécessitera peut-être l’instauration d’une force de police, bien que là encore, démantèlements et humanisation, devraient si possible s’appuyer sur des actions massives mais pacifiques.
A moyen terme, le mouvement mondialiste pourrait envisager de faire sous-traiter certaines actions de police et de justice par les institutions nationales déjà existantes. Il s’agit de dissoudre ou de récupérer peu à peu tout les signes et les moyens des diverses souverainetés (et notamment des souverainetés nationales), qui ne sont pas la souveraineté humaine.
A plus long terme enfin, se posera véritablement le problème de la représentation humaine. Elle pourrait être envisagées selon différents échelons locaux. Un sénat des appartenances pourrait également être constitué. Mais il n’aurait pas vocation à représenter les défuntes appartenances nationales et surtout pas les appartenances religieuses. En fait, il faudrait éviter de représenter les appartenances fictives, c'est à dire purement idéologiques, qui orientent inévitablement les débats vers de faux buts et de faux enjeux.
Les appartenances linguistiques pourraient cependant être représentés dans le sénat mondial, car elles seront directement impliquées dans la politique d’éducation et de libre diffusion de l’information. D’autres appartenances pourraient être distinguées, en fonction de l’habitat par exemple, avec différents groupements urbains et ruraux, ou en fonction du mode de vie et de captation des ressources, avec différentes appartenances de pêcheurs, d’agriculteurs, de pasteurs, mais aussi de producteurs industriels ou artisanaux, de techniciens, de chercheurs…
Evidemment, ce ne sont que quelques pistes, quelques idées à creuser. La représentativité humaine doit absolument émerger pour légitimer les luttes les plus urgentes. Mais elle doit ensuite être patiemment construite. Et cette construction est à mon avis la plus passionnante, la plus neuve, la plus formidable et la plus utile des entreprises.
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Dans une précédente action, j’énumérai 7 voies de la révolution et 3 conditions nécessaire à sa propagation. L’une de ces 3 conditions est la diffusion de l’information révolutionnaire qui passe par la conquête de différents espaces médiatiques. C’est ce sujet que je vais aujourd’hui explorer. Il convient en effet d’agir :
1) Sur les moyens de diffusion de l’information révolutionnaire, pour faciliter au maximum sa propagation.
2) Sur son contenu, pour faire accepter l’idée de la révolution, en montrant qu’elle est possible, qu’elle est nécessaire, qu’elle est en un sens inéluctable.
Ce sont ces deux aspects que je vais successivement aborder.
1) Les moyens de diffusion de l’information révolutionnaire
Concernant les moyens de diffusion de l’information révolutionnaire, différentes solutions sont envisageables…
Il faut commencer par faire remarquer que l’espace de diffusion de l’information est lui-même soumis aux règles de l’échange marchand, règles que le discours révolutionnaire va tendre à contredire.
Il est donc possible d’utiliser les médias traditionnels, télévision, livres, Cd, etc… en respectant la règle du jeu de l’échange capitaliste (ce serait le cas, par exemple, si un best of d’Esprit 68 était vendu en librairie – ce qui ne risque pas d’arriver, je le précise, même si Esprit68 donnera naissance à un livre), ou en se pliant à certaines de ses contraintes (c’est le cas, par exemple, quand Olivier Besancenot se fait inviter chez Drucker). Le risque est, dans ce cas, que le médium dénature, contredise ou affaiblisse le message révolutionnaire. L’avantage est cependant de disposer de moyens permettant de toucher un large public ou du moins un public qui n’a pas accès dans les circonstances habituelles à l’information révolutionnaire. Un compromis sans doute est à rechercher. Reste à savoir quel type de public on veut réellement toucher et pourquoi… J’y reviendrai un peu plus loin…
Il est possible enfin d’organiser une forme de guérilla médiatique, visant à s’emparer de vecteur de communication habituellement aux mains des pouvoirs capitalistes, pour bénéficier des avantages d’une large diffusion de l’information, sans subir l’inconvénient d’une altération du message.
J’ai pensé illustrer ce moyen dans une nouvelle uchronie « médiatique » que je n’ai pas voulu développer, de peur de lasser mon lecteur, car elle aurait trop ressemblé à d’autres uchronies d’Esprit68 et notamment aux messages « Le WEB est anarchiste » ou aux « Uchronies audio-visuelles » du 20 avril. Mais je vais tout de même aujourd’hui vous résumer cette uchronie abandonnée : J’avais imaginé que les studios de TF1 et de M6 étaient pris d’assaut par des groupuscules révolutionnaires qui expliquaient l’urgence de la récolution écolo-anarcho-communiste en forçant un public jusque là abruti de publicité, de journal télévisé et autre télé réalité, à regarder la réalité en face. Dans cette fiction, les autorités répliquaient en sécurisant les studios, mais les révolutionnaires s’emparaient alors des relais de diffusion, puis prenaient le contrôle des satellites de communication. Par la suite, c’était le canal de diffusion de la chaîne américaine Fox News qui était conquis par les révolutionnaires, puis celui d’Al-Jazira et enfin les canaux de diffusion de tous les grands média, partout dans le monde.
Comme d’habitude, cette uchronie avait surtout une vertu défoulatoire. Il ne s’agit pas de prendre les chaînes de télé d’assaut, car cela conduirait à nous opposer à un pouvoir que nous ne serions pas en mesure de vaincre (ou alors il faudra préparer minutieusement cette action).
