Compilation des messages inspirés par l'actualité, récente ou pas, et par l'Esprit 68...

Humeurs du 1er avril 2008

1) Internet et écologie :

En référence aux précédentes réflexions sur l’écologie (message du 25 mars notamment), n’oublions pas que le réseau Internet lui même est consommateur d’énergie : Voici quelques extraits d’un article de France-info à ce sujet, dont vous retrouverez l’intégralité à l’adresse suivante.

« Le réseau Internet consommera-t-il autant d’énergie dans 20 ans que l’humanité aujourd’hui ? Si rien n’est fait, oui, répond un chercheur allemand. Les professionnels du secteur commencent à s’inquiéter de la voracité énergétique du réseau, dont la consommation a doublé ces huit dernières années.
L’inquiétude plane au-dessus du réseau Internet. Cet univers virtuel se nourrit bel et bien dans le monde réel. Son appétit s’avère gargantuesque et ne semble pas vouloir se modérer. Les exemples de cette voracité ne manquent pas : la consommation électrique horaire d’un personnage de Second Life équivaut à celle d’un Brésilien. Et chaque année, le réseau mondial consomme l’équivalent de 16 fois la consommation électrique de Paris.
Ce n’est pas l’internaute, chez lui, qui engloutit autant d’énergie, mais les “rouages” du réseau qui permettent d’assurer le trafic internet : recherches, mails et surtout spams. En cause surtout, les centres de données, appelés data centers. Il s’agit en quelque sorte des terminaisons nerveuses du réseau internet. Ce sont eux qui accueillent les serveurs, ces ordinateurs de grande puissance, qui relaient les requêtes des internautes et abritent les sites internet.
Ces data centers, dont certains peuvent faire la taille de plusieurs terrains de football sont extrêmement gourmands en énergie.

Et l’industrie informatique représente déjà 2% des émissions de gaz carbonique. La consommation pourrait encore doubler d’ici quatre ans.
»

Avec cette note d’espoir cependant :

« Si les data centers s’engagent résolument dans une démarche “verte”, la consommation pourrait diminuer de moitié d’ici 2020, au lieu d’augmenter dans les même proportions, selon Gerhard Fettweiss, de l’université de Dresde, en Allemagne. »

Mais ce n’est pas tant le réseau Internet qui est en cause, que les conditions actuelles de l’échange, qui peuvent conduire n’importe quelle production de biens ou de services à enfler démesurément, sans que jamais la question de son unité globale et la question des ressources que la collectivité est prête à y consacrée ne soient posées.

Le marché n’est pas le bon régulateur.

Sur le fond, peut-être que le libre accès à l’information qu’autorise Internet, mérite que l’on y consacre une grande partie de l’énergie renouvelable disponible sur la terre… Si dans le même temps les besoins plus élémentaires sont satisfaits pour tous ! On sait que le cerveau qui ne représente que 2% du poids total du corps, consomme 20% de l’énergie produite par la respiration et l’alimentation… Mais le cerveau ne fonctionnera pas s’il n’y a plus assez d’énergie pour alimenter les muscles et les viscères !
Que mes lecteurs enfin se rassurent, une visite sur Esprit68 consomme sans doute moins d’énergie que le vol d’un mirage 2000 ou la fabrication d’un char Leclerc et finalement, elle est obligatoirement plus utile, puisque la vocation première de ces deux engins étant la mort, la souffrance et la destruction, leur utilité est obligatoirement négative...

2) Internet, information et contre-pouvoirs

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Le pouvoir est encore le plus souvent inefficace. En effet, il est toujours difficile, pour un petit nombre d’individus, d’orienter au mieux les actions du plus grand nombre, de façon à optimiser leur bien être. Les errements de toutes les bureaucraties sont là pour nous le rappeler.

A propos d’Internet et en référence au message d’hier, il est vrai que les fantastiques possibilités de diffusion de l’information permissent par le Web constituent un naturel contre-pouvoir, un frein à toutes les volontés de domination. Encore faut-il jouer le jeu jusqu’au bout… On sait qu’en 2006 Google a accepté de se censurer pour pénétrer le marché chinois. Certains contenus sont retirés des résultats obtenus par le moteur de recherche, conformément aux souhaits des autorités chinoises…

Voir l’article complet ici.

Difficile de lutter contre le pouvoir d’état… La véritable solution, je pense qu’elle aurait pu être mise en œuvre par les informaticiens salariés de Google, qui auraient pu tout simplement désobéir, de la façon la plus intelligente possible, pour éviter leur mise en cause personnelle et pour que le résultat de leur « trahison » ne soit pas découvert trop vite.

Tel est la vertu des petits gestes… Des petits gestes contre le pouvoir ! Que chacun fasse son petit geste contre le pouvoir et tout ira mieux… Le monde sera moins pollué par la bêtise et la domination !

3) Bonheur National Brut

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J’indiquai dans les précédents messages que les indicateurs économiques ne traduisaient pas l’utilité réelle, qu’ils ne reflétaient en rien la qualité de vie. Je ne suis pas le seul à l’affirmer !
On sait que le Bhoutan, depuis 1972 préconise l’utilisation du Bonheur National Brut. Cette mesure soit disant « holistique » du développement humain repose sur quatre principes fondamentaux :

- croissance et développement économiques,
- conservation et promotion de la culture,
- sauvegarde de l'environnement et utilisation durable des ressources naturelles,
- bonne gouvernance responsable.

(voir ici l’article complet. Voir aussi à propos du bonheur global et du Bhoutan sur Wikipédia.)

Il faut cependant remarquer que ce « BNB » a été introduit par le roi Jigme Singye Wangchuck afin de servir la culture nationale, basée sur les valeurs spirituelles bouddhistes.
Je n’aime pas les royautés (la concentration du pouvoir dans les mains d'un seul et sa transmission héréditaire me semblent contraires à la déclaration universelle des droits de l'homme), même si celle du Bouthan n’a pas l’air d’être la pire. Jigme Singye Wangchuck a abdiqué en 2006 en faveur de son fils, et son régime est parlementaire, même s’il est l’héritier d’une théocratie peu sympathique.
Bon, le bouddhisme, ça reste malheureusement une religion, même si c’est sans doute la moins bête du monde (mais pas forcément la moins nocive, car elle dévalorise la vie terrestre et son lots de désirs, de jouissances et de révoltes et parce qu’on le veuille ou non, elle s’appuie sur un clergé, sur une hiérarchie, et donc sur un pouvoir qui impose sa vision du monde à la collectivité).

Messieurs les bouddhistes, encore un effort pour être anarcho-écolo-communistes !

(Du reste, certains bouddhistes sont déjà anarchistes et révolutionnaire, comme vous le constaterez si vous jetez un oeil au blog de Bouddhanar)

4) Inénarrable Guy Drut !

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Sacrés moines bouddhistes… En fait, je suis persuadé que ce sont tous des keupons dans l’âme… Il suffit de leur mettre une crête !

En tout cas, ils ne font pas recette au Tibet.

Guy Drut, membre français du Comité International Olympique (CIO), a déclaré lundi 24 mars, qu'il pourrait "comprendre" sans pour autant qu'il "l'approuve" un éventuel boycott de la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin de la part de la France.
De la cérémonie d'ouverture, hein ! Parce que les jeux, c'est vraiment pas possible, et puis ça coûterait trop de fric...
… Surtout, Guy Drut a fait remarquer, et bien d’autres avec lui, combien il serait dommage pour les sportifs qui se sont entraînés si durs, qui ont consacrés tant d’efforts à leur rêve, de ne pas participer aux jeux olympiques… Parfaite illustration du stupéfiant renversement des valeurs à l’œuvre dans nos sociétés et du non moins surprenant aveuglement à la souffrance de ce qui nous est lointain.
Certes, il serait dommage, pour les sportifs, de ne pas participer aux jeux, mais sans doute moins dommage, que d’être emprisonnés, torturés et tués comme le sont les manifestants tibétains ! Certes, on pourrait penser qu’une partie au moins des années d’efforts consenties par les champions, est gâchée, si elle ne s’investit pas la course à une hypothétique médaille olympique… Moins gâchée cependant que le même nombre d’année (ou le triple !) passé dans une geôle chinoise !
Remettons donc les choses à leur place… Il n’est pas dit que le boycott ou du moins que l’isolement de la Chine soit un moyen efficace de lutter contre ses gouvernants. Mais la dignité nous commande de n’accorder aucune importance au sport au regard des tragédies humaines.
Mais les espoirs déçus des sportifs ne sont que le pudique reflet d'autres espoirs, qui importent sans doute davantage aux membres du CIO : les espoirs des télévisions et des marques !

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Humeur du 3 avril 2008

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5) Trop de polémiques ?

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Tiens, à propos de mon dernier slogan, on pourrait se demander pourquoi je m’en prends à Sarkozy ? N’est-ce pas lui accorder un peu trop d’importance ? Finalement qu’est-ce que Sarkozy… N’est-il pas le dirigeant de la France sclérosée, de la France refermée sur elle-même, de la France condamnée, dont on n'a pas même à parler ? Et que dire de la médiocre image qu’il renvoie ? J’ai parfois le sentiment que Sarkozy sera le dernier président de la République Française. Il pourrait à ce point décrédibiliser la fonction qu’elle en serait anéantie (si évidemment, la grande révolution mondiale n’éclate pas avant).
Ce qui est bien avec Sarkozy, et ce dont nous devons lui être reconnaissant, c’est qu’avec lui, tout l’éclat de la fonction présidentielle disparaît, tout la pompe mensongère du pouvoir d’état s’évapore … Le président est traité d’enculé, il répond sur le même ton « casse-toi pauvre con ! »…

Mais ma bonne dame, c’est l’Anarchie !

Mais d’un autre côté, Sarko est aussi le représentant des pouvoirs les plus arbitraires, les plus infâmes et les plus redoutables : La grande mafia médiatico-financière et industrielle dont le but avoué est de crétiniser les masses, de flatter leurs penchants réactionnaires pour mieux les spolier et pour finalement concentrer tous les profits et tous les pouvoirs.

Au-delà du clown Sarko, au-delà de la médiocre girouette, au-delà du foutriquet fantasque, au-delà du menteur miteux,

sarko clown

c’est le servile valet du capital, l’infâme séducteur de la droite réactionnaire et xénophobe, le complice hypocrite de l’obscurantisme, la sinistre carpette des tyrans de tous poils qu’il faut combattre !!!

sarko facho


sarko autoritaire

Alors certes, il faut admettre, qu’il y a des menteurs encore plus nuisibles, à la solde de pouvoirs encore plus féroces et néfastes, mais puisque celui-là est de notre village, autant en profiter… D’ailleurs, la vulgarité du personnage incite à l’attaquer tout aussi vulgairement. Mais j’admets qu’il faut prendre un peu de hauteur et revenir aux fondamentaux… Aussi, je veux bien rectifier mon slogan d’hier... Voilà ce que les supporters devraient inscrire sur leurs tifos !

banderole ch'tis et anarchie

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Humeurs du 8 avril 2008

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6) Récupération et gâchis

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les armes à la poubelle

Le symbole le plus pathétique de la récupération marchande de mai 68 est sans doute la vente aux enchères « Camard et associés » qui s’est tenue à Drouot le samedi 5 avril 2008. La vente comportait plus de 250 lithos et affiches réalisées en mai-juin 1968 par les Ateliers populaires. Et l’on a pu voir à cette occasion Laurence Parisot, patronne du MEDEF faire ses emplettes et repartir avec quelques affiches délicieusement subversives. Ainsi voudrait-on dissoudre l’esprit de mai dans la commémoration consensuelle et dans me marchandising classieux. Ainsi pense-t-on lui ôter tout son sens, toute sa force révolutionnaire, en exposant sous verre ses slogans, comme on expose sous cellophane, les viandes au supermarché.

Sur
Esprit68
, les slogans ne se vendent pas, ils se donnent, pour être criés, pour circuler, se transformer, se multiplier et envahir le monde !

7) Horrible gâchis

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Je parlais dans mon précédent message, de la captation indue de moyens par le pouvoir d’état. Les dépenses militaires en offrent une parfaite illustration. Le 21 mars 2008, Nicolas Sarkosy présentait le lancement du nouveau sous-marin nucléaire « Le Terrible ». Une des caractéristiques de ce fleuron de notre industrie navale, est qu’il est censé permettre de faire face aux « nouvelles menaces », qui se révèlent au Moyen-Orient ou en Asie. On pense à l’Iran mais aussi à la Chine… Bel exemple de Schizophrénie ! Il est amusant de comparer cette apparente détermination avec la mollesse affichée par les dirigeants occidentaux et en particulier par Nicolas Sarkosy, à propos du respect des droits de l’homme en Chine et à propos de la répression au Tibet. Les gouvernements occidentaux pourraient ainsi envisager de songer, à penser, à boycotter, les 30 premières secondes de la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques, pour bien marquer leur désapprobation à l’égard des agissements du pouvoir chinois. Ou alors ils participeraient intégralement à cette cérémonie, mais en arborant comme leurs athlètes un badge hautement subversif indiquant « Mangez des pommes » ou alors « Pour un monde plus beau » (non ça c’est un slogan de la marque Carrefour, enfin je ne sais plus...) Par contre on n’hésiterait pas à envoyer une bombe nucléaire sur la population chinoise. Belle solidarité entre les pouvoirs qui savent se ménager mais qui ne ménagent jamais leurs dominés.
Mais revenons au problème des moyens : Les informations relatives au coût du « Terrible » divergent, la dépense serait comprise entre 1,5 milliards et 3 milliards d’Euro.s J’ai lu quelque part que ce coût représentait 2 fois le budget annuel d’une grande région française, ou encore la construction d’une centaine de nouveaux lycées. Bagatelle dira-t-on, si on le compare par exemple au coût de la guerre en Irak : 500 milliards de dollars !
Combien d’écoles, combien d’actions de développement auraient pu être réalisées avec les mêmes moyens ! Ces 500 milliards de dollars ont, directement ou indirectement, causé la mort d'au moins 400 000 Irakiens, selon l'Organisation Mondiale de la Santé. Ils ont également provoqué la migration d’environ 4,4 millions d'Irakiens (voir à l’adresse suivante un article du Monde à ce sujet). Combien d’hommes et de femmes auraient pu voir leurs conditions de vie durablement améliorées avec ces 500 milliards de dollars ? Combien auraient pu être éduqués, soignés, combien aurait pu être écartés du terrorisme et de la haine à l’égard de l’occident ? Combien de temps laissera-t-on à une soi-disant élite dirigeante, la possibilité d’organiser de tels gâchis !

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Humeur du 11 avril 2008

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9) Visions fantasmées du nationalisme

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le mensonge nationaliste

Voici ce que l’on peut lire aujourd’hui sur le site de France-info :

"Depuis le fiasco du passage de la flamme olympique à Paris, certains internautes chinois appellent à des représailles contre la France. Sur plusieurs forums de discussion circulent depuis quelques jours des appels au boycott des produits français et des marques de luxe, de distribution et d’automobile les plus implantées en Chine. Mais c’est l’appel à l’indépendance de la Corse qui a trouvé sur Internet un terreau fertile à toutes les discussions. L’indépendance de la Corse contre celle du Tibet, une façon de renvoyer la France à ses affaires. Un internaute chinois propose même une carte de l’île de beauté sur fond bleu à diffuser pendant les jeux ou à reproduire sur un tee-shirt."

Cette réaction des internautes chinois est symptomatique et intéressante. Voici des gens qui se sentent personnellement agressés, blessés, par des mouvements de protestation dirigés contre un aspect de la politique de leur pays. Et ils répondent à ce qu’ils considèrent comme une attaque,

non pas en s’interrogeant sur ce qui la motive dans l’esprit de ceux qui en sont les auteurs et sur le bien fondé de cette motivation, si on la compare aux faits,

mais par une contre attaque, c’est à dire par une agression dirigée non pas contre les auteurs directe mais contre le groupe auquel ils sont censés appartenir.

La réaction des internautes chinois pourrait donc ainsi se résumer :
« Vous les Français, vous dites que nous les Chinois, nous sommes des salauds et vous voulez nous nuire. Mais c’est vous qui êtes des salauds et c’est nous qui allons vous nuire. »

Cette réaction est exactement la même que celle qui pourrait être envisagée pour répondre à une agression physique : un homme est attaqué, il se défend en tentant de nuire à son agresseur.

Pourtant les internautes chinois ne sont pas physiquement agressés, certainement moins en tout cas, que les manifestants tibétains. Quant à la nuisance personnelle que leur cause les manifestations qui se sont déroulées en France, elle est toute hypothétique. Il faudrait que ces manifestations aient un réel impact sur l’organisation des jeux et qu’elles contribuent d’une manière ou du autre, à diminuer les revenus que nos internautes indignés attendent de cet évènement.
En fait, si ces manifestations françaises sont si mal perçues, c’est parce qu’elles portent atteinte, non pas à la personne des internautes chinois, mais à la vision fantasmée qu’ils ont d’eux-mêmes. Cette vision est une construction idéologique enfantée par une monstruosité aussi redoutable que la religion, le nationalisme !
En retour, c’est tout naturellement à une autre construction idéologique que veulent s’en prendre les internautes chinois, c’est à dire à une version fantasmée de ce qu’ils considèrent comme leurs nouveaux adversaires, « les Français ».
La constitution de ce fantasme interdit évidemment toute nuance, toute distinction, toute réflexion.
Ainsi, religions et nationalismes contribuent à l’élaboration de fantasmes, qui détournent les êtres humains de ce qui devrait constituer leur préoccupation directe, à savoir la quête du bonheur personnel. Comme les religieux, les nationalistes vivent dans un monde d’abstractions, d’illusions, et sont conduits à toutes sortes d’actions violentes et disproportionnées, qui malheureusement ne seront pas dirigées contre ces abstractions, mais contre de malheureux frères et sœurs humains.

J’ajoute encore que l’on devrait peut-être donner raison aux internautes chinois à propos de la Corse. Mais en échange de la visite d’inspecteurs chargés de réaliser une enquête sur les atteintes aux droits de l’homme en Corse, les chinois devraient accepter la venue d’enquêteurs impartiaux au Tibet !

PS : On pourrait m’objecter que j’entretiens moi-même une vision fantasmée du religieux, comme tendrait à le prouver mon dessin de l’hydre, dans le message d’avant-hier. Je veux bien l’avouer pour partie, tout en espérant que mes lecteurs font la part de l’humour et de la référence. Mais je voudrais aussi indiquer que ma représentation n’est pas complètement fantasmée, car l’agression du religieux est bien réelle. Il est exact qu’il y a quelques siècles, l’église catholique en appelait au meurtre, torturait et tuait par l’entremise de l’inquisition. Et il est également exact qu’aujourd’hui les extrémistes musulmans (et pas seulement eux) en appellent au meurtre, torturent et tuent pour favoriser la propagation de leur foi. La violence religieuse n’est pas fantasmée, elle est bien réelle ! Alors certes, elle n’est pas propagée par tous les religieux et il est salutaire à cet égard d’opérer des distinctions. Mais je soutiens qu’au-delà des agissements de leurs plus dangereux propagandistes, les religions ont une influence néfaste sur l’évolution du monde actuel.

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Humeur du 16 avril 2008

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10) Besoins élémentaires

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bombes au maïs

Les médias s’émeuvent actuellement de la situation d’urgence alimentaires dans laquelle se trouvent un nombre toujours plus important de pays – notamment en Afrique – suite au renchérissement, continu depuis plusieurs mois, des matières premières alimentaires.
Un dossier sur le sujet est accessible à cette adresse sur le site de France-info, . Il décrit la dramatique évolution dans des pays comme le Sénégal, Madagascar, mais aussi l’Egypte, où éclatent de véritables émeutes de la faim.

Les causes de ce désastre sont multiples. L’accroissement de la demande des pays émergents contribue naturellement à augmenter le prix des matières premières. Du coté de l’offre, le développement des biocarburants accapare des surfaces auparavant consacrées aux cultures vivrières et accroît encore les tensions inflationnistes. Dans le cas particulier du Sénégal, on peut également dénoncer le choix de l’ancien pays colonisateur – la France en l’occurrence – de spécialiser l’agriculture locale dans la production de certaines denrées comme l’arachide, au détriment des cultures vivrières. Cette spécialisation doit aujourd’hui être compensée par un abondant recours à l’importation de denrées alimentaires telles que le riz ou le blé.
L’actuelle dépendance alimentaire du Sénégal, s’explique donc en partie par la captation indue d’un pouvoir, aux mains d’une autorité colonisatrice, qui orientait des choix de production, non en fonction des besoins de la population locale, mais en fonction des gains attendus par les colons et par la métropole.

Au-delà, du rôle néfaste des pouvoirs, qui exercent indûment leur autorité sur un territoire ou sur une communauté, c’est toute la faillite de l’actuel système de production, de consommation et d’échange que révèlent les actuelles crises alimentaires.

En effet, ce système est inefficient, puisqu’il conduit à satisfaire des besoins élémentaires, par les voies les plus détournées, les voies les moins « économiques », en somme par les voies les plus « coûteuses en énergie », si l’on veut employer le vocabulaire avec lequel les lecteurs de ce blog doivent être familiarisés. A cet égard, le riz importé, par le simple fait qu’il doit être transporté, a un coût énergétique plus élevé que la nourriture qui aurait pu être produite sur place.

Mais l’actuel système de production, de consommation et d’échange n’est pas seulement coûteux en énergie, il n’est pas seulement inefficient, il est également inefficace, puisqu’il ne permet même pas la satisfaction des besoins élémentaires pour une part importante de la population mondiale. N’est-ce pas l’irréfutable signe que le marché capitaliste ne conduit pas à l’obtention de l’optimum économique, n’aboutit pas à la somme la plus élevée possible de satisfactions individuelles, mais conduit au contraire à un haut degré d’insatisfaction et de souffrance.

Cette faillite globale se révèle dans la mauvaise allocation des ressources disponibles, ou plus précisément, dans l’utilisation d’une grande quantité ressources à des fins peu essentielles voire néfastes et, au-delà, dans une évaluation erronée de la véritable valeur des choses produites et échangées. Ainsi, en 2005, le Sénégal importait annuellement 600 000 tonnes de riz pour un montant de 150 millions de dollars. Cette facture pourrait prochainement doubler. Elle représente un coût important pour ce pays de 11 millions d’habitants et contribue au déséquilibre de sa balance commerciale. Pourtant, il est plus de 1 500 fois inférieur au coût de la guerre en Irak ! L’argent dépensé dans l’horrible gâchis de cette guerre (voir à ce sujet le message du 8 avril) aurait permis de supporter la dépense alimentaire du Sénégal pendant un millénaire ! Du reste, le coût de la guerre en Irak est des dizaines de fois supérieur au Produit National Brut du Sénégal, et à peu près équivalent au Produit National Brut de tout le Continent Africain, si l’on y retranche l’Afrique du Sud.
Comment accepter que les ressources englouties dans une guerre (et pour quels résultats !) soient équivalentes à la somme des ressources produites en un an par tout un continent ?

En fait, le système actuel ne nous permet pas de comparer véritablement ces deux grandeurs, car il ne donne pas le bilan énergétique de la guerre en Irak, pas plus qu’il ne donne le bilan énergétique du continent africain. Il ne permet pas non plus d’établir le « Bonheur Global » (voir le message du 2 avril) qui peut être associé à ces dépenses. Il est clair cependant que la guerre a contribué à dégrader ce bonheur et que les moyens « énergétiques » qui y ont été dépensés auraient dans tous les cas été mieux employés ailleurs.

Comme je l’ai déjà indiqué, la première vocation du système de consommation, de production et d’échange, devrait être d’assurer pour le plus grand nombre et de manière pérenne, la satisfaction des besoins élémentaires.
J’avais à un moment envisagé la possible attribution, sans condition, à chaque individu et sur toute la planète, d’une sorte de salaire minimum, libellé en énergie (ou en surface, j’y reviendrai dans les prochains messages) et destiné à assurer les conditions d’une vie décente. Ce salaire aurait pu varier en fonction des conditions locale d’existence, car on peut par exemple admettre que la dépense en énergie soit moins importante pour se chauffer au Zaïre qu’en Norvège. A l’inverse, l’énergie nécessaire à l’acheminement de l’eau est plus importante au Zaïre qu’en Norvège.
En fait, ce salaire minimum ne répond qu’à l’un des aspects du problème, car, la satisfaction des besoins élémentaires et l’instauration de conditions de vie décentes peuvent être obtenues selon deux modalités : l’autoproduction et l’échange.
C’est seulement l’échange qui doit être monétisé et qui nécessite donc l’octroi éventuel d’un salaire minimum. Avant l’échange, c’est l’autoproduction qui doit être favorisée : elle confère en effet dignité et autonomie à l’individu qui la met en œuvre. Elle ne peut cependant pas être mise en œuvre par tous et en tous lieux. Tout le monde ne peut pas s’improviser agriculteur, mais l’on doit remarquer que la consommation des productions locales, le plus souvent moins coûteuses en énergie puisqu’elles n’ont pas à être acheminées sur de longues distances, doit être encouragée. Par ailleurs, même si tout un chacun ne peut pas construire sa centrale électrique, l’installation de panneaux solaires, couplée à des isolations adéquates, permettrait à un grand nombre de personnes de produire, par le biais de leur logement, la plus grande partie de l’énergie dont ils ont besoins pour se chauffer, s’éclairer et pour cuire leurs aliments.
L’autoproduction confère fierté, dignité et autonomie. Cette autonomie est par ailleurs un excellent contre-pouvoir. En occident, nous payons notre confort matériel par une perte d’autonomie et de dignité et par une soumission accrue. Oui, lorsque nous consommons une viande ou des légumes, conditionnés et traités par des inconnus et achetés à Carrefour, nous nous inféodons à un pouvoir et nous banalisons un acte dont nous retirerions une plus grande fierté, s’il concernait notre propre production, ou la production d’un groupe d’appartenance, auquel nous aurions librement adhéré.
Ainsi donc, le Salaire Minimum Local, libellé en énergie, pourrait être attribué à tout individu majeur et responsable de la planète, mais viendrait dans tous les cas en complément d’une autoproduction favorisée pour tout ce qui concerne la satisfaction des besoins élémentaires. Il faut donc permettre aux êtres humains de se nourrir, de se loger, de se chauffer eux-mêmes et, s’ils n’y parviennent pas, il faut leur donner les moyens d’échanger dans une monnaie quelconque (que je propose de libeller en équivalent énergie), pour parvenir à satisfaire ces besoins.

Cette stratégie d’autonomisation, ne concerne pas seulement le paysan africain. Lorsqu’en France, l’association Les enfants de Don Quichotte distribue des tentes aux sans abris, elle accroît leur autonomie et leur dignité, puisqu’elle leur confère un logement, aussi précaire soit-il, qu'ils pourront installer à leur guise. Certes, leur action est surtout une manière d’interpeller l’opinion publique en rendant plus visibles les mal-logés. Mais dans son principe, elle peut recouvrer un sens plus profond : Accroître l'autonomie des individus dans la satisfaction de leurs besoins les plus élémentaires, comme le logement ou l'alimentation, et, si cette autonomie ne suffit pas, leur donner les moyens monétaires de satisfaire ces besoins.

Pour poursuivre la réflexion, la remarque sur le « coût » de la guerre en Irak montre qu’il serait utile de conduire une étude sérieuse et approfondie sur l’empreinte écologique de la guerre en Irak (qui tienne compte notamment de l’incendie des puits de pétrole et de l’impact sur le climat)...

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Humeurs du 27 avril 2008

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11 Le monde selon Monsanto

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J’ai visionné aujourd’hui le très éclairant documentaire de Marie-Monique Robin, Le monde selon Monsanto. Il permet de comprendre les terribles dangers que la multinationale américaine, Monsanto, première productrice d’OGM au monde, fait peser sur la santé, sur l’écologie, sur l’économie et sur la dignité humaine.

Il me semble faire écho à de nombreux thèmes dont j’essaye de débattre sur Esprit68, l’écologie, en premier lieu, mais également l’exploitation de l’homme par l’homme, l’inégale répartition des richesses, et les nouvelles stratégies de domination du pouvoir capitaliste qui consistent à priver de leur autonomie des populations entière pour mieux les asservir.

Car ce sont bien des millions, voire des milliards d’êtres humains, qui, à cause de l’action de Monsanto, ont perdu ou vont perdre leur moyen de subsistance, leur autonomie, leur dignité, peut-être leur santé et qui seront livrés sans défense à un pouvoir tel qu’il n’en a encore jamais existé sur terre. Pouvoir dont on peut craindre les plus horribles inclinaisons, lorsque l’on sait que c’est déjà Monsanto qui produisait l’agent orange répandu sur les jungles du Viêt-Nam (voir à ce sujet mon message du 23 avril sur la Justice).

A la fin du documentaire de Marie-Monique Robin, on apprend que Monsanto n’emploie que 18 000 personnes dans le monde… Que de malheurs présents ou avenir, vécus par des milliards d’êtres humains, pour défendre les intérêts directs de 18 000 personnes et des quelques autres qu’elles ont corrompues, ou à qui elles redistribuent une partie du produit de leur vol !

Je pense qu’il faut en venir à une certaine forme de stigmatisation pacifique (nous verrons bientôt plus précisément comment), à une dénonciation systématique des quelques individus qui contribuent à créer le malheur, qui profitent du système de domination et qui l’entretiennent. C’est à eux qu’ils faut faire honte, c’est à eux qu’ils ne faut plus obéir, c’est à eux, enfin, qu’il faut ôter les moyens de nuire. Faucheurs volontaires, vous n’aurez rien fait si vous vous contentez de détruire quelques parcelles d’OGM en France. Regroupez-vous au-delà des frontières, attaquez-vous à Monsanto, sur tous les continents, envahissez leurs sièges sociaux, leurs usines, détruisez leurs contrats, annulez leur brevet, harcelez leurs dirigeants, jusqu’à ce qu’enfin ce pouvoir là s’effondre !…

(Ps : J’ajoute en post-scriptum, pour ne pas contrarier l’élan de cette conclusion, que l’effondrement de Monsanto est nécessaire mais non suffisant… Oui, d’une certaine façon, Monsanto est une illusion ou plutôt un symptôme, comme le suggère cet article. Si demain la firme et dissoute, une autre prendra la relève… C’est donc au système qui permet une telle concentration illégitime de pouvoir et une telle déresponsabilisation des agents qui l’exercent, qu’il faut s’en prendre. Il faut non seulement dissoudre Monsanto, mais dissoudre le système de production, de consommation et d’échange qui permet la tyrannie de ce type de multinationale…)

12) Le monde selon M6

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Malheureusement, tout le monde n’est pas intéressé par un tel documentaire. Car l’entreprise d’abrutissement médiatique a déjà fait son œuvre sur une très grande partie de la population. Là est notre danger, à nous autres les révolutionnaires, c’est d’ignorer les illusions dont est abreuvé le plus grand nombre. Ainsi, n’ayant pas la télévision, je ne peux me rendre compte que chez mes parents ou chez mes amis de l’odieux lavage de cerveaux télévisuel qui est prodigué chaque jour aux français. Hier, j’ai notamment été surpris de constater que l’émission people « Classé confidentiel » sur M6, d’une rare stupidité, mais que l’on aurait pu croire idéologiquement inoffensive, se transforme en organe de propagande du pouvoir présidentiel.

Entre une séquence consacrée à Disneyland et une autre à Indiana Jones, Classé confidentiel présentait en effet un long reportage, beaucoup plus minutieux et mieux réalisé que tous les autres, à la gloire du couple présidentiel. Sarkozy et sa nouvelle dame y était présenté sous leur meilleur jour, on louait leur habileté, leur sérénité, leur élégance, et l’on conspuait l’acharnement médiatique qui en guettant leur moindre faux-pas avait suscité d’injustes critiques. L’écœurante servilité du magazine m’a rempli de colère et de stupeur. Mais je ne suis pas mécontent de l’avoir visionné, car j’en sais à présent un peu plus long sur les stratégies du pouvoir. Nous devons également nous confronter aux illusions dont il abreuve la population. Car c’est en manipulant ces illusions, en les contaminant des gènes de la subversion, que nous obtiendront la victoire. C’est en retournant ces illusions, que nous ouvrirons les yeux sur la réalité !

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Humeur du 2 mai 2008

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13) Premier mai et travail

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« … qui, par parenthèse, repensera, le travail, selon ces données nouvelles, qui calculera le rendement décroissant du travail productif dont les déchets s’accumulent pendant que baisse l’utilité de ses résultats, qui inventera un vatrail, inversé, dont les œuvres auront à reconstituer ce que l’ancien travail aura détruit ? »
Michel Serres – Le Mal propre.