Dans le domaine médiatique, ce sont bien les règles de la guérilla qui doivent être appliquées et non celle de la guerre frontale. Les bases de l’insurrection et de la guérilla ont notamment été décrites dans le livre de Thomas Edward Lawrence (Lawrence d’Arabie), Les sept piliers de la sagesse. Les combattants vietnamiens s’en sont assez directement inspirés. On peut rappeler ces 6 principes de l’insurrection tels qu’ils sont d’ailleurs repris sur un site militaire (je ne vous en indique pas le lien, pour une question de déontologie – je ne voudrais pas que des sites militaires soient linkés à partir d’Esprit68 ! – mais si vous voulez, vous n’avez qu’à rechercher dans Google certaines phrases ci-dessous reproduites):
- Premièrement, un mouvement de guérilla victorieux doit avoir une base inexpugnable – non seulement contre les assauts physiques, mais également contre d’autres formes d’attaques, comme les attaques psychologiques.
- Deuxièmement, la guérilla doit avoir un ennemi technologiquement sophistiqué. Plus la sophistication est grande, plus cette force étrangère s’appuiera sur des formes de communication et de logistique qui présenteront nécessairement des vulnérabilités.
- Troisièmement, l’ennemi doit être en nombre suffisamment faible pour être incapable d’occuper le territoire disputé en profondeur, avec un système de postes fortifiés reliés entre eux.
- Quatrièmement, la guérilla doit avoir au moins le soutien passif de la population, à défaut de son implication complète. Selon le calcul de Lawrence, « les rébellions peuvent être composées de 2% d’actifs dans la force de frappe et de 98% de sympathisants passifs. »
- Cinquièmement, la force irrégulière doit avoir pour qualités fondamentales la vitesse, l’endurance, la présence et l’indépendance logistique.
- Sixièmement, les irréguliers doivent disposer d’un armement suffisamment avancé pour frapper les vulnérabilités de l’ennemi dans le domaine de la logistique et des transmissions.
Je rappellerais cependant que je n’envisage pas quant à moi l’insurrection armée, mais que j’entends transposer certaines règles de l’insurrection armée à une forme de guérilla médiatique. Cet aspect est d’ailleurs très sérieusement pris en compte par les militaires eux-mêmes. Si le site de défense auquel je fais allusion cite les principes de la guérilla tel qu’ils ont été établis par Lawrence, c’est d’ailleurs pour trouver les moyens les plus efficace de s’y opposer. Voilà ce qui est d’ailleurs dit à ce sujet :
Par ailleurs, nous devons poser un regard permanent sur l’insurrection, par une surveillance durable et un ciblage de précision, tout en ne lui présentant aucune structure, aucune forme et aucun schéma évidents. Nous devons également battre les insurgés par une stratégie d’inoculation : organiser nos forces conventionnelles en petits anticorps offensifs qui vaccinent la population locale contre l’insurrection, dont la pathologie suggère que nous isolions les guérilleros physiquement, cybernétiquement et psychologiquement de leur base de soutien et des médias. Enfin, face à une insurrection, un dollar vaut souvent 10 cartouches ; ceux qui soutiennent les insurgés, de même que les insurgés eux-mêmes, peuvent être achetés par différentes sortes de paiements ou de flatteries.
Et je suppose que c’est ce type de stratégies que les puissances occidentales tentent de mettre en œuvre partout dans le monde (en Irak ou en Afghanistan par exemple). Mais c’est à ce jeu là qu’il faut les battre. Si en somme, les militaires entendent vaincre la guérilla armée par la manipulation médiatique et la corruption, comme le suggèrent expressément leurs experts, c’est par une contre-guérilla médiatique et par une aide concrète sur le terrain (voir à ce sujet mon message du 17 mai) qu’il faut les devancer. Cette guérilla médiatique devra s’inspirer des principes énoncés par Lawrence. Parmi ceux-ci, on relèvera l’occupation en profondeur du territoire. La communication révolutionnaire doit en effet être une communication de proximité. C’est de proche en proche que doivent se propager les idées révolutionnaires. La communication doit être « concrète », elle doit s’accompagner d’actions. Elle doit à mon avis être établie par des relais sur le terrain (et pas seulement sur le terrain virtuel) qui rediffusent les messages, qui font obstacle au bombardement médiatique capitaliste et qui, si besoin, le sabotent. C’est bien le nombre de ces relais qu’il faut multiplier. Chaque citoyen du monde doit être un organe de presse révolutionnaire, un créateur de slogans, une caisse de résonance (un peu comme en 1968, lorsque les slogans fleurissaient sur les murs). Chacun doit multiplier les mots d’ordre, diffuser les films, les livres, les chansons, soutenir les discussions, convaincre, aider…
L’action doit également être collective… De nouvelles associations pourraient ainsi être créées que je serais tenté d’appeler « Groupes d’éducation humanitaires et d’entraide », qui proposeraient des animations et des cours gratuits dans les quartiers, qui initieraient la population aux problèmes écologiques, à la nécessité de moins consommer, mais qui donneraient également des conseils pour favoriser l’autonomie et l’autogestion : comment produire sa propre énergie, comment faire pousser ses légumes (ou son herbe), comment distiller son alcool… Les séances pourraient intégrer de multiples activités liés à la vie quotidienne, et même des séances sportives, des cours d’arts martiaux et de défense contre les forces autoritaires, voire des cours de manifestations insurrectionnelles, de résistance pacifique, de sabotages civiques, de distributions populaire (suite au pillage humanitaire et organisé des grandes surfaces) ou d’occupation de bâtiment. Les militants de ces associations proposeraient par ailleurs des aides concrètes à la personnes et aux familles, des secours alimentaires, du bricolage, des cours informatiques… Comme les unités de la guérilla armée, ces associations devraient pouvoir se dissoudre en cas de besoin, pour se recréer aussitôt sous un autre nom.
J’ajouterais que c’est la cohérence du discours révolutionnaire, qui doit permettre d’unifier tous ces efforts tant individuels que collectifs… Mais nous en venons alors au contenu du discours que je vais davantage détailler.
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2) Le contenu de l'information révolutionnaire
Je me contenterai, dans le message d’aujourd’hui de faire quelques remarques générales sur ce contenu (car finalement c'est à l'élaboration de ce contenu qu'Esprit68 a jusque là principalement tenté d'apporter sa modeste contribution)…
Il doit en effet faire apparaître la révolution comme nécessaire, possible et même inéluctable et il doit combattre les discours concurrents.