Bon, hier c’était le premier mai et je ne vous ai même pas posté de message sur le thème du travail ! … Il est vrai que je voulais débuter le mois de mai avec mon schéma de synthèse révolutionnaire, mais aujourd’hui je peux me rattraper… Tout en rappelant que le temps des Réflexions est passé sur Esprit68 ! Donc je ne vais vous pondre ma dissertation habituelle sur le travail… Je vais plutôt évoquer les revendications, les luttes qui ont pour enjeux le travail !
Le 1er mai, on a défilé en France, et les cortèges ont notamment réclamé plus de pouvoir d’achat et le maintien du système actuel de retraite.
C’est bien, mais c’est aussi voué à l’échec. Car ces revendications, pour justes qu’elles soient sur le fond, s’inscrivent dans un système, dans une logique qui les condamne. Si l’on accepte la société de consommation et si l’on se soumet à l’actuel système de production et d’échange capitaliste, alors oui, le progrès social, tel qu’il a été jusque là envisagé, est irréaliste. Et l’on pourra objecter aux manifestants que l’on ne peut pas augmenter les salaires sans dégrader la compétitivité des entreprises françaises et augmenter encore le chômage. On leur fera admettre qu’il faudra bien trouver de l’argent pour payer les futures retraites en ponctionnant notamment le salaire des actifs. Et l’on fera apparaître une opposition entre les générations en montrant que les plus jeunes payeront pour une population âgée de plus en plus nombreuse. Finalement, la conclusion quasi inéluctable sera qu’il faut travailler plus, plus longtemps, en demeurant compétitif, c’est à dire sans être augmenté.
Mais cette conclusion est uniquement dictée par un système absurde, qui perd de vue les fins de toute action humaine, à savoir :

- Pourquoi produit-on, à quels besoins répond cette production ?

- Le temps passé à produire dans le cadre du travail salarié est-il compensé par le supplément de bien-être apporté par les marchandises produites ?

La réponse à la première question est bien peu évidente, quand on songe au matraquage publicitaire nécessaire pour écouler la production.
Quant à seconde question, elle semble appeler une réponse négative, pour 3 raisons : D’abord, comme nous l’avons vu, une part importante des marchandises produites ne répond pas à un besoin fondamental mais à un besoin artificiellement suscité par la publicité, ensuite parce que le système de production et de consommation s’accompagne d’une telle dégradation de l’environnement et des conditions de vie, que le niveau de bonheur global en est dangereusement abaissé, enfin parce que le travail salarié n’est évidemment pas, dans la plupart des cas, un facteur d’épanouissement. Les mouvements sociaux tendent d’ailleurs naturellement à obtenir la réduction de sa durée.

Mais ce système absurde, qui cependant semble condamner les mouvements d’émancipation par une logique imparable, n’est pas universellement accepté. Tout le monde ne réclame pas la réduction du chômage et tout le monde n’accepte pas la dictature du travail salarié.
A cet égard, je ne peux que recommander les films de Pierre Carles et notamment Volem rien foutre al païs, sorti en 2007, et que vous pouvez visionner intégralement et gratuitement sur You Tube. C’est un certain SarkoNique TaMere qui a posté le film en 11 parties… Je vous en livre la première, les autres peuvent être visualisées ici :
Partie 2, partie 3, partie 4, partie 5, partie 6, partie 7, partie 8, partie 9, partie 10, partie 11.

Pour que la vidéo s'affiche, il faut autoriser l'exécution des scripts ou contrôle ActiveX par votre navigateur. En cas de problème, vous pouvez toujours visionner la vidéo sur You Tube, à l'adresse suivante.

Vous aurez apprécié, je l'espère, la tirade introductive de Georges Pompidou, aussi véhémente que violente, et qui finalement s’auto réfute :
« Car si ça n’est pas ça (sous-entendu si le libéralisme n’était pas cette mise en danger permanente et cet emmerdement maximum), on ne voit pas pourquoi on se livrerait à ce genre de spéculation et pourquoi on prendrait tous ces risques et tous ces dangers…».
Et effectivement, on ne voit pas pourquoi on se livre à ce genre de spéculation et pourquoi on prend tous ces risques et tous ces dangers !

En réponse à l’absurdité capitaliste, la solution proposée par Pierre Carles consiste à provoquer la destruction du système actuel de production, de consommation et d’échange, tout simplement en le désertant, et en développant de nouveaux modes d’autonomisation, modes qui sont en outre respectueux de l’écologie.

Cette piste est intéressante. Pour la resituer par rapport au schéma présenté hier, on pourrait dire qu’elle occupe le versant qui va de l’écologie, à l’autonomie et à l’autogestion, voire au développement de l’anarchie :

Déserter le système...

Et pourtant, cette piste ne se suffit pas à elle-même.

L’autonomisation d’un individu ou d’une communauté ne doit pas conduire à un isolement du reste du monde. Car ailleurs, d’autres pouvoirs peut-être se renforcent, qui demain interdiront autoritairement toute tentative d’autogestion ou d’autonomie (autoritairement ou par des moyens plus subtils, par la généralisation des Organismes Génétiquement Modifiés par exemple). Sans doute faut-il trouver un moyen de faire respecter les libertés et d’interdire les diverses formes d’oppression, d’exploitation, d’assujettissement et de servitude.
De même, la gestion écologique et raisonnée d’une communauté n’interdit pas qu’ailleurs les ressources soient gaspillées et que l’environnement soit dégradé. Sans doute faut-il, qu’à ce sujet, des normes élémentaires soient édictées. Et sans doute faut-il trouver un moyen de faire respecter ces normes.
Par ailleurs, tout le monde n’a pas la force, les compétences et les moyens de l’autonomie. Tout le monde n’en a pas l’idée et n’en comprend pas l’intérêt. Sans doute faut-il développer l’éducation, la transmission des savoirs, le partage de l’information. Sans doute faut-il également développer les moyens, c’est à dire les techniques qui permettent un plus grand pouvoir sur les choses.
L’effondrement du système actuel est souhaitable, mais il ne doit pas être réalisé à la légère. Car il faut faire en sorte que les besoins élémentaires soient toujours satisfaits, qu’il y ait pour tous de quoi se nourrir, de l’énergie pour se chauffer, des moyens pour se soigner (ce qui implique sans doute du courant pour faire fonctionner les hôpitaux, à moins que l’on ait trouvée une autre solution). Il faut donc éviter que l’abandon du système actuel provoque des drames qui susciteront des violences et, en réaction, la montée de nouveaux pouvoirs peut être plus terribles que les anciens.

A ce sujet, j’ai le sentiment, qu’une action entreprise sur l’un des pôles de mon schéma, doit être contrebalancée par une action menée sur le pôle opposée. En l’occurrence, il est utile que chacun cherche à faire sa propre révolution, en désertant le système, en tentant de devenir autonome. Mais ces actions individuelles ne peuvent complètement aboutir si elles sont complètement isolées les unes des autres. Il faut donc une action à l’autre bout du schéma, sur le versant humaniste, au niveau des politiques globales et de l’édiction des normes écologiques, voire des nouveaux moyens conférés par la science.

...mais édicter démocratiquement des normes environnementales au niveau mondial

L’autonomisation des individus et des communautés est en quelque sorte compensée par l’adhésion à la citoyenneté mondiale, le refus de la production capitaliste par le développement et la diffusion des techniques, et enfin l’autonomisation par la diffusion de normes écologiques.
Mais faudra-il un état mondial pour édicter ces normes et une nouvelle police pour les faire respecter ? Peut-être… Encore que leur rôle pourrait être tout à fait différent. Si toutes les communautés sont reliées entre-elles, si l’information est partout accessible – un réseau comme Internet aurait, dans ce cadre, une grande importance – , si un désarmement généralisé a préalablement été obtenu, cette police devient également l’affaire de tous.

De même un déplacement autour du cercle dans un sens, par exemple du communisme vers l’autogestion et l’anarchie, par un développement de l’autonomisation, doit le plus souvent être compensé par un déplacement en sens inverse, qui conduirait, en l’occurrence, à garantir un salaire minimum en énergie pour tous.

développer l'autogestion, mais garantir un revenu minimum

Cette nouvelle façon d’envisager les luttes paraîtra à certains bien théorique et abstraite. Ils n’auront pas tout à fait tort… Mon approche est surtout un moyen de nuancer et de concilier des points de vue que l’on pourrait penser opposés…

Pour en revenir aux manifestations plus concrètes du premier mai, il ne faudrait pas non plus les condamner sous prétexte qu’elles sont piégées par une logique et une idéologie qu’elles n’ont pas voulu explicitement rejeter.
D’une part, parce que leurs revendications en allant dans le sens d’une redistribution des profits vers le plus grand nombre sont fondamentalement justes et nécessaires. Elles devraient simplement se situer dans un cadre international, pour faire obstacle à l’argument de la perte de compétitivité dans un seul pays. Encore une fois, ce sont bien les travailleurs de tous les pays qui doivent s’unir pour agir. Ces travailleurs, ce sont d’abord des hommes, et en tant qu’hommes, ils doivent comprendre que le salariat ne leur est pas un absolu indépassable. De même, je pense que toutes les revendications liées aux revenus de remplacement, comme la retraite, devraient avoir comme prolongement l’idée d’un revenu minimum universel, attribué sans condition, et qui permettrait à chacun, quelque soit son âge, de mener une vie décente. Mais avant d’en venir à l’attribution de ce minimum, c’est bien l’autonomie concrète qu’il faut dans tous les cas renforcer.

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Humeur du 11 mai 2008

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14) Arlette et Olivier

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Arlette Laguiller, porte parole de Lutte Ouvrière et Olivier Besancenot porte parole de la Ligue Communiste Révolutionnaire peuvent tous deux faire aujourd’hui l’objet de cette rubrique "Humeurs et actualité", puisque l’une prononcera son discours lors de la fête de son parti à Presles dans le Val-d'Oise, tandis que l’autre participera à l’émission de Michel Drucker « Vivement dimanche » sur France 2.

Arlette Laguiller a su cultiver l’image d’une femme sincère, sympathique, et honnête. Elle a sans doute fait beaucoup pour la consolidation de l’extrême gauche en France et pour la diffusion des idées anti-capitalistes… Et pourtant, alors que je l’écoutais hier ou avant-hier sur France-info, je me désolais des aspects les plus archaïques de son discours. Car après des propos tout à fait censés et intéressants sur l’enjeu des luttes actuelles, la situation de la gauche en France et la saine concurrence de la LCR, voici qu’Arlette jugeait bon de nous rappeler son attachement à la droite ligne révolutionnaire tracée par Marx, Lénine et Trotski !... Je n’ai rien contre ces trois là (même si les fantômes de Kronstadt ont peut-êter un avis différents sur les deux derniers)… Mais le monde a évolué depuis leurs actions et leurs écrits… Aucun des trois ne connaissait la menace nucléaire, les nouveaux enjeux environnementaux, les risques suscités par la dissémination des OGM, la puissance des médias, les nouveaux moyens de communications et d’informations… Par ailleurs, aussi clairvoyants qu’ils aient été, ils ne peuvent avoir accoucher de la théorie définitive de la révolution. Celle-ci doit toujours être réinventée, améliorée, comme est sans cesse remanié et amélioré le discours de la science. Figer le discours révolutionnaire, social et économique dans la pensée de Marx, est aussi incongru que de faire de la biologie en ayant Pasteur comme horizon indépassable ou de la physique, en considérant les Philosophiæ Naturalis Principia Mathematica de Newton comme une bible éternelle (et c’est d’ailleurs une attitude qui est tout à fait comparable à celle de la religion qui fige la réflexion éthique et spirituelle dans la soi-disant révélation d’un prophète).
L’enlisement dans une orthodoxie dépassée plombe à mon avis Lutte Ouvrière et m'empêche personnellement de prendre ce parti véritablement au sérieux.

Mais, si Arlette ne parait pas en accord avec son temps, peut-être pourrait-on penser qu’Olivier Besancenot l’est un peu trop. On a beaucoup ironisé sur sa présence cet après-midi chez Drucker, et moi-même, je ne sais pas quoi en penser. Je ne regarderai pas l’émission, puisque je n’ai pas de télévision, et je ne pense pas que je la rechercherai sur Internet (peut-être des extraits seront-ils diffusés sur le portail de la LCR). Les quelques extraits que j’ai pu entendre (car il s’agit bien sûr d’une émission différé) étaient d’ailleurs assez déprimants. Plaisanteries grossières, moquerie à l’égard des militants d’extrême gauche – on compare Besancenot à un « 2 be 3 » chez les « tout fripés », comme s’il était « ringard » d’être anticapitaliste à l’heure où le capitalisme assassine la planète – dérision généralisée, bref, on semble retrouver dans cette émission tous les ingrédients de bêtises et de médiocrité constitutifs de ce que j’ai voulu dénoncer dans Esprit68 sous le nom de Syndrome de Foucault (voir mon message du 28 avril à ce sujet). Une telle mise en scène a de quoi susciter la colère, mais c’est peut-être ce qu’attendent les médias capitalistes, dans des conditions – enregistrement différé, contrôle de la production – où ils restent parfaitement maître du jeu.

Mais finalement, au-delà de l’écueil de la « peopolisation », Besancenot a peut-être raison d’occuper ainsi l’espace… Aucune stratégie ne doit être proscrite a priori, même si parfois on aurait davantage envie de prendre d’assaut l’espace médiatique plutôt que de se soumettre à ses médiocres gestionnaires. En fait je pense que deux types de stratégies doivent pouvoir se cumuler :

- d’une part hisser sur le devant de la scène un porte parole présentable et se prêtant au jeu truqué de la médiatisation, tout en restant ferme et honnête sur le fond de son discours,

- d’autre part favoriser l’action de troublions anarchistes, qui prennent d’assaut les studios, censurent les publicités, informent de force le public en se substituant aux simulacres de 20h… (je pourrais vous en faire une uchronie, même si, finalement, c’est un thème qui a déjà été abordé avec l’uchronie sur le WEB anarchiste) .

Par ailleurs, la proposition de Besancenot de créer un grand parti anti-capitaliste rassemblant les forces de gauche, est sûrement intéressante… Mais pour ma part, je considère que les véritables enjeux des luttes actuelles se situent à un niveau supra-national…. Ou plus exactement, à la fois à un niveau supra-national et à un niveau tout à fait local et non pas national (je ne vais pas vous resservir mon schéma de la révolution, mais vous pouvez-vous reportez au précédents messages sur ce point). Ce nouveau parti ne doit pas avoir pour vocation première de favoriser l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle coalition de gauche en France. Je ne pense pas qu’il faille attendre grand-chose des institutions de la petite Vième République française. Il faut simplement veiller à ce qu’en France, le pouvoir soit le moins mauvais possible, et, s’il est nuisible comme actuellement, veiller à contrecarrer sa politique autoritaire, injuste et liberticide.
Mais la lutte véritable et utile doit se jouer au-delà des frontières nationales, au-delà des frontières européennes, au-delà des frontières occidentales, dans une alliances de toutes les forces de progrès, sur tous les continents, afin de s’opposer aux multinationales et aux états, et de contrecarrer les pouvoirs nationalistes et religieux.
Je parlerais dans les prochains jours des moyens de constituer cette alliance et de la renforcer.

Pour l’heure, je ferai remarquer que la LCR a déjà une vocation internationaliste, puisqu’elle est censée être la section française de la 4ième Internationale.
Est-ce que la 4ième Internationale pourra demain rassembler les forces de progrès au niveau mondial ? C’est à voir… Les différentes sections nationales sont diversement développées dans les différents pays du monde. On sait par ailleurs que le SWP (Socialist Worker Party) américain a quitté la 4ième internationale en 1990…
Et puis la LCR et la 4ième internationale ne doivent pas oublier les anarchistes, les alter mondialistes, les écologistes… Ils ne doivent en tout cas pas se figer dans l’orthodoxie trotskiste, qui est si préjudiciable à Lutte Ouvrière.

Sans doute faudra-t-il aller au-delà de la 4ième internationale, pour favoriser, au sein d’une représentation mondiale, qui doit encore voir le jour, l’émergence d’un parti révolutionnaire unifié, puissant, mais démocratique, ouvert, inventif, capable de s’opposer aux états et aux multinationales, capable de tenir un discours cohérent au niveau mondial et de se faire entendre, capable enfin d’organiser des actions efficaces sur tous les continents…

En attendant d’étudier quelques pistes pour y parvenir, j'ai placé dans la liste des sites recommandés par Esprit68, le portail de la Ligue Communiste Révolutionnaire. Je vous propose également un lien vers « Socialisme ou barbarie au seuil du XXIe siècle », le « Manifeste programmatique de la Quatrième internationale » qui date un peu (1992), mais qui demeure intéressant.

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Humeur du 11 mai 2008

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15) Black is Beautiful

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Barack Obama a été élu aujourd’hui président des États-Unis…

« L’Amérique n’a plus peur du Noir » titrait aujourd’hui Le Canard enchaîné. Vraiment ?! Alors il elle est peut-être prête pour l’anarchie !!!

Les communautés unies de l'anarchie

Vive le drapeau noir et rouge des Communautés Unies de l'Anarchie !

Sans rire, est-ce que cette élection peut changer en soi quelque chose à l’ordre capitaliste injuste et destructeur ? Probablement pas… Et pourtant… Le monde de bouge… Déjà, le leader nationaliste russe Vladimir Jirinovski, s’inquiète… Selon lui, Barack Obama est le «Gorbatchev américain, il détruira l'Amérique, il ne la reconstruira pas». Chiche ! Car comme ne l’a pas dit John Fitzgerald Kennedy, mais comme il aurait pu le dire, si il avait été touché par le Bacillus Ravacholis : "Ne te demande pas ce que l’état peut faire pour toi, mais demande toi ce que tu peux faire pour détruire l’état".
Tout s’accélère, tout se transforme à l’approche de 2009 ! A ce sujet je vous renvoie à mon uchronie du 25 mai intitulée « 20 ans déjà, 20 ans encore ». Le photomontage que j’avais mis en ligne pour l’illustrer était incomplet… Il montrait des images des années 1968-1969, des années 1988-1989, mais rien pour 2008-2009… Barack Obama président, la crise financière, la crise alimentaire… Voilà que ces images se précisent ! Et jamais la révolution n’aura paru si nécessaire, si urgente et peut-être si proche…

20 déjà, 20 encore... La voilà, elle arrive !

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Humeur du 2 février 2009

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16) A propos de la mobilisation du 29 janvier 2009

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La journée du 29 janvier 2009 a été marquée par une mobilisation sociale très importante dans les différentes villes de France. Plus d’un million de personnes ont manifesté, unies dans leur désir de faire bouger les choses. A quoi bon diront certains ? Quel est le sens de ces manifestations ? Qu’est-ce qui unies les revendications diverses exprimées à cette occasion ? Pour la plupart en effet, ces revendications paraissent ne pas avoir de véritable signification, de chance d’aboutir ou semblent irréconciliables.
Du moins les revendications, telles qu’elles sont traduites par les syndicats traditionnels qui continuent encore et toujours de se tourner vers l’état pour réclamer plus de pouvoir d’achat, plus de consommation et finalement plus encore de capitalisme ! Mais ces syndicats ne constituent-ils pas le meilleur instrument du pouvoir pour canaliser une juste colère qui enfle peu à peu, pour l’épuiser, la détourner de ses véritables aspirations et finalement l’anéantir.
Je pense d’ailleurs que la très grande majorité des manifestants ne se font pas d’illusion quant à l’utilité concrète et directe de leur action. Ils savent que cela ne changera rien. Ils ne croient pas dans le plan de relance, ils ne croient pas dans les mesures que le parti socialiste et les syndicats font semblant de réclamer. … Mais que veulent-ils alors ? Difficile à dire… Ils représentent certainement un conglomérat de volontés très diverses et très divergentes… Mais ce n’est finalement pas important. L’important, c’est que des centaines de milliers de personnes soient capables de s’arracher au cours normal du travail, soient unis dans une même envie de changer de vie, ne fut-ce que pour une journée. Peut-être jugera-t-on cela dérisoire, mais en cette heure où le capitalisme impose son individualisme névrotique, c’est tout de même mieux que rien. Du reste, la journée du 29 cache des mouvements beaucoup plus durs et suivis, dont les médias traditionnels se gardent bien de révéler l’ampleur. Jeudi, de nombreux salariés étaient en grève depuis le début de la semaine et affichaient une solide détermination à continuer.
C’est aussi ce qui permet d’espérer, même si finalement, le trac le plus convaincant que j’ai lu émanait bien d’un collectif anarchiste (Maloka en l’occurrence, dont un maire socialiste a planifié la disparition du local autogéré… J’ajoute qu’au sein des différents cortèges, les anars venus nombreux pour déployer leurs drapeaux noirs sous les murs vénérables du centre ville, représentaient la force la plus convaincante, la plus festive et la plus belle). Ce tract était intitulé Vive la chute finale et en voici quelques extraits :

Le terme crise a quelque chose de magique qui déclenche un véritable réflexe d’unité, d’union sacrée face à un péril imminent et redoutable. Le citoyen est suffisamment « enchaîné » par son emploi de plus en plus précaire ; ses crédits, ses comptes en banques, ses contraintes familiales, sa sacro-sainte consommation…que la crainte l’emporte sur la révolte !

L’état intervient car il est le garant du système marchand… Il intervient, pour la même raison qu’il envoie sa police contre les salariés qui osent se révolter contre leurs exploiteurs, il intervient parce qu’il sait qu’une crise financière se transforme en crise économique, puis sociale et … politique !

Arrêtons de voter, de travailler plus, de consommer plus… faisons la grève de ce système et posons-nous les questions sur le sens de nos vies ! Le système doit être abattu et détruit ; ce n’est pas à coups de bulletins, marches entre deux places ici ou ailleurs qu’un changement est à attendre.
Nous devons nous organiser en marge de ce système dans un esprit autogestionnaire en vue de créer des alternatives crédibles à ce que l’on nous propose, des expériences de ce type sont déjà en place : espaces autogérés, communautés, AMAP, systèmes d’échanges locaux, éco-villages, coopératives etc.
Ceux qui essayent d’expérimenter d’autres modes de vie comme les neuf de Tarnac sont criminalisés par ce système autoritaire, alors soutenons-les !
Les usines sont fermées ? Occupons-les et débarrassons-nous des capitalistes/parasites pour produire localement ce dont nous avons réellement besoins. Les politiciens démagogues n’ont qu’un seul objectif : gérer le système marchand !

Leur monde ne nous intéresse pas, le nôtre est à inventer, et nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes !

Alors Vive la chute finale et longue vie à Maloka et aux Tanneries !

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17) « La Gwadloup se tan nou, la Gwadloup a pa ta yo » : les Antilles, la Grèce et la France…

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Crise financière et crise économique, émeutes en Grèce, mouvements sociaux, révoltes en Guadeloupe et en Martinique… L’actualité récente apporte une eau tumultueuse au moulin de l’Insurrection.

Attention cependant… La révolution qu’Esprit68 appelle de ses vœux ne doit pas uniquement trouver sa justification dans ces évènements qui, dans les prochains mois, marqueront peut-être une pause. Elle répond à une vague profonde et puissante. C’est à l’aune de ce mouvement irrésistible que doivent être analysés les évènements présents.
Prenons l’exemple de la Guadeloupe et de la Martinique… Pour alimenter la réflexion à ce sujet, je recommande le reportage récemment diffusé sur Canal + : Les derniers maîtres de la Martinique. Vous pouvez le visualiser sur la page des vidéos d’Esprit68… Je recommande également les récents articles mis en ligne par Le Jura Libertaire à ce sujet. De quoi s’agit-il ? Comme l’illustre très clairement le documentaire « Les derniers maîtres de la Martinique », sur ces îles, une très faible minorité de la population possède la plus grande majorité des terres (Martinique, 1% de Békés possède 50% des terres agricoles). La soi-disant « libre concurrence » leur a permis d’obtenir le monopole de la distribution et de l’importation sur des territoires qui ne peuvent plus assurer leur autonomie puisque leur production agricole est essentiellement destinée à la métropole. Pire encore, pour augmenter les profits tirés de l’exploitation des bananeraies, les békés, avec la complicité de l’état français, ont pollué de manière sans doute irréversible, la plus grande partie des terres, les rendant impropres aux cultures vivrières. Dès la naissance, les enfants des Antilles sont ainsi contaminés au Chlordécone.
Cette tragédie résume l’horrible gâchis qui se joue à l’échelle planétaire. La mondialisation capitaliste épuise les ressources. Elle aboutit à des concentrations privatives de pouvoirs et de richesses qui contredisent le bien-être commun. Elle suscite les désastres écologiques et prive des millions d’êtres humains des moyens de l’autonomie et de la dignité.
Alors oui, l’intitulé même du LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon : ensemble contre les profiteurs) est un slogan et en même temps un programme qui peut être étendu au monde entier.
Peut-être les négociations en cours parviendront-elle à ramener le calme en Guadeloupe et en Martinique. Mais fourniront-elle une solution durable à la crise ? Certes, les augmentations de salaires, la baisse des taxes, le contrôle de la fixation des prix, permettront d’atténuer l’injustice et d’augmenter le bien-être général. Mais libeller ces revendications en terme ne pouvoir d’achat ne suffit encore pas. Les guadeloupéens n’ont pas simplement besoin de « pouvoir d’achat », mais du pouvoir d’autodétermination, de la véritable liberté qui passe par les moyens de l’autonomisation. La véritable réponse à leur revendication passe, selon mon opinion, par une redistribution du pouvoir et des richesses, et donc par l’expropriation des profiteurs. Il ne s’agit pas d’encourager la naissance d’un nouveau nationalisme antillais qui serait aussi nocif que tous les autres nationalismes. Il ne s’agit pas d’exacerber l’antagonisme entre les noirs et les blancs. Il s’agit de redonner les moyens de l’autonomie et de la dignité à tout un peuple qui en est privé par la mondialisation capitaliste. Alors la lutte du peuple antillais, qu’elle passe ou non par l’indépendance à l’égard de la métropole française, rejoindra la lutte de l’humanité tout entière pour se libérer d’un système qui l’asservie et qui condamne son avenir. Ainsi, les revendications libellés en terme de « pouvoir d’achat » qui émerge des mouvements sociaux actuels ne doivent être compris que comme la première étape d’une revendication plus profonde, plus vitale, qui est celle de la réappropriation du bien commun.

Cela m’amène vous parler la Grèce … Sur le site « Émeutes et Amour »… que je vous recommande chaudement, on peut lire ce tract d’une révolutionnaire grecque dont je vous livre les principaux extraits (en bleu, comme vous en avez dorénavant l'habitude) :

Une clique de politiciens et de journalistes forme un essaim de guêpes autour de nous pour essayer de tirer profit de notre mouvement, pour imposer leur propre rationalité. Ils affirment que nous nous rebellons parce que notre gouvernement est corrompu ou parce que nous voulons avoir plus d’argent, plus de travail….

FAUX.

Si nous faisons éclater les vitrines des banques c’est parce que nous identifions leur argent à l’une des causes majeures de notre tristesse, si nous brisons les vitres des magasins ce n’est pas vraiment parce que la vie est chère, mais parce que la marchandise nous empêche de vivre, peu importe son prix de vente ! Si nous prenons d’assaut les commissariats, ce n’est pas seulement pour venger nos camarades morts mais parce qu’entre ce monde et celui que nous désirons, la police sera toujours un obstacle.

Nés dans la catastrophe, nous sommes les enfants de toutes les crises : politique, sociale, économique, écologique. Nous savons que ce monde est déjà mort et qu’il faut être particulièrement dérangé pour s’accrocher à ses ruines… Et donc que l’option raisonnable, la seule, est l’auto-organisation.
Elle implique évidemment le rejet total de la politique de partis et d’organismes, car ils font partie du Vieux Monde. Nous sommes les enfants gâtés de cette société et nous ne voulons rien d’elle : c’est le dernier péché qu’ils ne nous pardonneront jamais.
Derrière les foulards noirs, nous sommes les enfants de la société. Et nous sommes organisés. Nous ne pourrions pas fournir autant d’efforts pour détruire le matériel de ce monde, ses banques, ses supermarchés, ses centrales de police si nous ne savions pas en même temps miner sa métaphysique, ses idéaux, ses idées et sa rationalité.
Ce qu’ils n’osent pas dire est que, tout simplement et dans le même processus, tout en assaillant et en dévastant cette réalité, nous expérimentons une plus haute forme de communauté, de participation, une plus haute forme d’organisation spontanée et joyeuse où apparaitront les bases d’un monde différent. Certains peuvent dire que notre révolte atteindra ses propres limites en ne parvenant à dépasser une pure et simple destruction. Cela serait effectivement le cas si, à côté des luttes de rue, nous n’avions pas prévu l’organisation nécessaire exigée par un mouvement de longue haleine : infirmeries préparées pour soigner nos blessés, logistique pour publier et distribuer notre presse, notre radio, nos films, débrouillardise pour parvenir à se nourrir… A mesure que nous libérons un territoire de l’État et de sa police, nous devons l’occuper, le remplir et en transformer l’usage pour qu’il serve le mouvement. Pour que le mouvement n’arrête pas de s’amplifier.
Dans toute l’Europe, les gouvernements tremblent. Tous ne craignent pas forcément que cela arrive chez eux, mais ils n’aiment guère cette possible cause commune qu’offre l’insurrection grecque à toute la jeunesse occidentale, lui offrant ainsi un magnifique prétexte pour porter le coup de grâce à cette société mortifère.
Ceci est un appel à toutes et tous, écoutez :
De Berlin à Madrid, de Londres à Tarnac, tout est possible.

La solidarité doit devenir complicité. Les affrontements doivent être prolongés; les communes proclamées. Pour que les choses ne soient plus jamais comme avant. Pour que les idées et les pratiques nous lient à de réels progrès. Pour que nous puissions continuer d’être ingouvernables. Salut révolutionnaire à tous nos camarades dans le monde. A tous les prisonniers : nous vous sortirons.

Une révolutionnaire salue tous nos camarades du monde entier.

Et en écho à ce tract, un autre tract apparu à Paris depuis la fin décembre :

DES ÉVÈNEMENTS EN GRECE

Ces émeutes, à distance, ont déjà fait reculer le pouvoir français sur ses minables réformes lycéennes, et peut-être d’autres encore. Les émeutiers grecs nous montrent ainsi une voie qui avait été cherchée lors de la contestation du CPE et ces dernières semaines (occupations de lycées et d’autres bâtiments, blocage de voies de communication et quelques bagnoles cramées), ils font mieux et refusent le dialogue truqué avec l’Etat et ses sbires.

L’INSURRECTION CONTINUE. Si elle prend partout, on ne l’arrêtera jamais. C’est pourquoi nos médias maintiennent ces évènements historiques à l’arrière-plan ou inventent des spécificités grecques (jeunesse mal payée, corruption, réformes qui ne promettent que le pire mais c’est partout que les ordures nous gouvernent). Insistons sur quelques points : il ne s’agit pas d’une révolte d’une partie de la jeunesse mais bien de toute une population, de gens sans revendications ni représentants, mais dont nous partageons certainement les intentions (disparitions de tous ceux qui parlent pour nous : partis, syndicats, experts, journalistes, associations…) et les dégoûts (le salariat et le monde misérable qu’il produit, ses congés forcés, l’éducation obligatoire pour s’y insérer, et autres « aides » de l’Etat quand on s’en éloigne).
En cette période de crise, comme d’habitude, nos dirigeants nous présentent de nombreuses solutions parmi lesquelles ne figure pas celle de se passer d’eux. Ce sont les mêmes qui nous volent nos meilleures années et celles qui suivent ; ils continuent.
Saisissons chaque occasion de rappeler la lutte exemplaire qui se déroule en Grèce. Diffusez ce texte, trouvez-en d’autres (récits de première main, vidéos sur internet, etc.), écrivez-en de meilleurs, partout, sur les murs, les affiches. Rassemblons-nous dans toutes les manifestations possibles, restons mobilisés. Répandons cette étrange épidémie dont nous n’avons rien à craindre, nous qui devons toujours travailler pour un monde qui nous empoisonne.