Dans mon message du 10 avril, j’indiquais quelques pistes pour faire triompher un discours anti-clérical. Des efforts similaires doivent être entrepris pour faire triompher un discours anti-nationaliste et anti-capitaliste. Car s’il est certain que le discours révolutionnaire se heurtera aux pouvoirs religieux, nationalistes et capitalistes (nous verrons plus loin comment faire face à cette opposition), il faut se rappeler qu’il se heurtera également aux mentalités religieuse et nationaliste… Et la mentalité est parfois plus difficile à combattre que les hommes armés. Le capitalisme est peut-être plus facile à combattre par des arguments rationnels. Mais les discours religieux et nationaliste représentent des défis plus redoutables, car ils s’appuient sur des éléments irrationnels contre lesquels le dialogue sensé ne peut souvent rien. Peut-être alors, faut-il éviter l’affrontement de front et patienter, insister sur les aspects positifs de la révolution, sans se heurter de plein fouet dans un premier temps aux délires patriotiques et cléricaux… Mais c’est un peu ce que je préconisais dans mon message du 10 avril avec la distinction entre la concurrence et l’attaque frontale. Les deux types de stratégies peuvent cependant être mises en œuvre par des groupes distincts : Tandis que certains discréditent et ridiculisent les idéaux religieux et patriotiques, d’autres suscitent l’adhésion à la nouvelle mentalité révolutionnaire.
Le discours anti-capitaliste peut, quant à lui, être plus facilement diffusé. Car le capitalisme, en lui-même, ne va pas susciter les mêmes vocations suicidaires que la religion ou la patrie. Mais là encore, il est parfois bon d’avoir à l’esprit quelques subtilités. Ainsi le discours révolutionnaire doit combattre la logique marchande et capitaliste, en en révélant les contradictions, mais il doit se réapproprier les termes positifs des discours rivaux.
Je vais en donner un exemple avec la notion de liberté : A mon avis, il ne faut pas attaquer nommément le libéralisme économique… Car on donne alors l’impression que l’on attaque une certaine forme de liberté. Il faut plutôt souligner que le libéralisme auquel les économistes et les valets du capital font allusion, n’en est pas un ! Ce libéralisme ne libère rien du tout. Les termes de l’échange n’étant pas égaux, les agents ne sont pas libres, ils sont contraints. Il peut donc être utile de saper l’idéologie adverse en renversant les termes de la lutte. Le révolutionnaire écolo-anarcho-communiste, doit se présenter comme un nouveau libéral : il veut libérer les échanges, c'est-à-dire qu'il veut les démonétiser, il veut libérer les ressources, c'est-à-dire qu’il veut qu’elles deviennent un bien commun. Lorsque le militant révolutionnaire parlera de libérer (et non de libéraliser) le marché de l’eau, il s’agira de le libérer du profit, pour que l’accès à l’eau soit libre pour tous. Lorsqu’il réclamera la liberté du marché du médicament, il s’agira de se libérer de la contrainte des brevets etc, etc, etc…
Il faut en somme positiver le discours révolutionnaire.
Il faut aussi veiller à sa cohérence et à son efficacité. Le discours révolutionnaire doit dénoncer les horreurs de l’actuel système de production de consommation et d’échanges, il doit dénoncer son inefficacité et la catastrophe vers laquelle il nous conduit. Mais il doit proposer en échange quelque chose de concret, quelque chose d’immédiatement applicable, même à court terme. Il faut que l’activisme révolutionnaire soit rapidement récompensé par des faits concrets, il faut que rapidement la situation change au niveau local, que la vie quotidienne s’en ressente, que les échanges soient différents, que les modes de vie se transforment, que l’on marche vers une lumière qui esquisse de plus en plus distinctement les formes de notre futur.
Enfin, pour permettre la diffusion du discours révolutionnaire, il faut songer au problème des langues. C’est un point à mon avis fondamental de la stratégie de communication révolutionnaire qui doit être pensée mondialement et appliquée localement. Comme cette communication doit être une communication de proximité, il faut quelle soit largement traduite et comprise. Il faut qu’elle soit adaptée aux différents contextes, sans cesse déclinée et sans cesse rapportée aux situations concrètes. Cohérent et inexpugnable, le discours révolutionnaire doit se transmettre sous les formes les plus diverses sans s’altérer dans son fond, et en se métamorphosant chaque jour dans sa forme.
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J’évoquais, dans mon message du 12 mai, les 7 voies de la révolution. Je vais aujourd’hui m’intéresser à la sixième, la voie de la contamination et de la transformation de l’actuel système de production, de consommation et d’échange.
Le système capitalisme mondial fonctionne actuellement dans un certain cadre et avec certains moyens, qui remplissent très imparfaitement leur rôle de régulation. Le cadre général est celui de l’économie de marché, de la libre concurrence qui d’ailleurs n’a de libre que le nom, car l’échange n’est jamais libre entre les pouvoirs détenteurs du capital et les agents qui n’ont que leur temps à louer, pour obtenir les moyens de participer à l’échange. Par ailleurs, les états qui se déclarent favorables à l’économie de marché, ne suivent pas les règles de la libre concurrence, puisqu’ils subventionnent leur production nationale afin de conquérir de nouveaux marchés. La supposé libre concurrence n’est donc le plus souvent qu’un alibi trompeur, brandit par les pouvoirs, qui ont les moyens d’influencer, dans leur propre intérêt, les règles de l’échange. C’est enfin la monnaie qui est censée assurer le fonctionnement et la régulation du système, mais qui remplit très imparfaitement ce rôle, puisqu’elle n’empêche pas que la somme des biens produits et consommés excèdent les capacités de la planète et puisqu’elle conduit à une répartition irrationnelle des richesses, contraire en tous cas à l’optimisation du bien être commun.