Alors ? Faut-il prendre irrémédiablement le virage de l’insurrection ? Faut-il abandonner toute idée même de revendication, et prendre par la force ce qui est dû ? Faut-il éviter tout risque de récupération en boycottant même les actions de mobilisations syndicales ? Pas obligatoirement… Les revendications actuelles, portées par les mouvements en cours, récupérées et travestis par les partis et les syndicats, doivent plutôt être radicalement réorientées. Ce n’est pas davantage de pouvoir d’achat qu’il faut réclamer... Cela revient à réclamer plus de capitalisme ! Non, il faut réclamer plus de gratuité et plus solidarité. Il faut réclamer en somme davantage de justice, c'est-à-dire, encore et toujours, la redistribution du pouvoir et des richesses. Cela signifie l’expropriation des profiteurs, et donc, dans un premier temps, la taxation intégrale de tout leurs profits, afin d’indemniser les plus nécessiteux, et notamment les travailleurs des secteurs en crise. Cela signifie également la réquisition des logements inoccupés, voire la réquisition des grandes surfaces, moyen le plus efficace pour lutter contre la vie chère. Puis cela impose l’instauration d’un salaire maximum, et l’appropriation, par les travailleurs, de leurs outils de production. Ainsi, ce ne sont pas de meilleurs salaires que les travailleurs doivent réclamer à leurs patrons, mais c’est la propriété de leurs usines, de leurs bureaux, de leurs entreprises qu’ils doivent obtenir. Cela impose enfin la constitution de biens publics et gratuits mis à la disposition de tous. Finalement, la seule attention qui doit être accordée au pouvoir, consiste peut-être à négocier avec lui son anéantissement. Non qu’il s’agisse d’ailleurs d’une véritable négociation mais plutôt d’une mise en scène qui doit donner une cohérence et une visibilité à toutes les luttes en cours.
Je voudrais à ce sujet nuancer le conseil actuellement donné par certains groupes insurrectionnels, qui consiste à n’écouter aucune organisation politique – fut-elle anarchiste – et à ne faire confiance qu’aux gens et non pas aux idées et aux schémas abstraits (comme dans un beau tract Des travailleurs d’Athènes à ses étudiants que vous pourrez également lire sur le site Émeutes et Amour). Le souci louable d’écarter tout risque de récupération ne doit pas nuire à l’expression claire des buts de l’insurrection et à leur compréhension par le plus grand nombre. Et de même, il ne faut pas écarter toute idée d’organisation au niveau global. L’anarchie n’est pas l’absence d’ordre, mais au contraire, un ordre plus élaboré, obtenu sans pouvoir, ou du moins avec le moins de pouvoir possible. Je compare souvent dans mes articles le pouvoir à un polluant social. Il faut veiller à le maintenir à son niveau le plus bas, même s’il est parfois impossible de s’en dispenser tout à fait. Ainsi nous ne pourrions pas nous nourrir, nous chauffer, nous loger, en ne produisant aucune pollution environnementale. Mais nous admettons qu’il faut maintenir cette pollution à son niveau le plus bas et surtout qu’il faut veiller à la recycler. Et de même, que telle ou telle coordination apparaisse dans le mouvement insurrectionnel, cela est sans doute nécessaire et n’est pas nuisible tant que ces coordinations ne se transforment pas en partis, en machine à pouvoir, tant qu’elles demeurent « socio-dégradables ».
En somme, peut-être faudra-t-il commencer par être réformiste (avec la nécessaire réorientation des revendications que j'ai évoquée) pour finir révolutionnaire. Surtout, il faut se préparer à une lutte de longue haleine, et conserver une détermination et une motivation sans faille qui devra demeurer intacte dans les mois et sans doute les années avenir, lorsque la crise aura été momentanément apaisée les inévitables mais trompeuses concessions du pouvoir.
Il convient surtout de garder à l’esprit le véritable but de notre action : en finir avec le système d’appropriation capitalistique, système à la fois

- injuste (il permet à des individus d’accaparer des milliers de fois plus de richesses et de pouvoirs que d’autres individus tout aussi méritants)

- inefficace (il laisse un milliard d’êtres humains crever de faim)

- destructeur (il condamne la planète, ruine nos vies et notre santé et promet une vie misérable à nos descendants)

non seulement en France, non seulement en Europe, non seulement dans les Antilles, mais dans le monde entier. La lutte nous obligera non seulement à conquérir l’autonomie au niveau local, mais également à nous unir au niveau global, dans une nouvelle internationale, pour contrecarrer toutes les tentatives futures de la réaction.

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18) De l’impossible hold-up sur la révolution, et de la marche vers l’autonomie...

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Voici quelques semaines encore, un certain désappointement pouvait frapper les partisans de la cause révolutionnaire.

« Au secours, on nous vole notre révolution ! »

pouvaient s’écrier les plus inquiets d’entre eux, en observant les écœurantes gesticulations des gouvernements, soucieux de laisser croire à une possible et prochaine réforme de l’ordre mondial.
La crainte du pouvoir se révélait surtout dans les pathétiques discours des anciens laudateurs du libéralisme sauvage, qui jouaient subitement la surprise de découvrir les horreurs du capitalisme. Les serviteurs de l’ordre planétaire marchand, ne reculaient devant aucune bassesse, aucun mensonge, aucune fausse concession, qui ne laissât intact les conditions essentielles de l’exploitation, pour apaiser, au moins provisoirement, la juste colère de la foule.

Ainsi, le nabot présidentiel hexagonal, se flattait de vouloir « moraliser le capitalisme » et ses laquais serviles de l’UMP dénonçaient hypocritement le scandale des stocks-options et les extravagantes rémunérations des calamiteux hauts dirigeants de l’industrie et de la finance, hauts dirigeants qui sont pourtant leurs principaux donneurs d’ordre.

Il ne manquait pas même la pittoresque équipée du brave berger François Bayrou, partant sur les terres de José Bové pour tenter de ravir ses moutons biens intentionnés, en chantant le 29 mars une pastorale inattendue sur le thème un « autre monde est possible » et en ajoutant le 4 avril dans une interview au monde, les quelques couplets suivants :

« Nicolas Sarkozy emploie une expression que je récuse : il dit 'capitalisme moral'. Le capitalisme est amoral par nature; son but mécanique est de faire de l'argent, sa loi est celle du profit. Une fois qu'on a compris cela, on peut lui imposer des règles de transparence et de stabilité. Mais le capitalisme ne peut être un projet de société. Un chef d'Etat français ne peut pas définir son projet par le mot capitalisme. Si comme je le veux, notre projet doit être humaniste, sans concessions, il devra s'imposer en dépit du capitalisme, et s'il le faut contre lui. Le capitalisme est inégalitaire par essence" »

Le ton même de la plus insignifiante presse populaire, semblait avoir changé. Ainsi dans un quelconque torchon de la presse dite « féminine », j’ai pu relever entre deux recettes de cuisine un article intitulé « Vous avez dit développement durable ? », qui énonçait ceci :

« Le développement durable dépasse la seule sauvegarde de l’environnement : il s’agit d’en finir avec de mauvaises habitudes qui permettent à une partie de l’humanité de profiter de tout à l’excès sans se soucier des autres ni des générations futures. »

Comme si les sous-produits de la presse vendue aux grands groupes financiers, voulaient donner une nouvelle saveur alter mondialiste à leurs tartes à la crème écologistes !

Ces piètres pantalonnades hexagonales faisaient écho aux plus spectaculaires diatribes du nouveau « chevalier blanc » de l’ordre impérial.
Et Barack Obama, d’évoquer dans de vagues et molles envolées oratoires, la défense de l’environnement et la construction d’un nouvel équilibre social, en omettant de préciser que l’ordre capitaliste marchand est justement incompatible avec un si noble dessein.
Surjouant jusqu’au bout la comédie de l’homme bon, intègre et responsable – qualités évidemment incompatibles par nature avec la fonction de président des États-Unis – Obama endossait la soutane du pacifiste, en proposant le 5 avril 2009 un monde sans armes nucléaires…

Mettons à présent les choses au point,

cette inflexion dans le discours dominant capitaliste, pour exaspérant qu’il soit, peut receler des avantages, si, à l’encontre de la probable intention de ses instigateurs, il est suivi de quelques effets, si vraiment il conduit à ce que la laisse qui relie les exploités au pouvoir autoritaire et marchand se relâche un peu.
Ainsi, une fois prémunis contre l’absurde idéalisation de Barack Obama, une fois admis qu’il est tout à fait indigne de placer l’espoir d’un peuple, voire même de toute l’humanité dans les mains d’un seul homme, quelque soit le degré de sympathie ou de respectabilité que l’on veut bien lui accorder, il faut savoir être pragmatique.
Si le discours d’Obama pouvait réellement orienter les diplomaties sur la voie d’un désarmement généralisé, il faudrait s’en réjouir, même si l’on eût préféré que le démantèlement des arsenaux nucléaires débute à la suite d’un grand mouvement révolutionnaire, internationaliste et pacifiste.
Qu’importe donc, si l’impulsion est le fait d’un seul homme, qui ne devrait en aucun cas jouir d’un si grand pouvoir, du moment que la déclaration d’intention est bien suivie d’effets…
Ce qui est loin d’être assuré ! Comme on l’a vu, suite au brusque regain de tension entre la Russie et les Etats-Unis à propos du projet antimissile américain en Europe de l’Est et de la menace d’installation des missiles Iskander dans la région de Kaliningrad.

« Il n’y a pas à mon avis de raisons de parler aujourd’hui de réductions radicales. »

déclarait ainsi le 21 avril 2009, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergei Riabkov à propos du traité devant succéder à START-1 sur le nombre de têtes nucléaires stratégiques.
Comme on l’a vu encore, suite à l’annonce, le 14 avril par la Corée du Nord de la reprise de son programme d’armement atomique.

La comédie jouée par les « dirigeants » planétaires, paraît donc bien mal scénarisée, et c’est la vacuité avérée de leur discours qui doit inciter les multitudes à entrer en scène pour que la situation évolue vraiment.

Il en va évidemment de même du discours sur la moralisation du capitalisme.
Là encore, il faut se réjouir de la soudaine (et contrainte) retenue de quelques cadres dirigeants qui renoncent (passagèrement) à leurs indécentes primes et indemnités. Ces exemples peuvent faire leur chemin dans l’opinion, en dépit même des médias qui la manipulent, et l’inciter à réclamer un « salaire maximum » pour les hauts dirigeants et au-delà, un « patrimoine maximum », pour les grands possédants.
Mais demeurons lucides : ces minuscules efforts de « moralisation du capitalisme » paraissent encore bien dérisoires au regard de la simple exigence de justice. Le discours lui-même est à ce point perverti, que l’on pourrait s’épuiser à vouloir le corriger. Ainsi lorsque les laquais serviles de l’UMP s’indignent hypocritement des stocks option attribués aux dirigeants des entreprises « subventionnées » par l’État, il faudrait rappeler :

1) Que ce n’est pas dans le seul cas des entreprises aidées par l’état que les stocks-options doivent être interdits, mais dans tous les cas.

2) Que ce n’est pas seulement les stocks-options qui doivent être interdits mais toutes les formes de captation indue de richesses, qui permettent à un être humain de se voir rétribuer 10, 100, 1000 fois plus qu’un autre individu. Ces formes légales de vol constituent évidemment autant d’atteintes à la dignité humaine, qui devraient être jugées contraire à la déclaration universelle des droits de l’homme à laquelle nos imbéciles défenseurs du capitalisme marchand sont généralement prêts à se référer.

3) Que ce n’est pas seulement les formes indues de captation des richesses qu’il faut abolir, mais le système tout entier, qui repose sur l’augmentation continue d’une offre de biens polluants et destructeurs des ressources, ne répondant pas aux vrais besoins, mal répartie et obligeant des milliards d’être humains à gâcher leur vie dans des travaux aussi aliénants qu’inutiles.

Surtout il faut se rappeler que les hypocrites déclarations d’intentions et les minuscules renoncements des patrons sont provoquées par les luttes concrètes et que ce sont encore ces luttes concrètes qui conduiront à ce que les discours soient véritablement suivis d’effets.

C’est ce qu’a très clairement montré le mouvement des séquestrations en France :

Après sa séquestration les 12 et 13 mars 2009, Serge Foucher, PDG de Sony-France, s’engage à verser 13 millions d’euros en cas de reconversion de l'usine de Pontonx-sur-l'Adour dans les Landes,

Après avoir séquestré le directeur Luc Rousselet le 24 mars, les salariés de l’usine 3M de Pithiviers ont obtenu un accord de reclassement et une revalorisation des indemnités de départ.

A Caterpillar, après la retenu de 4 cadres dirigeants le 31 mars, les salariés ont obtenu le paiement de 3 jours de grève et la reprise des négociations sur le plan de licenciement.

A l’usine Scapa de Bellegarde-sur-Valserine, les salariés ont obtenu 1,7 millions d’euros d’indemnités supra-légale (soi le double de la proposition initiale) et le paiement des jours de grève, après avoir retenu 4 cadres dans la nuit du 7 au 8 avril.

Le 16 avril, les salariés du centre logistique Faure et Machet de Woippy ont obtenu la reprise des négociations après avoir séquestré 5 membres de la direction du site.

Et le mouvement continu…

C’est ce qu’a montré encore plus clairement la lutte guadeloupéenne.

La situation ne changera significativement que si le rapport de force y est favorable, c’est à dire, si et seulement si les luttes gagnent en fréquence, en durée et en intensité !

Et pourtant les revendications portées par les luttes en cours devront elles mêmes être dépassées.

A cet égard, la colère des « Contis » est bien réjouissante sur la forme. Il est plus que satisfaisant de voir des hommes et des femmes retrouver leur dignité en assumant pleinement leurs actes, en répondant comme il se doit aux mensonges des patrons qui ont assujetti leurs vies, aux mensonges des imposteurs médiatiques qui ont assujetti leurs pensées et en détruisant généreusement les symboles du système qui les a trahis.

Pour que la vidéo s'affiche, il faut autoriser l'exécution des scripts ou contrôle ActiveX par votre navigateur. En cas de problème, vous pouvez toujours visionner la vidéo sur Dailymotion, ici et sur You Tube.

Mais sur le fond cette colère doit nourrir de nouvelles réflexions, ainsi que le suggère ce billet de Jean Luc Porquet dans le Canard Enchaîné.

Car s’il faut bien, dans un premier temps, terroriser les exploiteurs pour leur soutirer le maximum, il faut, dans un second temps, réfléchir au statut même du salariat.

A un certain stade de la révolte, les salariés ne devront plus seulement quémander des miettes de pouvoir d’achat à l’état ou au patronat. Ils ne devront plus attendre d’hypothétiques repreneurs et se soumettre à ces nouveaux exploiteurs peut-être pires que les anciens. Mais ils devront simplement reprendre ce qui leur appartient, c'est-à-dire s’emparer eux-mêmes du contrôle de leur usine pour organiser eux-mêmes la production. Mais il ne devra pas s’agir d’une simple autogestion, d’un simple "capitalisme de salariés". Il faudra aller au-delà de la production marchande pour qu’enfin les salariés révoltés prennent le contrôle de tous les aspects de leur vie.

C’est cette marche difficile mais vitale vers l’autonomie qu’il nous faut maintenant entreprendre !

Gordebi

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19) Élections Européennes 2009...

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Le 7 juin 2009 étaient organisées les élections européennes en France

A cette occasion, Esprit68 a proposé la liste suivante :

Pour l’Europe des bolos*,

je vote Bolo’bolo !

Liste présentée par Esprit68 en soutien à Bolo’Bolo (PM)

1. Nestor Ivanovitch Makhno
2. Élisée Reclus
3. Buenaventura Durruti Dumange
4. Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine
5. Errico Malatesta
6. Eugène Varlin
7. Patrice Émery Lumumba
8. Louise Michel
9. Paul Lafargue
10. Vsevolod Mikhaïlovitch Eichenbaum dit « Voline »


*Foyers d’appropriation des valeurs d’usages

Vous pouvez imprimer cet intéressant bulletin sous format pdf, ici. Vous pourrez l'employer lors du prochain scrutin de liste.

Ne soyez pas seulement un citoyen européen, mais faites votre devoir de citoyen du monde, votez Bolo'Bolo en toutes corconstances, même quand on ne vous demande rien !

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20) Le Tiqqun, l’insurrection qui ne viendra pas, Batman, Joker et Elisée Reclus

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La présente humeur, qui voudrait également alimenter un débat, a été motivée par la lecture conjointe de plusieurs articles récemment publiés dans l’excellent Jura Libertaire, à propos du livre « L’insurrection qui vient » et de plusieurs numéros de la revue « Tiqqun ».
Tiqqun c’est le nom d’une revue créée en 1999 et dissoute en 2001, à laquelle à participé Julien Coupat et dont plusieurs articles ont été repris aux éditions La Frabrique (l’éditeur de L’Insurrection) et VLCP. Citons entre autres Théorie du Bloom, Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille, ou encore Contributions à la guerre en cours qui vient d’être réédité à La Fabrique. Ces textes, vous pouvez les télécharger ici.