La voie de la contamination consisterait à échanger, à produire et à consommer sur une base non monétaire, dans des domaines restreints tout d’abord, puis, pour des pans d’activité de plus en plus importants et pour un volume de richesses sans cesse augmenté, afin que peu à peu, la nouvelle économie remplace l’ancienne.
La monnaie supprimée, pourrait être remplacée par un autre instrument de régulation… J’ai plusieurs fois émis l’idée, sur ce blog d’un Equivalent Universelle Energie. Mon idée était de faire en sorte qu’une unité rende compte de ce que chaque bien produit, consommé et échangé, coûtait à la planète et donc à la collectivité humaine dans son ensemble, en terme de dépense énergétique et donc de dégradation de l’environnement et des ressources.
En fait, je me rends à présent compte que cet équivalent universel devrait plutôt être libellé en terme de surface plutôt qu’en terme d’énergie, pour être plus directement lié à la notion d’empreinte écologique.
C’est l’occasion pour moi de revenir sur cette notion d’empreinte écologique, que j’ai souvent évoquée. Dans mon message du 25 mars, je renvoyais à divers liens sur le sujet. Indépendamment de ces contributions, je vais essayer d’en dire un peu plus sur la notion d'empreinte écologique afin de donner des ordres de grandeurs généraux (Si mon lecteur est déjà familiarisé avec toutes ces notions, il peut reprendre sa lecture après le passage en italique)…
L’activité humaine s’accompagne d’une production de déchets qui doit, d’une manière ou d’une autre, être absorbée. Cette production de déchet prend principalement la forme, directement ou indirectement d’une émission de CO2. Ce CO2, pour être recyclé, à besoin d’une certaine masse de végétaux, répartis sur un certain espace. Par exemple, on estime qu’il faut 1 hectare de forêt en bonne santé, pour absorber la combustion de 2 500 litres de pétrole. Si une partie de CO2 n’est pas absorbé, il contribue tout simplement à dégrader l’environnement et notamment à réchauffer le climat.
Pour évaluer l’empreinte écologique, on part de l’hypothèse que chaque kilo de CO2 nécessite une surface de forêt de 2,7m2 pendant un an pour être absorbé.
On considère que chaque KWh électrique (dans les conditions actuelles de production de l’électricité !) génère 750 g de CO2.
1Kwh produit par du mazout génère 300 g de CO2. En fonction du rendement de la chaudière, on ne récupère qu’une fraction de ce KWh sous forme de chaleur : de 55 à 85%. Ceci revient à dire que 1 KWh utilisable sous forme de chaleur produit entre 370 et 540 g de CO2.
1 M3 de gaz brûlé produit 2,3 kg de CO2.
On peut maintenant en venir aux capacités générales de la planète :
La surface totale de la Terre est de 510 000 000 km2.
La surface des terres émergées de 149 000 000 km2 (soit 29,3 %).
La surface des terres habitables de 134 000 000 km2 (soit 26,3%).
134 000 000 Km2 représentent 13 400 000 000 hectares ou encore 134 000 000 000 000 m2.
La population mondiale est de 6 700 000 000 habitants en 2008.
Si l’on répartit équitablement les terres habitables, on peut attribuer 2 hectares par personnes, soit 20 000 m2.
Ces 2 hectares peuvent absorber au maximum 7 500 kg de CO2. Ces 7 500 kg de CO2 représentent par exemple 10 000 KWh d’électricité produit dans les conditions actuelles (la moyenne européenne de la seule consommation électrique est déjà de 7 000 KWh par personne et par an). Mais si l’électricité était principalement produite par des panneaux solaires, elle produirait environ 30 fois moins de CO2 (la production de CO2 n’est jamais nulle, car il faut bien, par exemple, fabriquer les panneaux solaires). Les nouvelles voitures dites écologiques, en rejetant 130 grammes de CO2 par kilomètres, nécessitent donc 350 m2 pour chaque milliers kilomètres parcouru (en fait, bien davantage, car là encore, il a fallu « fabriquer » la voiture). On pourrait avancer que, dans ces conditions, notre empreinte écologique de 2 hectares permettrait de rouler 50 000 km par an… Ce serait oublier que pour faire fonctionner nos seuls appareils électriques, nous avons déjà utilisé au moins 70% de ces deux hectares. Il ne nous resterait donc que 15 000 km à parcourir, si nous ne mangions pas, si nous ne produisions aucun déchet, si nous ne nous lavions pas et si nous ne chauffions pas nos appartements.
En fait, en France, l’empreinte écologique serait plutôt de 7,3 hectares par personne, c'est-à-dire que nous rejetterions plus de 3,5 fois le volume de CO2 raisonnable. A ce stade on peut-être tenté de dire que nous consommons 3,5 fois trop d’énergie, mais comme nous venons de le voir, cette approche est contestable puisque tout dépend de la manière dont on a produit l’énergie consommée.
Il faut également se rappeler que sur les 13,4 milliards d’hectares disponibles, 1,5 milliards sont destiné à la production agricole.
Pour en revenir à notre stratégie révolutionnaire, il me faut donc admettre que l’Equivalent Universel Energie (EUE), que je proposais précédemment, pourrait être concurrencé par un Equivalent Surface Universel, un ESU libellé en m2.
Il faudrait une étude sérieuse pour déterminer lequel de ces deux étalons – l’EUE libellé en kilowatt/heures ou l’ESU libellé en m2 est le plus approprié. L’ESU qui repose sur la seule production de carbone et qui traduit son absorption en surface est moins « complet », moins rigoureux qu’un EUE qui rendrait véritablement compte de l’augmentation de l’entropie de l’éco-système. Mais l’ESU me paraît plus facile d’emploi, plus directement utilisable et plus « parlant ».
Cet ESU peut-il être un nouvel instrument de l’échange ? Chaque bien peut-il être évalué en ESU ?
C’est sans doute difficile, mais pas impossible… Imaginons que l’on confie, à chaque citoyen, un montant maximum en ESU à dépenser sur une année. Le prix de certaines marchandises, s’il était libellé en ESU dépendrait de l’usage que l’on voudrait faire de ces marchandises. Par exemple, le litre de gasoil pourrait coûter de 5 ESU à 6 ESU s’il est destiné à une voiture neuve, mais peut-être le double, s’il est destiné à une voiture plus polluante, et un autre prix encore, s’il est destiné au chauffage… Peut-être faudrait-il alors fixer un prix moyen qui tienne compte d’une utilisation moyenne. Ce prix ne résulterait pas d’une offre et d’une demande, mais d’une évaluation objective, effectuée sur la base de critères scientifiques, définis dans la transparence, connus de tous et soumis à de possibles révisions…
La limitation s’imposant aux consommateurs, qui pourraient disposer par exemple d’un compte en ESU, devrait également s’imposer aux producteurs… D’une manière ou d’une autre, il ne faudrait pas que la production mondiale dépasse les 134 000 000 000 000 ESU.
Comme je l’ai suggéré, un crédit en ESU pourrait être accordé à chaque individu, sans conditions (5 000 ESU ? 10 000 ESU ?)… Charge à lui d’augmenter cet apport minimum, par les services qu’il rend à la collectivité, mais sans pouvoir cependant dépasser un certain niveau (qui pourrait être légèrement supérieur à 20 000, si l’on estime que d’autres individus n’atteindront pas ce chiffre), pour que là encore, la consommation totale ne dépasse pas les 134 000 milliards d’ESU.
Ce système a une valeur indicative forte, mais il est sans doute compliqué à mettre en place, et n’est pas forcément un bon instrument de l’échange. C’est plutôt une indication que chacun devrait suivre, une règle de vie qui pourrait être adoptée par des communautés plus ou moins autonomes. La véritable solution pour faire fonctionner ce système semble en effet être l’autogestion et l’autonomie. Elle implique que le crédit minimum universel en ESU serait le plus souvent généré directement par les individus, pour eux-mêmes.
En effet si chaque individu vivait majoritairement en autonomie, tout en suivant un mode de vie compatible avec la sauvegarde de l’environnement, de quoi aurait-il besoin ? (Mon lecteur voudra bien excuser les erreurs que je vais inévitablement commettre du fait de mes faibles connaissances en agronomie… Plus que les chiffres sans doute très contestables que je vais fournir, c’est à la démarche globale d’évaluation des besoins qu'il faut s’intéresser.)
Pour lui donner 1 kg de céréales par jour, il lui suffirait de 700 m2 de terre agricole (évidemment le plus rationnel serait qu’il partage une parcelle plus grande avec des voisins), il y rajouterait 100 m2 pour son potager. Pour lui fournir 7 000 KWh d’électricité par an, il lui suffirait de disposer de 50 m2 de panneaux solaire (mais il faudrait rajouter à ces 50 m2, l’empreinte écologique des panneaux que je ne sais pas calculer)… Tout se gâte à partir du moment où il voudrait manger 100 grammes de viande par jour en moyenne, mais cela reste jouable et du reste, cela lui permettra d'obtenir des engrais "bio". Comme le kilo de viande animale nécessite pour être produit environ 10 fois son poids en céréales, il lui faudrait donc encore 7 00 m2, au moins (disons 1 0000), pour élever ses poulets et les nourrir. Mais, même avec la prise en compte de l'empreinte écologique des éventuels engrais et systèmes d'irrigation, notre homme resterait encore dans la limite d'un hectare (si l’eau est suffisamment accessible et s’il dispose d’un bon système de recyclage des déchets). Le reste de la surface pourrait effectivement servir à produire et consommer d’autres biens, ou à se procurer par l'échange des produits dont l'empreinte écologique lui permettrait de rester en dessous de 2 hectares (vêtements, objets manufacturés…). La surface encore disponible pourrait également servir de compensation à l'empreinte écologique des déplacements motorisés (en fait, il faudrait que notre homme entretienne une surface suffisamment vaste de forêt pour absorber ses émissions de CO2, qui jusqu’à présent restent très faible dans l’exemple donné. Il pourrait même utiliser 500 m2 de terre agricole pour produire 100 litres de biocarburants par an et entretenir le double de surface de forêt pour absorber le CO2 émis dans le cadre de ses déplacements).
Dès aujourd’hui des communautés peuvent se mettre en place, pour habiter, produire, consommer, échanger sur la base d’un ESU qui devrait rester inférieur à 20 000 en moyenne pour chaque membre de la communauté.
Ces communautés peuvent petit à petit quitter le système marchand pour la plus grande partie des biens consommés et gagner en autonomie.
En fonction de l’empreinte écologique prise par les différentes communautés autonomes, il serait possible d’organiser différentes productions de masse…. Là encore, un groupement de communautés de 1000 personnes par exemple, ayant réussi à dégager un excédent d’empreinte écologique de 0,5 hectare par personne, pourrait autogérer une usine consommant plusieurs millions de KWh.
Evidemment, il existera toujours des villes où peuvent être concentrés certains services et certaines industries… Ces villes, même si elle deviennent des « cités écolos » (voir mon post du 6 mai) auront sans doute toujours une empreinte écologique plus importante que les zones rurales… Mais dans ce domaine, des progrès immenses doivent être accomplis… Ainsi, on estime que l’empreinte écologique de la ville de Londres correspond à 125 fois sa superficie (soit 20 millions d'hectares, si je ne me trompe) ! En ville également, il est possible d’organiser des unités de production d’énergie par immeuble, et même, dans une moindre mesure, des unités de production agricole, avec des fermes verticales. Mais les collectivités urbaines devraient naturellement avoir à échanger avec les collectivités rurales voisines. Ces relations entre les diverses collectivités pourraient être contractualisées.