Personnellement, j’ai lu les livres du Tiqqun après l’Insurrection qui vient. S’il en avait été autrement, j’aurais sans doute jugé l’Insurrection avec moins d’enthousiasme.
Les textes du Tiqqun préfigurent en effet pour beaucoup le contenu de l’Insurrection. Ce sont des livres brillants sans doute, fascinants sûrement, mais ils m’ont profondément attristé. L’élitisme des références m’a ennuyé, d’autant que certaines ne me plaisent pas du tout (ainsi les références à la philosophie d’Heidegger qui est pour moi un escroc de la pensée non moins néfaste que Hégel).
Tiqqun est tout de même très philosophique voir « pataphysique ». Je veux bien admettre que je n’y ait pas compris grand-chose. Mais le peu que j’ai compris, m’a paru contradictoire, ou du moins malhonnête et peu rigoureux. Ainsi, la dénonciation dans « Contributions à la guerre en cours » de l’usage abusif du verbe « être » qui serait l’une des tares de la philosophie occidentale (chez Heidegger sûrement, il est dommage que Tiqqun ne le relève pas)… Bon, ce constat je le comprends et je ne suis pas loin d’y adhérer, sauf que je remarque que la « Théorie du Bloom » ou la « théorie de la Jeune Fille », son très exactement bâties sur cet abus. C'est-à-dire que Tiqqun nous construit une « essence » du Bloom ou une « essence » de la Jeune Fille.
Mais qu’est ce que c’est que ces Blooms et ces Jeunes filles vous direz-vous peut-être ? Le Bloom est un personnage tiré de l’Ulysse du romancier Irlandais James Joyce (1882-1941). Disons qu’il représente l’individu isolé des sociétés occidentales qui se sent un peu étranger à toutes les situations1. Quant à la Jeune Fille, elle représente l’individu qui se voue toute entier à la marchandisation capitaliste et dont la vie ne repose que sur des futilités (mais lisez ces textes, car je dois au moins avouer que le Tiqqun parle bien mieux que moi !).
Tout cela est très intéressant et très bien fait, mais quand je lis dans Tiqqun, que dorénavant la population devrait se soulever au seul mot d’ordre de « mort au bloom », je trouve ça un peu ballot, d’autant que ça n’a pas l’air d’avoir été écrit pour rire ! Le plus gênant d’ailleurs, c’est bien l’insupportable prétention de Tiqqun qui ne « rigole pas » même quand il se présente comme une pensée « abruptement majeure ».

Bon, mais alors pourquoi je vous en parle et pourquoi les articles du Jura Libertaire m’ont fait réagir à ce sujet ? Et bien ce qui a commencé par m’inquiéter, c’est cette vidéo dans laquelle un néo-conservateur américain fait carrément la pub de L’Insurrection qui vient à la télé. Enfin, la pub, il dit que c’est un livre très dangereux hein, mais en même temps, il dit qu’il faut l’avoir lu pour se préparer à combattre le mal qu’il représente.
Et puis il y a aussi cet article de la revue Défense nationale et sécurité collective, dans lequel il est longuement question de l’Insurrection.
Je ne veux pas paraître parano, mais je trouve inquiétant que les conservateurs de tout poils aux commandes de l’ordre médiatique marchand et que les chiens de garde du capital fassent à l’Insurrection une si large publicité. N’est-ce pas parce qu’eux-mêmes y ont vu une impasse et une aubaine justifiant la pérennisation de leur système et le renforcement de leur politique répressive et sécuritaire ?

Une impasse, parce que vraisemblablement la vrai insurrection ne viendra pas et que les diverses petites insurrections n’accoucheront de rien de concret sauf d’une plus grande présence policière.

Une aubaine, parce que

- d’une part le Tiqqun, et à un degrés moindre l’Insurrection, disqualifient tous les autres opposants au système. Ils discréditent toutes les tentatives lucides et élaborées pour sortir du capitaliste. Ah, ils en prennent pour leur grade ces idiots d’Attac, ces imposteurs trotkistes2, ces bureaucrates négristes. Mêmes ces imbéciles de décroissants ne trouvent pas grâce aux « purs » du Comité Invisible. A lire Tiqqun, on se demande si ce n’est pas d’abord à tous ces traîtres que l’on devrait cracher à la gueule, plutôt qu’aux capitalistes, aux curés, aux flics et aux militaires… Oui, parce que selon Tiqqun, la lutte des classes ça n’existe plus, donc pourquoi parler encore d’exploiteurs et d’exploités, pourquoi même exiger une meilleure répartition des richesses… pour jouer à la Jeune Fille !

- d’autre part parce que l’accent mis sur « l’Insurrection », sur « la guerre civile3 », sur la violence dans l’action, justifie toutes les politiques répressives et toutes les atteintes aux libertés.

Pour dire la vérité, Tiqqun me fait songer à Batman, et plus particulièrement au film The Dark Knight, qui m’avait inspiré la chanson « Super-pouvoirs » (et oui, mes références sont moins prestigieuses que celles du Tiqqun) ! Dans cet horrible film, on voit combien le destin de Batman et celui du Joker sont liés, comment ces deux personnages se renforcent l’un et l’autre, et comment, le sachant tous deux, ils s’épargnent mutuellement, tout en se déclarant la guerre. A un moment Batman, pour faire échec aux plans de son meilleur ennemi, demande à l’un de ses larbins de mettre sur écoute tous les habitants de la ville. Je me demande si le pouvoir capitaliste ne ferra pas bientôt de même après avoir agité la menace « insurrectionnelle ». Bon, vous me répondrez que sans l’Insurrection il aurait trouvé un autre truc pour renforcer son emprise et vous aurez raison. Mais il faut aussi admettre qu’un certain type de discours lui facilite la tâche.
Dans The Dark Knight, le Joker est encore présenté comme un « anarchiste » « anti-système » (il brûle les billets de banque, il déclare la guerre aux « dispositifs » en tout genre), et surtout comme un « criminel », comme un « propagateur du chaos », termes qui sont revendiqués par le Tiqqun comme des attributs du Parti Imaginaire qui conduira l’Insurrection.

Elisée Reclus contre le Joker Moi j’aime bien les anarchistes, mais contrairement au Tiqqun, je n’aime pas les criminels (sans les détester comme Batman hein ! Je pense simplement qu’une société ne peut pas reposer durablement sur le crime, voir mes réflexions sur l’impossibilité d’une éthique du mal à ce propos). Pour moi, le vrai anar, ce n’est pas le Joker, c’est Elisée Reclus, le géographe, qui lui aussi dresse les cartes d’un territoire, qui lui aussi est un scientifique (ouh, le vilain !), et qui peut-être serait traité aujourd’hui « d’enculé du CNRS » par le Tiqqun. Joker n’est qu’un chien fou aux ordres du capital et du pouvoir autoritaire ou manipulé par eux.. Elisée nous éclaire au contraire sur les moyens de renverser ces pouvoirs.

Il nous donne également des arguments pour le combattre. Car contrairement au Tiqqun qui proclame qu’il n’y a pas même à « critiquer » l’ordre capitaliste mondial, mais qu’il faut se contenter de l’anéantir, je pense qu’il faut inlassablement rappeler nos buts et les expliquer d’une manière toujours plus pédagogique. Car sinon, l’opposition au Bloom, l’opposition à la Jeune fille passent pour des choix simplement esthétiques. Et on pourrait y répliquer : « Oui, mais s’il me plait à moi d’être un Bloom ou une Jeune fille ? Pourquoi devrait-je m’en priver, si je trouve là mon bonheur ? » En fait, chacun doit pouvoir trouver son bonheur où il veut, du moment que cela n’anéantit pas le bonheur des autres. Or le Bloom et la Jeune fille, c’est à dire, si j’ai bien compris, les comportements typiques des habitants des pays riches, doivent avant tout être considérés comme mauvais, parce que leur généralisation à 6 milliards d’êtres humains est incompatible avec le maintien de conditions de vie décentes sur la planète.

Quelles sont donc les fins qu’il faut incessamment rappeler ?

1) Eviter les dangers les plus graves qui pèsent sur l’humanité : la catastrophe écologique et la menace d’anéantissement nucléaire.

2) Satisfaire les besoins les plus essentiels du plus grand nombre en matière d’alimentation, d’accès à l’eau potable, de logement, de soins.

3) Réduire les injustices et le mal-être par un partage des richesses et des pouvoirs et par un accroissement des libertés.

Quels sont les moyens à notre disposition ?

1) La rupture avec le système actuel de production de consommation et d’échange, destructeur, inefficace et injuste.

2) La lutte contre les acteurs étatiques, commerciaux, militaires et religieux qui oeuvrent pour le maintien du système actuel.

3) Le remplacement du système actuel par un autre système qui permette de satisfaire les besoins les plus essentiels pour le plus grands nombre.

On pourrait ajouter que ces trois fins et ses trois moyens passent sans doute par une réduction de la séparation entre producteurs et consommateurs, entre gouvernants et gouvernés, entre religieux et fidèles. Mais la réduction de ces séparations est comprise dans le but numéro 3).

On remarque que le moyen 2) peut impliquer une stratégie insurrectionnelle, mais à mon avis seulement si ses objectifs sont précisément définis. Le plus important demeurant le moyen numéro 3).

Bolo'Bolo contre l'Insurrection

On pourrait encore prétendre que la révolution à besoin de deux pôles, un pôle négatif, insurrectionnel, destructeur « Shivaïste » – le pôle du Tiqqun et de l’Insurrection qui vient – et un pôle positif, créateur, que l’on pourrait vouer à « Vishnu » – le pôle de Bolo’Bolo en quelque sorte.
Et de fait aujourd’hui, plus que d’un catalogue des moyens insurrectionnels, nous avons besoin d’un catalogue des manières de construire notre vie en dehors du capital : comment jardiner, comment construire nos maisons, comment aménager les squats, comment autogérer des activités productives, comment échanger avec des communautés voisines sur une base non monétaire, mais aussi comment ruser avec les autorités pour obtenir de nouveaux terrains, comment faire subventionner tel ou tel projet autogestionnaire sous couvert d’écologie et de développement durable, comment nous réapproprier l’espace dans les villes et dans les campagnes, comment créer des solidarités et des actions transrégionales et transcontinentales qui aient un poids réels dans les luttes en cours pour la réappropriation du monde, comment enfin organiser la propagande prorévolutionnaire qui devra submerger les mensonges des médias capitalistes.

La partie sera en quelque sorte gagnée lorsque qu’il ne sera plus nécessaire d’affronter les condés, parce que l’on aura créé les nouvelles alternatives productives capables de dissuader les gens de s’engager dans la police ou d’oeuvrer pour elle…



1Je précise que je n’ai pas lu l’Ulysse de Joyce. Mes références littéraires étant beaucoup moins prestigieuses que celles de Tiqqun, je dirais que la théorie du Bloom m’a plutôt fait songer aux Formidables aventures de Lapinot par Lewis Trondheim. Lapinot est d’ailleurs l’un des seuls héros d’une série de bande dessinée à avoir été suicidé par son auteur. On pourrait y voir la tendance bloomienne à la néantisation tant dénoncée par Tiqqun. Bon je blague, mais pour rire, essayer de lire Lapinot et Tiqqun en même temps… Peut-être en concevrez-vous une nouvelle théorie insurrectionnelle ?(retour au corps du texte).
2Le destin de Besancenot est de décevoir nous dit Julien Coupat. Certainement… Mais celui de l’insurrection me semble être d’échouer !(retour au corps du texte).
3Cette appel à la « guerre » me semble suscité par une autre influence du Tiqqun, bien plus intéressante celle-là, qui est celle de l’anthropologue Pierre Clastres (1934-1977). De ses travaux menés auprès des indiens Guayaki, Clastres avait en effet conclut que certaines sociétés abusivement qualifiées de « primitives » cherchaient en fait à s’affranchir du pouvoir autoritaire de l’État et qu’elles y parvenaient en instaurant un climat de guerre permanente. C’est la thèse qu’il développe dans son livre La société contre l’État qui a été rajoutée à la liste des lectures recommandées par Esprit68. Attention cependant, de ne pas confondre les moyens et les fins. La fin, ce peut-être effectivement de s’affranchir du pouvoir autoritaire de l’État ou éventuellement de réduire ce pouvoir. Le moyen, la guerre, n’est pas souhaitable en soit. Et s’il a été opérant pour les peuples indigènes du Paraguay, il n’est pas dit qu’il le soit dans notre monde mondialisé. Au contraire ! La grande Guerre a bien été le moyen de décapiter le mouvement ouvrier et de renforcer d’un côté les états capitalistes et de l’autre l’état bureaucratique bolchevique. Quant aux guerres d’Afghanistan, d’Irak ou de Palestine, elles contribuent bien à raffermir le pouvoir autoritaire des fondamentalistes religieux. De nos jours, la guerre est bien l’un des ferments du pouvoir étatique.(retour au corps du texte).

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21) Que faut-il attendre de la gauche de gouvernement ?

6 août 2009

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Cette petite humeur, qui n’est plus très actuelle, a été inspirée il y a quelques semaines déjà, par le médiocre spectacle des divisions au Parti Socialiste.
Elle était plus particulièrement suscitée par le psychodrame, mis en scène par les médias à la solde de l’UMP, qui a suivi le rappel à l’ordre adressé à la mi-juillet par la première secrétaire du parti socialiste Martine Aubry, à Manuel Valls maire d’Évry et député de l’Essonne.
Ha… Manuels Valls… Je ne le connais pas trop mais ça m’a l’air d’être un bon encore ! « Libéral » « blairiste », il fustige l’« assistanat », plaide pour l’allongement de la durée de cotisation retraite, se déclare favorable aux quotas d’immigration, et trouve enfin qu’il n’y a pas assez de « blancs » sur les marchés d’Évry ! Pas très fort pour le petit fils d’un républicain espagnol… Mais peut-être Valls a-t-il dans l’idée de remplacer Fillon dans un prochain gouvernement Sarkosy ?
Il y a quelques années encore, les socialistes faisaient au moins semblant d’être de gauche… A présent, ils sont de plus en plus nombreux à s’en dispenser. Certains, comme Valls, ne veulent d’ailleurs même plus s’appeler socialistes… Sans toutefois quitter le parti du même nom qui peut encore leur rendre quelques services ! Ils ne veulent donc pas simplement se déprendre du mot, mais encore que la chose soit anéantie, sans doute pour effacer le souvenir de ce en quoi ils ont feint de croire et effacer du même coup la preuve de la trahison de leurs électeurs.

Ce PS, qui parait bien malade, faut-il se réjouir de le voir crever, s’en attrister ou alors choisir de s’en foutre ?

- Ah, mais alors, s’il n’y a plus le PS, qui va battre la droite en 2012 ?

- Hm… Il faut bien reconnaître que ces élections tous les 5 ans, c’est un peu comme les journées de mobilisation tous les 3 mois… C’est le meilleur moyen pour que rien ne change. C’est une façon de suspendre le temps, d’abaisser le niveau d’intensité des luttes, de remettre à plus tard les actions concrètes qui pourraient être entreprises dès à présent, d’occuper les esprits, de susciter des espoirs qui seront toujours déçus. 2012 on s’en fout ! Il faut que les choses bougent avant !

- Oui, mais si ce n’est pas le cas ? Et si la révolution ne vient pas ? Si on arrive en 2012 avec un contexte économique et institutionnel qui n’a pas changé, que fait-on ? On ne va pas encore se prendre pour 5 ans de Sarkozy ?!

- Ha, ha ! Et qui on met à la place. Un Manuel Valls ?

- J’ai pas dit ça ! Est-ce qu’il ne pourrait pas y avoir simplement moins pire ? Simplement une gauche honnête qui, sans faire la révolution, sans faire non plus des miracles, fasse son boulot au gouvernement, c'est-à-dire améliore les conditions de vie pour le plus grand nombre à l’intérieur même du système ?