De même, des collectivités de pêcheurs ou d’éleveurs, pourraient contractualiser avec des collectivités davantage orientées vers la production de céréales, ou la production de services, ou la production industrielle. Le principe serait toujours le même : chaque collectivité ne devrait pas dépasser un certain ESU par personne (disons 15 000 m2), ou alors, ce dépassement pourrait être autorisé, parce que dans le cadre d’une contractualisation avec une autre collectivité, l’ESU moyen de l’ensemble des individus des collectivités contractantes, serait toujours inférieur au niveau déterminé.
A noter que les regroupements élargis de communautés urbaines et rurales pourraient sans doute dégager suffisamment de surplus pour lancer des programmes de recherches ou des politiques de grands travaux, tout en restant dans une empreinte écologique acceptable compte tenu du nombre d'individus représentés.
Cette contractualisation devrait respecter le principe de l’ESU minimal pour tous les individus d’un territoire : chacun, quelque soit sa situation, pourrait disposer d’un minimum destiné à satisfaire ses besoins élémentaires.
En fait, dans la marche progressive vers la nouvelle économie, il faudrait que de nouvelles collectivités s’organisent sur la base de l’échange démonétarisé, qu’elles gagnent progressivement en autonomie, et qu’elles dégagent un surplus destiné à aider des populations défavorisées, avec pour objectif de les retirer du système classique d’assistance, et de les insérer dans le nouveau système de production autonome. Les communautés échangeraient entre elles, et se créeraient progressivement des communautés de communautés. Cette stratégie "locale" devrait cependant être complétée par une stratégie globale, reposant sur la représentativité de l'ensemble des communautés (voir mon message du 17 mai à ce sujet).
C’est en somme une nouvelle logique et un nouveau mode de vie à adopter. Si une majorité d’individus l’adoptent, les autres suivront et l’humanité sera sauvée.
Dans mon message du 10 avril, j’indiquais quelques pistes pour faire triompher un discours anti-clérical. Des efforts similaires doivent être entrepris pour faire triompher un discours anti-nationaliste et anti-capitaliste. Car s’il est certain que le discours révolutionnaire se heurtera aux pouvoirs religieux, nationalistes et capitalistes (nous verrons plus loin comment faire face à cette opposition), il faut se rappeler qu’il se heurtera également aux mentalités religieuse et nationaliste… Et la mentalité est parfois plus difficile à combattre que les hommes armés. Le capitalisme est peut-être plus facile à combattre par des arguments rationnels. Mais les discours religieux et nationaliste représentent des défis plus redoutables, car ils s’appuient sur des éléments irrationnels contre lesquels le dialogue sensé ne peut souvent rien. Peut-être alors, faut-il éviter l’affrontement de front et patienter, insister sur les aspects positifs de la révolution, sans se heurter de plein fouet dans un premier temps aux délires patriotiques et cléricaux… Mais c’est un peu ce que je préconisais dans mon message du 10 avril avec la distinction entre la concurrence et l’attaque frontale. Les deux types de stratégies peuvent cependant être mises en œuvre par des groupes distincts : Tandis que certains discréditent et ridiculisent les idéaux religieux et patriotiques, d’autres suscitent l’adhésion à la nouvelle mentalité révolutionnaire.
C’est une sorte de révolution douce qu’il est ainsi possible d’accomplir... Par la mise en place progressive des communautés autonomes… Révolution aussi douce que possible, car elle se heurtera nécessairement aux pouvoirs (nous verrons plus loin commun faire face à cette opposition) et parce ce qu’au-delà d’un certain développement de l’autonomie, se posera le problème de la redéfinition de l’actuelle propriété des surfaces (et pas seulement des surfaces, car dans une telle hypothèse, se poserait la question de la gratuité des réseaux de communication, téléphone, Internet, dont l'entretien devrait être organisé à un certain échelon communautaire)… Et sans doute faudra-t-il en venir à une certaine forme de redistribution des terres, compatibles avec la constitution de communautés autonomes écologiques.
Mais, dira-t-on, cette proposition n’est qu’une utopie. L’homme est un animal égoïste qui ne peut œuvrer que s’il y trouve un intérêt. Sans argent, cet intérêt ne pourrait pas être suscité.
Mais c’est tout à fait faux ! Même aujourd’hui l’argent n’est pas l’unique ressort de la motivation humaine, ou du moins, il ne fait qu’épouser des motivations complètement différentes, irrationnelles, idéologiques, revanchardes, désirantes, amoureuses, paranoïaques ou utopiques, qui n’ont rien de monétaire.
Le documentaire que je vous proposais hier sur la révolution en Catalogne, montre au contraire qu’il est possible de se passer de l’argent. Et que lorsque celui-ci est aboli, les comportements changent. S’ils ne sont pas incités à suivre la spirale destructrice de l’accumulation de richesses, les femmes et les hommes sont disposés à œuvrer pour le bien commun. S’ils ne sont pas constamment immergés dans une société d’injustice, les femmes et les hommes sont prêts à faire preuve de solidarité.
Les nouveaux principes de la société écolo-anarcho-communiste seront eux aussi un bien commun. Et c’est pour cela qu’ils seront mieux respectés que toutes les lois imposées par la police et les tribunaux.
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Dans le message d’aujourd’hui, je voudrais évoquer les différentes composantes de la société qui pourront servir de base au mouvement révolutionnaire.
Paradoxalement, malgré tous les messages que j’ai pu rédiger sur la stigmatisation des riches et sur la nécessaire redistribution des richesses et du pouvoir, je ne perçois pas la révolution comme débouchant nécessairement sur une opposition entre classes sociales.
La révolution devra au contraire être l’affaire de tous. Puisque l’appartenance humaine est plus fondamentale que l’appartenance sociale, nationale ou religieuse, la révolution s’adresse à l’être humain avant de s’adresser au représentant de telle ou telle classe.
Je ne pense pas qu’il existe une classe sociale porteuse d’une vérité universelle, comme le suggère le marxisme. Parce que la vérité transcende les appartenances, parce qu’elle réunit tous les hommes, même si elle ne se révèle pas directement à eux et même si sa quête n’est jamais achevée. C’est progressivement, dans l’incessante confrontation au faits, dans l’incessante réflexion, dans l’incessante remise en cause de leurs habitudes de pensée que les hommes se rapprochent de la vérité.
Aussi, la vérité ne saurait être capté par une seule classe sociale, pas plus que les buts de la révolution.
Certes, la révolution semble plus souhaitable pour les populations les plus défavorisées par l’actuel système de production, de consommation et d’échanges. Elle devrait être plus directement réclamée par ceux qui sont tenus à l’écart de la répartition des richesses et du pouvoir, c’est à dire par les appartenances les plus assujetties et les plus exploitées, dans les pays les plus pauvres.
Mais même les classes dirigeantes ou possédantes, au sein des pays les plus riches, doivent comprendre qu’elles ont intérêt à ce que la révolution survienne, car le pouvoir qu’elles pensent avoir concentré entre leurs mains ne leur appartient pas véritablement et parce qu’il n’améliore pas véritablement leur bien être.
La dégradation de l’environnement provoqué par la surconsommation et la surproduction concerne tous les hommes.
Le climat de haine, l’ordre moral absurde, les contraintes généralisées, le développement des fausses valeurs, cumulé ou non avec l’abrutissement consumérisme, toutes ces nuisances entretenues par les pouvoirs autoritaires et les idéologies nationalistes et religieuses, constituent une forme de pollution des relations humaines qui n’épargne personne, pas même ceux qui croient en bénéficier.
Les oppositions de classes surviendront inévitablement dans le processus révolutionnaire, mais il faudra les dépasser, notamment en associant un rôle spécifique à chaque classe dans la révolution.
Chacun, en fonction de sa place dans le système de production, de consommation et d’échange peut œuvrer pour la révolution.
Nous avons vu hier qu’il fallait commencer à produire et à échanger selon d’autres modalités. Mais nous avons également vu qu’il fallait convaincre et diffuser l’information révolutionnaire. Enfin, nous verrons demain qu’il faut s’opposer aux manœuvres des pouvoirs.
Il est amusant de constater que ces trois grandes fonctions peuvent renvoyer aux trois grandes divisions de la société indo-européenne, telles que les présentait l’historien Georges Dumézil, c'est-à-dire à la classe des paysans/commerçants, à celle des guerriers et à celles prêtres.
En effet, il faudra conjuguer l’action :
- de nouveaux producteurs/commerçants de la révolution, pour mettre en place le nouveau système de production, de consommation et d’échange (voir la précédente action à ce sujet),
- de nouveaux « guerriers » de la révolution (même si la guerre qu’il mèneront sera livrée avec des moyens pacifiques), pour s’opposer aux pouvoirs, pour saboter l’actuel système de consommation, de production et d’échange, pour livrer la guérilla médiatique que j’évoquais plus haut,
- de nouveaux prêtres de la révolution (même s’il s’agit évidemment de prêtre laïcs), qui précisent les buts et les moyens de la révolution et qui convainquent de l’urgence de l’action révolutionnaire.
Chacun, en fonction de ses compétences et de sa place dans la société actuelle pourra remplir au moins l’une de ces trois fonctions.
Les individus au contact des ressources, comme les agriculteurs, les pêcheurs, les mineurs, ceux qui transforment les ressources, c'est-à-dire, les ouvriers et les ingénieurs, peuvent remplir la première fonction en formant les communautés révolutionnaires échangeant sur la base de l’Equivalent Surface Universel.
Le personnel de l’administration, de la police ou de l’armée, mais aussi des banques ou des multinationales, les employés des médias, peuvent résister, refuser les ordres destructeurs, voire saboter de l’intérieur le système qui les emploie ou encore détourner ses canaux de communication. Les soldats peuvent désobéir ou désamorcer leurs armes les plus destructrices, les policiers peuvent refuser de combattre les manifestants. Les banquiers peuvent brusquement remettre à zéro le compte en banque de tous leurs clients (ou simplement des plus riches d’entre eux, ou des adversaires les plus dangereux de la révolution).
Les intellectuels, les scientifiques peuvent réfléchir, expérimenter, modéliser et proposer de nouvelles alternatives toujours plus efficaces à l’actuel système de production de consommation et d’échange. Ils peuvent affiner la définition des buts de la révolution et ensuite, communiquer pour convaincre, mais aussi pour diffuser les solutions techniques qui faciliteront le fonctionnement des nouvelles communautés révolutionnaires.
La révolution ne sera pas seulement le fait des damnés de la terre et des forçats de la faim. Elle exigera également la participation des élites, qui, de part leur position sociale privilégiée, disposeront de moyens d’actions importants et pourront facilement développer une conscience aigue des enjeux révolutionnaires. Les élites auxquelles je fais allusion ne sont d’ailleurs pas forcément celles qui occupent les plus hautes charges à la tête des états ou des entreprises, car nous avons vu dans le message du 28 avril que, d’un certaine manière, le capitaliste favorisait l’ascension des plus stupides, des plus lâches et des plus médiocres. Il s’agit plutôt de scientifiques, d’ingénieurs, de cadres intermédiaires, qui de part leur efficacité, leur honnêteté et leur intégrité, sont le plus souvent écartés de l’exercice du pouvoir, mais qui disposent cependant d’un savoir-faire et de moyens d’action dont il sera toujours utile de faire profiter la révolution.