- Je ne sais pas…

- Allez, on peut essayer d’imaginer ça, une gauche de gouvernement pas trop pourrie…

- Bon Okay… Et bien prenons quelques minutes pour rêver à ce que pourrait faire une gauche au gouvernement pour nous être agréable… Tout d’abord son projet… On en parle beaucoup au PS… Parce que d’après ce qu’il se dit, il faudrait présenter un projet cohérent pour 2012… La bonne blague ! Apprenez, mesdames et messieurs du PS, des verts, de La Gauche, du PC ou du NPA, qu’il n’y a pas de projet à construire, il n’y a qu’à être moins mauvais que la droite. Tel doit être l’unique objectif de la gauche de gouvernement. Pas de projet à défendre donc, mais une ligne politique tout de même ! Et là, il faut revenir au fondamentaux. La gauche au gouvernement n’a que deux orientations à suivre :

- Défendre les salariés contre les patrons

- Défendre les libertés individuelles

Point barre ! C’est tout de même pas compliqué ! Concrètement ça veut dire, d’un côté, abaisser la durée hebdomadaire de travail, augmenter les minima sociaux, renforcer la protection sociale ; de l’autre, arrêter d’exclure les gens en produisant des criminels, c'est-à-dire régulariser les immigrés, dépénaliser tout un ensemble de pratiques qui sont rentrées dans les mœurs de la société française, simplifier les lois pour qu’elles deviennent compréhensibles et instruire pour donner aux gens les moyens de revendiquer leurs libertés et d’en jouir.

- Houlà, mais c’est mauvais pour l’économie tout ça !

- Et comment ! Mais il faut le dire franchement… La gauche doit mépriser l’économie et affirmer clairement que l’augmentation du PIB, ce n’est pas son objectif. Son objectif c’est que les gens vivent mieux, pas que globalement ils produisent plus de fric et que ce fric soit toujours plus inégalement réparti.

- Mais… Et les risques d’inflation, de déficit public ?

- On s’en fiche ! On a vu avec la crise financière qu’il était possible de créer autant d’argent que nécessaire pour entretenir le système. Et bien, poursuivons dans cette voie, mais cette fois, pas pour le bénéfice des banquiers, mais pour celui de l’ensemble de la population. Les gens n'ont pas à travailler plus, pour gagner plus et pour consommer davantage. Au contraire, ils seront heureux de travailler moins, pour produire des biens vraiement utiles, qui seront équitablement répartis. Ils pourront alors trouver ailleurs que dans le salariat les raisons de leur épanouissement personnel. Corrélativement ils consommeront moins et ce sera tant mieux pour l’écologie. Moins d’économie donc et plus de gratuité par un développement de l’équipement public accessible à tous.

- Et si ça provoque des faillites et du chômage…

- Et bien ce sera une bonne occasion pour nationaliser ou re-nationaliser certains secteurs ou mieux, pour favoriser les pratiques d’autogestion. Une boite fait faillite ? On la redonne aux salariés et on les forme si besoins pour qu’ils puissent conduire eux-mêmes leur affaire. On pourrait mettre en place de multiples incitations et de multiples aides favorisant la réappropriation par les salariés de leur outil de travail. L’entreprise autogérée doit devenir le modèle du 21ième siècle. Quant au chômage, si le boulot manque, ce n’est pas forcément un mal, il suffit de le répartir et de donner à chacun la part du gâteau produit. Si dans certains secteurs l’offre de biens est déficiente (le logement par exemple), et bien c’est là que les entreprises d’état peuvent intervenir.

- Mais on n’est pas tout seul. Il y a l’Europe, il y a le monde…

- Et alors ? C’est justement l’occasion d’obliger nos partenaires à nous suivre. L’économie capitaliste est si fragile qu’au sein de l’Europe, si la France empruntait la voie que nous évoquons, tout le marché commun se casserait la figure. Il faudrait donc nécessairement prendre des mesures pour reconstruire l’absurde machine économique européenne. On comprendrait alors que l’actuel carcan réglementaire capitaliste qui emprisonne l’Europe, contredit le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ceux-ci pourraient alors plébisciter le nouvel exemple proposé et rompre avec la logique économique, destructrice des vies humaines et de l’environnement. La contagion serait alors bien plus probable que la diffusion de l’épidémie de grippe A.

- En somme ce serait une sorte de révolution par les urnes ?

- Non, même pas ! On resterait encore dans un capitalisme aménagé qui, pour le coup, pourrait véritablement être qualifié de « social-démocrate ». Ce serait un régime imparfait, reposant encore sur le centralisme étatique et sur l’économie marchande, mais dont les effets les plus fâcheux seraient atténués. On pourrait donc le considérer comme un pis-aller acceptable ou du moins préférable à Sarkoland. Je crois qu’il n’y a pas d’autre programme pour la gauche et que si l’on en dévie, il n’y aura vraiment que la révolution à opposer à Sarkozy.

- Et qui porterait tout ça ?! Le PS ??

- Ben non, y’a peu de chance hein ! Alors je ne sais pas… Je me méfie du camarade Besancenot, mais s’il s’engage sur un programme de ce genre, je dis « pourquoi pas ? ». Mais que ce soit lui ou un autre, la pression doit rester suffisamment forte pour que le nouveau gouvernement ne soit pas tenté de trahir. Alors, avant même de songer à changer de président, il faut pousser à son maximum la contestation sociale, déborder les syndicats collabos, fomenter quelques grèves générales, faire converger les luttes en une puissante coordination qui puisse surveiller tous les professionnels du pouvoir pressés de trouver leurs nouveaux trônes. Alors, s’ils dévient de la nouvelle voie que la multitude à choisi pour eux, il sera toujours temps de leur dire « Ya basta » et qu’ils s’en aillent tous !

L’Ex-Desperado

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22) Nique la France ? Nique la religion ? Nique les symboles ?

12 février 2010

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Ce billet s’est construit sur un curieux enchaînement de réactions négatives suscitées par mes pérégrinations hebdomadaires sur le Wouaibe. Tout a commencé lundi, lorsque, via le Jura Libertaire, je découvrais « Nique la France » cette vidéo de ZEP (pour « Zone d'Expression Populaire », avec Saidou du « Ministère des Affaires Populaires », déjà connu pour le très entraînant « Debout là d’dans »).
J’écoute donc ce nouveau tube en souriant, je reprends le refrain en cœur avec Busta Robert & MC Jean-Pierre, et je me dis que je devrais l’ajouter à la playlist d’Esprit68… Et puis, à 3 minutes 03, j’entends ces rimes :

« Y’a nos intellos, nos p’tits fachos à lunettes, nos têtes à claques, comme la connasse de Fourest, qui propage, alimente, la haine du musulman, du banlieusard, avec leurs discours stigmatisants ».

Et là ça m’ennuie un peu… Pas tellement sur le fond, parce qu’on peut avoir de bonnes raisons de tacler Caroline Fourest (je vais y revenir), mais plutôt sur la forme et sur le fait qu’elle est la seule à être nommément citée… Il me semble quand même qu’une chronique d’Éric Zemmour (ou peut-être même tout simplement un JT de Jean Pierre Pernot) est plus propre à attiser la haine de l’étranger qu’un article de Caroline Fourest ! Alors pourquoi elle ? Bon, je comprends que l’on veuille attaquer à travers elle « la-bonne-conscience-de-gôche-donneuse-de-leçon », que c’est aussi de la provoc’ et une manière de dire « fuck » au « politiquement correct ». Ouais… Mais en même temps je trouve ça un peu craignos et je me dis que ça pourrait cacher plein de sous-entendus misogynes ou homophobes…

Mais j’ai pensé aussi que, peut-être, j’avais loupé un épisode, et que la Caroline Fourest s’était montrée particulièrement odieuse dans ces dernières interventions. Alors je suis allé sur son site pour voir de quoi il retournait. Je passerai sur la pub qu’elle fait pour son dernier bouquin (extrêmement agaçante dans la forme, de mon point de vue), et je ne commenterai pas le tout dernier et mauvais article qu’elle a commis sur l’affaire du voile au NPA, car le billet qui a retenu mon attention portait sur le voile intégral.
Caroline Fourest y défend une position au départ assez vasouilleuse. Elle s’interroge avec une modération convenue : « Peut-on, pour autant, tout régler par l’interdit ? » et finalement, non sans hypocrisie reprend l’argument sécuritaire qui permettra d’interdire le voile intégral sans se référer à son caractère religieux – ce qui constituerait une évidente discrimination – mais en dénonçant le supposé trouble à l’ordre public qu’il est censé occasionner.

D’abord Caroline Fourest admet que l’interdiction ne sera pas facile à mettre en œuvre :

« Une loi symbolique contre le voile intégral aurait l’inconvénient d’être particulariste et prendrait le risque d’être inapplicable. Pourquoi interdire le voile intégral mais pas le port du masque en période de grippe A ? A cause de la dignité des femmes ? Mais alors, pourquoi ne pas interdire le voile simple ? Ne porte-t-il pas atteinte à la dignité des femmes ? Et si on interdisait le voile simple dans la rue, pourquoi ne pas interdire tout signe politique tendancieux ? »

Mais, comme elle est bien décidée à rechercher « l’efficacité » (c'est-à-dire l’interdiction effective), elle nous expose son plan :

« Dans cette affaire, il faut dissocier deux choses : les raisons pour lesquelles on souhaite combattre le voile intégral (la dignité des femmes) et celles que l’on peut invoquer pour restreindre cet uniforme sectaire (la sécurité). C’est ce que permettrait la combinaison intelligente d’une résolution solennelle avec une série de règlements plus généraux, concernant le devoir de s’identifier. »

Elle précise un peu plus loin :

« Quant à la mise en pratique, des mesures doivent permettre aux commerces et aux lieux publics d’afficher des règlements obligeant toute personne entrant dans ces lieux à s’identifier, pour des raisons de sécurité. En 2006, un homme s’est baladé dans le métro londonien, placé sous vidéosurveillance, couvert d’une cagoule noire. Il a été arrêté. Pourquoi une femme aurait-elle le droit de porter une cagoule masquant son visage ? Parce qu’elle est persuadée que Dieu lui demande ? Dieu n’a pas à être un passe-droit… Il y a quelques semaines à Marseille, un bijoutier croit ouvrir à un couple, dont une silhouette portant un voile intégral. C’était en fait deux braqueurs. Il a été cambriolé. »

Et finalement conclut :

« Dans de nombreux cas de figure – que ce soit pour aller chercher son enfant, un colis à la poste, prendre le bus, entrer dans un magasin ou dans une zone placée sous vidéosurveillance -, une femme en voile intégral doit accepter de s’identifier sous peine d’être verbalisée. En dehors de ces situations, libre à elle de porter un voile pour se protéger de la colère d’un dieu misogyne, ou de la grippe A. Libre aux autres de continuer à dire ce qu’ils en pensent. »

Comme je trouvais son billet parfaitement hypocrite (c’est bien en vertu de son caractère religieux qu’on veut interdire le voile, mais on va dire que c’est pour la sécurité !) et bien tristement révélateur de l’obsession sécuritaire du moment, je m’étais décidé à lui écrire. Mais je n’ai pas trouvé comment faire (je crois qu’il n’y a pas moyen). Ainsi donc, c’est vous, lecteurs d’Esprit68, qui lirez la bafouille destinée à Caroline Fourest et reproduite ci-dessous :

« Votre billet est révélateur, car il montre que toute cette affaire pourrait « voiler » une tendance bien plus profonde et bien plus inquiétante : l’enlisement dans le discours sécuritaire.
Finalement et malheureusement, on pourrait situer l’interdiction du voile intégrale dans la lignée du décret du 19 juin 2009 qui interdit de dissimuler son visage dans les manifestations.
En somme, au-delà de tous les discours sur la laïcité ou sur les violences faites aux femmes, c’est la « transparence » qui est recherchée…
Mais à qui profite cette transparence, cette mise à nu des visages, des connections sur Internet, des séquences ADN, des individus aux portiques des aéroports, des opinions, des préférences, des appartenances, dans les fichiers que la police constitue « pour notre bien » ?
D’abord à l’ordre marchand et à la répression de tous ses laissés-pour-compte ! D’abord à la mise au pas de tous les mouvements sociaux ! De la même façon que la « liberté » économique prônée par les néo-libéraux profite aux firmes multinationales soutenues par les états et asservit les travailleurs…
En effet, le voile ne doit pas constituer un « passe-droit ». Mais avant de le considérer comme tel, il faudrait s’interroger sur les atteintes à « nos droits », à notre intimité et à notre liberté et ne pas considérer la multiplication des dispositifs de surveillance comme une évidence à laquelle on ne pourrait pas se soustraire.
C'est lorsque l'on oublie cela que se multiplient les amalgames odieux, les simplifications consternantes, les indignations sélectives, qui en appellent aux droits des femmes, à la laïcité, ou plus souvent encore à « l’identité française », (afficher la religion musulmane dans la rue serait incompatible avec cette identité, mais afficher la religion catholique ne poserait pas de problème), pour finalement imposer de nouvelles contraintes et produire de nouvelles stigmatisations. C’est encore ce qu’attestent les réactions indignées d’une certaine gauche, dénonçant le foulard de la candidate NPA… Mais n’a-t-on pas trouvé parmi tous les candidats FN, MODEM, UMP ou socialiste un(e) seul(e) candidat(e) qui serait apparu(e) en public avec une croix sur la poitrine ? Où est la différence ?
Ce pseudo « débat » autour du voile m’écoeure profondément et me fait détester davantage l’organisation médiatique qui s’en empare pour préparer nos consciences aux futures lois liberticides.
Mon opinion personnelle est que toutes les religions – comme tous les nationalismes d’ailleurs – constituent des obstacles au progrès spirituel et moral de l’humanité et à l’émancipation des individus. Mais je n’irai pas imposer cette opinion à ceux qui ne pensent pas comme moi en arrachant leurs oripeaux religieux ou nationalistes, du moment qu’ils ne me causent pas directement du tort et qu’ils ne restreignent pas ma liberté et du moment qu'ils ne sont pas imposés par la contrainte à ceux qui les portent.
De même que je n’irais par réclamer une loi pour interdire le port du sac à main, parce qu’on pourrait le considérer comme le symbole le plus odieux de la soumission au consumérisme et de la mutation marchande de l’idéologie patriarcale.
Je souhaite comme vous l’abolition de la dictature des églises, comme je souhaite l’abolition de la dictature des armées, des bureaucraties et des firmes. Mais peut-on dénoncer l’une en ignorant les autres ? »

Voilà donc le message que n’ai pas envoyé à Caroline Fourest (qui sans doute s'en serait tamponnée le coquillard)… Et puis poursuivant je ne sais trop comment mes dérives sur le Wouaibe, j’en viens à cette note intitulée « Le voile dévoile aussi la circoncision » sur le blog de Kristaristeau. Je suis fréquemment surpris et intéressé par ce blog qui propose des réflexions profondes mais inattendues. En l’occurrence je ne sais pas si l’on doit admettre un lien aussi direct que celui qui est suggéré entre le voile et la circoncision, mais cet article à au moins le mérite d’attirer l’attention sur les violences véritables, faites non seulement aux femmes, mais aussi aux enfants (avec parmi elles, l’excision et la circoncision) sous couvert d’un traditionalisme religieux, ou même d’un particularisme culturel.

Ces faits soulèvent des questions difficiles et importantes, pour tous ceux qui défendent des opinions libertaires et qui pensent, comme moi, qu’une société harmonieuse et épanouissante peut s’ériger avec un minimum de contraintes et d’interdictions. On peut espérer qu’à terme, aucun état, aucune armée et aucune police ne soit plus nécessaire, mais comment empêcher que, dans un agencement du type « Bolo’Bolo », certaines communautés, en vertu, de leur sacro-saint « NIMA » ou « identité culturelle », n’asservissent ou ne mutilent les femmes et les enfants (des réponses sont apportées dans Bolo'Bolo au chapitre « DALA,DULI », réponses partielles, car un BOLO peut toujours choisir l'isolationnisme) ? Suffit-il pour cela de détruire les conditions matérielles de l’exploitation et de l’asservissement ?

Voilà une question, ô combien difficile, que je me suis bien gardé d’aborder dans mon livre sur l’éthique. Dans le cadre théorique que je proposais, les violences faites aux femmes peuvent toujours s’interpréter comme une rupture du contrat éthique, mais je n’ai pas clairement défini les formes tolérables de la relation parents/enfants en référence aux éthiques particulières, distinctes de l’éthique la plus générale (on pourrait peut-être y parvenir en avançant qu’au sein d’une communauté éthique particulière, les enfants « réservent » jusqu’à leur majorité leur consentement aux commandements éthiques, c'est-à-dire qu’on ne doit rien leur imposer qu’ils ne puissent plus tard refuser ou remettre en cause. Une mutilation corporelle infligée aux enfants étant définitive, de ce point de vue, elle ne serait pas compatible avec les conditions de validité du contrat éthique – alors que théoriquement, un adulte doit pouvoir choisir de s’infliger une telle mutilation, si, bien sûr, il n’y a pas de contraintes et pas d’autres biais dans la mise en œuvre du contrat éthique communautaire).