Attention, je ne voudrais pas que ma distinction des trois fonctions dans l’action révolutionnaire, conduise à me suspecter de favoriser la constitution d'une nouvelle société de classe. Cette distinction est d’une part présentée à titre didactique, d’autre part elle n’implique pas que les individus qui remplissent ces fonctions soient rigoureusement séparés en classe. Un même individu pourra cumuler différentes fonctions : de part son expérience concrète de production et d’échange sur la base de l’ESU, un paysan pourra contribuer à préciser la doctrine révolutionnaire. Il pourra également participer aux actions de guérilla médiatique. Par ailleurs, ces trois fonctions sont surtout requises dans la phase de transition révolutionnaire. Passé cette phase, dans la société future, la répartition plus équitable des richesses, la libre circulation de l’information, et l’autonomisation croissantes des communautés entraînera une perméabilité maximum entre les diverses catégories sociales.
Je ne prétends pas non plus qu’au cours de la transition révolutionnaire, la « masse » doive obligatoirement être éclairée par les élites. Je dis simplement que dans un premier temps, certaines élites seront mieux à même de comprendre, de préciser et de diffuser le discours révolutionnaire. Je pense surtout qu’il faut mobiliser toutes les énergies, qu’il faut éviter au maximum de s’épuiser dans des conflits inutiles. L’action révolutionnaire doit être unificatrice. Si elle a vocation à dépasser les appartenances, elle doit les utiliser pour faciliter l’accomplissement de ces buts.
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Nous avons beaucoup parlé dans ce blog d’une révolution mondiale, initiée sur des bases communautaires, pacifiques, rationnelles et humanistes, d’une révolution qui ferait émerger une représentation humaine dépassant les appartenances ethniques, religieuses et nationales.
Cette espérance parait bien naïve, si on la compare à la puissance et à la sauvagerie des pouvoirs en place.
Que représentent les idées généreuses de la révolution libertaire, face à la volonté de puissance du capitalisme d’état chinois, face à la suprématie nationaliste russe, face à l’impérialisme économique et militaire américain, face à la violence hystérique des totalitarismes religieux musulmans, face à la main mise des multinationales et face à la brutalité des régimes autoritaires ?
La révolution semble revêtir la fragilité d’un rêve, elle semble vouée à être déchirée par les ogres affamés du pouvoir.
Comment triompher de ces ogres terrifiants ? Comment imposer la révolution humaniste, sans subir leur violence destructrice ?
La première règle sera de ne pas les affronter directement, de ne pas leur offrir une résistance qui puisse leur permettre d’exercer leur puissance contraignante. L’art de la révolution sera un art de l’esquive, de l’évitement. La révolution sera un Aïki-do, une voie de la concordance des énergies. Certes, le révolutionnaire doit agir, dans une urgente nécessité, mais lorsque vient la réaction, il doit se dérober, se préserver, pour poursuivre d’une manière ou d’une autre son action. Il doit laisser le pouvoir s’épuiser en de vaines agitations. Le révolutionnaire ne doit en tous les cas provoquer aucune bataille qu’il ne soit certain de remporter.
La deuxième règle sera de considérer la part humaine, aussi faible qu’influençable des individus qui sont les rouages de la mécanique du pouvoir. Les soldats dans leurs chars, sur la place Tian'anmen ou sur les routes d’Irak, sont inattaquables. Il ne faut donc pas les attaquer. Par contre ces soldats ont aussi une famille, des espérances, des craintes et des besoins matériels, moraux et spirituels. C’est cette part humaine qu’il faut toucher et non pas l’acier de leurs tanks. De même les responsables des multinationales ou les chefs d’états, peuvent, eux aussi, être atteints par des moyens détournés.
Il y a des dizaines de manières d’y parvenir, l’atteinte aux biens, le sabotage, le harcèlement moral, la propagande…Les techniques de guérilla classique en sont pas à exclure, notamment pour ruiner l’approvisionnement des forces répressives, mais elles doivent être redoublées par des techniques de guérilla médiatique et idéologique qui atteignent directement l’élément psychologique et humain. La meilleure solution est toujours de gagner l’ennemi à sa cause, mais si ce n’est pas possible, et si l’ennemi est trop puissant, il faut le démoraliser, semer le doute en lui, l’affaiblir enfin, en le coupant de ses approvisionnements et en l’isolant.
La troisième règle sera de découvrir et de frapper sans pitié les points faibles des pouvoirs. Les structures sociales actuelles sont complexes et de ce fait, fragiles. Les pouvoirs qu’elles ont engendrés, ont hérité de cette fragilité. Ce sont de terrifiants colosses, mais leurs pieds sont d’argiles.
Cette fragilité est due à la complexité d’une technologie qui n’est jamais complètement maîtrisé par ceux qui l’emploient. La technologie est un atout, mais elle est également une faille. Elle restreint l’autonomie de ceux qui l’emploient. Plus elle est aboutie, plus elle est vulnérable à l’irruption d’une contre technologie. Par exemple, une contre technologie développée dans le domaine des communications et de l’informatique, avec brouillage des signaux émis selon les anciens protocoles et propagation des seules informations révolutionnaires, pourrait devenir une arme redoutable.
Cette fragilité est entretenue par la bureaucratie et par la complexité d’un ensemble de règles incohérentes, qui embrouille et retarde les décisions. Le fouillis des règles absurdes prolifère en effet naturellement dans les plaines du pouvoir.
Cette fragilité est provoquée par la dissémination des sites et des étapes de production dans une économie mondialisée et sujette à de violents spasmes financiers.
Cette fragilité est renforcée par les oppositions de stratégies personnelles qui se développent dans n’importe quelle hiérarchie religieuse, étatique, militaire ou économique. Elle est aggravée par la bêtise et la médiocrité auxquelles conduit le pouvoir capitaliste, par la servilité à laquelle conduisent les pouvoirs autoritaires et par l’abrutissement auquel conduisent les pouvoirs religieux.
Oui, les pouvoirs actuels sont terrifiants, mais ils sont maniés par des hommes médiocres, ignorants et sans imagination. C’est pour cela qu’il sera possible de les vaincre.
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