Quoiqu’il en soit, il faut toujours considérer d’abord les violences et les injustices malheureusement trop nombreuses, trop réelles et trop concrètes. A ce sujet et pour finalement revenir au Jura Libertaire je recommande la lecture de cet article tiré du site Stop honour Killing.

Ainsi donc, les « bonnes âmes » comme Caroline Fourest devrait d’abord militer pour interdire les violences, les contraintes et les sujétions concrètes imposées aux femmes et non pas pour interdire leurs symboles – qui plus est sous un fallacieux prétexte sécuritaire1.

Et de même les chansonniers devraient d’abord dénoncer les actes racistes et ceux qui les suscitent et non pas ceux qui, peut-être, symbolisent la mauvaise ou la fausse conscience de ses actes.

Et moi-même, au lieu d’élaborer toutes ces laborieuses interprétations et d’émettre tous ces jugements sur ce que j’ai considéré comme « représentatif », il faudrait sûrement que j'entreprenne quelque chose de plus utile !

Encore et toujours il faut revenir au concret, aux actions véritables, à ce qui est véritablement éprouvé et non pas à toutes les interprétations que l’on peut en faire, à tous les symboles que l’on peut en trouver.

Lucrèce, février 2010

1.Évidemment on pourra toujours avancer que les femmes qui prétendent vouloir porter le voile intégral – ou du moins une partie d’entre-elles – sont en réalité « contrainte » par leur environnement social… Comme on pourrait également soutenir que nous sommes contraints par notre environnement publicitaire, à adopter un ensemble d’habitudes consuméristes aliénantes et destructrices ! Tant qu’il n’existe pas une prise de conscience individuelle de l’asservissement, il est difficile d’agir pour aider quiconque contre sa volonté. C’est la raison pour laquelle il faut convaincre, échanger, libérer la parole des femmes et leur offrir autant qu’il est possible les moyens matériels de s’émanciper avant de songer à leur interdire quoi que ce soit.(retour au corps du texte).

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23) Quelques exemples de réponses aux mails racistes

7 mai 2010

Réponses aux racistes et aux beaufs champions des fausses indignations.

On constate depuis quelques mois une multiplication de messages racistes ou simplement « beaufs » envoyés dans les boites aux lettres Internet. Ces mails peuvent très certainement être considérés comme les symptômes d’une dérive droitière de la société, qui préfère s’abandonner aux fantasmes racistes plutôt que de considérer lucidement sa misère sociale et ses inégalités.

Ces messages peuvent-être adressés anonymement. Parfois c’est une connaissance qui vous les envoie parce qu’il a votre nom dans sa liste de contact. Son intention n’est pas toujours raciste, du moins pas consciemment. C’est plutôt une malheureuse tentative d’humour, qui banalise cependant un discours aussi répugnant que mensonger.

Récemment j’ai pris le parti de répondre à ces messages avec copies à tous les premiers destinataires (lorsque c’est possible). C’est une façon de réagir, au sein d’un entourage plus ou moins proche, contre la banalisation d’un certain langage et de certaines thématiques.

Voici donc quelques exemples de réponses que je vous propose.

1) Sur les « grosses voitures » en banlieue.

A) Le document adressé :

Il s’agit d’un Power point montrant des photos réputées prises en banlieue parisienne « où la police est interdite de séjour car il ne faut pas embraser les cités », est-il indiqué.
Les photos montrent une BMW, différents modèles de Porches et de Ferrari et une Limousine vraisemblablement rassemblées pour un mariage. Le commentaire final indique :

« Dur, dur pour les jeunes des banlieues de se marier dans la discrétion quand on gagne 1 500 à 2 000 euros par jour, et en bénéficiant des allocations de la Sécurité Sociale et surtout des primes de chômage et de retour à l’emploi. Vive la France. »

B) La réponse proposée :

Les véritables voleurs, ce sont les gros actionnaires et les PDG des firmes multinationales qui pillent la terre entière… Ce sont les 200 milliardaires qui ont accumulé plus de richesses que le milliard d’êtres humains le plus pauvre… Et les gouvernants comme Sarkozy qui sont leurs complices…

Ce n’est pas les grosses voitures en banlieue qui sont les plus choquantes, mais la douche que Sarkozy a fait installer pour l’occasion du sommet de l’union de la méditerranée et qui a coûté 245 572 euros (probablement même pas utilisée), alors qu’il y a des gens qui dorment dans la rue et qu’il avait promis des logements pour tous. C’est son traitement qu’il a multiplié par 150% alors qu’il demande aux fonctionnaires de se serrer la ceinture !
Le scandale c’est le patrimoine des gros réactionnaires milliardaires comme Serge Dassault qui ont ce qu’on ne pourrait même pas s’offrir en travaillant honnêtement pendant dix mille ans !
Evidemment, tous les grands médias sont contrôlés par des milliardaires amis de Sarkozy : les groupes Bouygues, Lagardère, Bolloré, Bernard Arnault, Dassault, Weil
Alors ils font croire que le problème c’est l’insécurité, les banlieues, les arabes… Mais le vrai problème ce sont ces putains de riches qui confisquent les pouvoirs et les richesses et qui abrutissent les citoyens !

Quant au problème des soi-disant trafics de drogue dans les quartiers, c’est pas compliqué, si on veut les faire disparaître, il n’y a qu’à légaliser la drogue, ou au moins tous les dérivés du cannabis, puisque le hachis est objectivement moins dangereux que l’alcool… On pourrait même en faire un monopole d’état et ça renflouerait les finances publiques… Mais on ne veut pas le faire parce qu’avec le nouveau système de statistiques, la police à intérêt à ce que le trafic de drogue continue. Pour les flics, la garde-à-vue d’un fumeur de joint, ça compte autant que le démantèlement d’une grosse filière de drogue. Alors ils font chier les jeunes au lieu de s’attaquer vraiment aux trafiquants. De toute façon les flics aujourd’hui ne servent plus à rien… C’est pas eux qui vont te protéger dans la rue parce qu’ils sont juste là pour taper sur les grévistes, les manifestants et les chômeurs et pour protéger les cortèges présidentiels.
Quand tu vois toute cette merde, tu te dis que c’est normal que les jeunes des banlieues trafiquent… Ils seraient bien cons de ne pas le faire quand on voit que les vrais voleurs sont ceux qui nous gouvernent et nous exploitent !!!!

Du coup voilà ce qu’il faut faire :

- Ne plus jamais voter pour Sarkozy et l’UMP ni pour la droite en général (je rappelle pour ceux qui seraient tentés par le FN que Le Pen est un milliardaire qui donnerait encore plus aux patrons avec son programme économique ultra-libéral), ni pour tous les partis, gauche y compris, qui reprennent leurs thèmes, leurs magouilles, leurs mensonges et leurs combines.

- Ne plus regarder la télé, faites par les riches pour abrutir les pauvres et les classes moyennes, utiliser d’autres sources d’information et surtout faire marcher son cerveau pour démasquer les mensonges et comprendre qui sont les véritables ennemis.

- Se mobiliser, manifester, pour pas laisser les acquis sociaux se faire démolir par ces salopards, et pour exiger que ces bâtards rendent les richesses et les pouvoirs qu’ils ont volés ! Plus de bouclier fiscal, plus de capitaux à l'étranger ! Contre les délocalisations, on nationalise (ou mieux on redonne les entreprises aux travailleurs) et puis c'est marre !

- Dénoncer les vrais abus, convaincre les gens autour de soit, leur ouvrir les yeux.

On dit que Sarkozy a été élu, mais Hitler aussi… Maintenant y’en a marre, qu’il se casse, lui et tous ses semblables de la politique ou du MEDEF !!!



2) Sur « l’horreur » de l’abattage halal

A) Le document adressé : Un mail intitulé « Hallal » et dont le contenu est le suivant :

Petit rappel à l'attention de ceux qui n'ont toujours rien compris à la signification réelle du hallal !

• Acheter de la viande hallal, c'est condamner un animal à être égorgé vivant sans étourdissement préalable, et à assister pleinement conscient à sa propre agonie en se vidant progressivement de son sang.
• Acheter hallal, c'est également verser une taxe aux instances musulmanes, c'est donc contribuer à la construction de nouvelles mosquées.
Mais le hallal, c'est plus encore que ça !

• Lapider l'adultère, c'est hallal...
• Frapper sa femme, c'est hallal...
• Tuer l'apostat, l'homosexuel et l'athée qui ne se convertit pas, c'est hallal...

Le hallal, ce n'est pas juste un coup de tampon sur un produit, c'est la conformation à la charia.
Acheter ou vendre du hallal, c'est collaborer activement au processus d'islamisation de notre société.

REFUSEZ DE COLLABORER.....en seulement 5 MINUTES lors de vos achats AU SUPERMARCHE...

Lors de vos passages au supermarché, vous avez certainement remarqué la prolifération des produits hallal et/ou des rayons hallal !
Les musulmans ne veulent pas vivre comme nous ?... c'est tant mieux !...
Pourquoi ? allez-vous me dire !...
C'est simple, l'idée m'est venue de me servir des "prescriptions du coran" dans le but de dissuader ses adeptes à continuer à faire leurs courses dans nos supermarchés. Et par conséquence, ces mêmes supermarchés se verront dans l'obligation de supprimer ces fameux produits hallal puisse qu'ils ne seront plus rentables...
Comment ? C'est tout simple !...
En "contaminant" leurs produits !...
Savez-vous qu'un produit hallal ne doit en aucun cas être en contact avec un produit NON hallal sous peine de devenir impropre à la consommation ?
Et ça marche !... J'ai vu une "moussmée" s'éloigner en courant lorsqu'elle s'était aperçue du produit non hallal qu'elle venait de mettre dans son chariot. Vous vous rendez compte !... Tout son chariot était contaminé par la seule présence d'un produit "impur".

Alors agissons !...
En sachant que l'on ne peut pas se faire engueuler lorsque l'on ne repose pas un article à sa place d'origine dans un présentoir; Pourquoi ne pas se délester, dans le rayon hallal, du saucisson pur porc ou des tranches de jambon, pris au rayon charcuterie, et dont, après réflexion " ;=) " nous ne voulons plus ?... Le meilleur plan, c'est le rôti de porc cuit mélangé avec les rôtis de dinde ou les blancs de poulet. Vous avez aussi toutes les viandes (genre escalopes) mélangées à du mouton...
Action plus sournoise... Prévoyez d'avoir l'ongle bien affûté et faites disparaître au préalable le mot "porc" de l'étiquette. En effet, seul le code barre lu en caisse dévoilera la présence du produit "impur". Et c'est seulement là que l'acheteur s'apercevra que tout son chariot est impropre à "sa" consommation...
En agissant ainsi, nous contribuerons tous (à notre niveau) à marquer notre réprobation à la collaboration de nos supermarchés.
Je commence demain et je sens que je vais bien me marrer !

B) La réponse proposée :

Comme il est dit ici :

« Tel qu’il m’a été décrit par des gens insoupçonnables de racisme, l’abattage hallal est à mes yeux une horreur, tout comme d’ailleurs l’abattage cacher mais je ne suis pas bien sûr que l’abattage laïque soit plus sympathique : c’est l’ensemble de l’industrialisation du vivant, et en particulier de l’élevage qui doit être remis en question, pour préserver notre santé et aussi parce qu’aimer les bêtes paraît chaque jour un peu plus une condition minimale pour arriver à aimer les humains. En tout cas, sur ce terrain-là comme sur tant d’autres (voile et burqa, laïcité), le procédé consistant à prendre dans une culture un aspect discutable ou détestable, mais extrêmement minoritaire ou juste parfois encombrant mais très secondaire, pour en faire le signe de la barbarie essentielle d’une large fraction des classes populaires, ce procédé n’a pas fini de faire des dégâts. »

Ainsi donc, il ne s’agit pas de se « servir des "prescriptions du coran" dans le but de dissuader ses adeptes de continuer à faire leurs courses dans nos supermarchés » mais plutôt de se servir de notre propre intelligence pour renoncer nous-mêmes à faire nos courses dans les supermarchés.

Ces supermarchés ne sont d’ailleurs pas « les nôtres » mais appartiennent à quelques capitalistes qui ruinent les paysans en s’enrichissant sur leur dos et en nous vendant leurs produits 5 fois plus chers qu’ils ne les ont achetés.

La véritable aliénation concerne aussi bien les catholiques que les musulmans, c’est celle de la société spectaculaire marchande, qui nous refourgue ses merdes à grand renfort de publicité, produits inutiles et polluants qu’il faut continuer de produire pour faire marcher la machine économique qui nous mènera tous à la catastrophe écologique.

Quant à la bouffe, qu’elle soit halal ou haram, c’est en fait la même merde issue de l’industrie agro-alimentaire et de l’agriculture productiviste : un concentré de pesticides, d’hormones, de produits chimiques divers et d’organismes génétiquement modifiés…

Bon appétit !



3) Sur la supposée perversité des musulmans :

A) Le document adressé : mail intitulé « Scandaleux Islamistes» et dont le contenu, illustré de photos, est le suivant :

29 Août 2009 (GAZA)
Incroyable que de telles choses se produisent, encore, au 21ème siècle.
John LENNON voyait juste lorsqu'il a écrit cette phrase contre les religions dans sa chanson "IMAGINE"…
Un événement de gala s'est déroulé à Gaza. Le Hamas a parrainé le mariage de 450 couples.
La majorité des fiancés étaient âgés de 25 à 30 ans et la majorité des petites fiancées avaient MOINS DE 12 ANS.
Le monde ignore que les plus répugnantes affaires d'abus sexuels sur des enfants, tortures et sodomisations sont commis dans les tréfonds de Gaza.
Les mariages des pédophiles du Hamas s'organisent avec des enfants d'à peine 4 ans, ceci avec l'autorisation de la loi islamique.
Cette information a été dévoilée par Phd Paul L.Williams, publiée et traduite au Brésil.
De grands dignitaires musulmans, comme Mahmud Zahar, un leader du Hamas ont personnellement félicité les couples au cours de cette cérémonie très soigneusement planifiée.
" Nous sommes heureux de dire à l'Amérique qu'elle ne peut nier votre joie " s'est exprimé Zahar envers les fiancés tous vêtus, pour l'occasion, du même costume sombre.
Chaque fiancé a reçu en cadeau du Hamas, la somme de 500 dollars.
Les fillettes en pré-purberté toutes vêtues de blanc et maquillées de façon excessive, ont, elles, reçu un bouquet de mariée.
" Nous offrons ce mariage comme cadeau pour notre peuple qui fait face au siège et à la guerre" a commenté l'homme fort du Hamas, Ibrahim Salaf. Les photos de cette cérémonie de mariages relatent cette sordide histoire".
Le Centre International de Recherches des Femmes estiment qu'il existe 51 millions de "fillettes fiancées" dans le monde, pour la plupart en pays musulmans.
30% de ces petites fiancées sont battues par leur mari.

Tous les ans, 3 millions de ces fillettes musulmanes sont soumises à des mutilations.

La pratique de cette pédophilie reçoit l'appui de l'Islam radical.
De plus, le plus connu de tous ces musulmans, l'Ayatolah Khomeini a défendu avec des discours horripilants ces pratiques de pédophilie :
Un homme peut obtenir un plaisir sexuel d'une jeune enfant et même d'un bébé. En revanche, il ne peut la pénétrer mais… la sodomiser : SANS PROBLÈME.
Ceci n'est malheureusement pas assez relaté et le MONDE se tait ou ne veut pas voir. Pire encore, on ne veut pas qu'IL SACHE.> À présent vous êtes au courant... !

B) La réponse proposée :

Il s'agit très probablement d'un Hoax, aucun internaute n'ayant pu sourcer les infos. Les petites filles semblent être les représentantes des mariées. Au delà :

1) Dans l'entre-deux guerres, on colportait le même genre de mensonges sur les juifs (soi-disant, ils mangeaient les bébés), dans le but de préparer l'opinion à leur extermination. Propager ce genre d'infos non vérifiées est non seulement répugnant mais me parait assez grave. Cela pourrait conduire à être considéré comme complice des futurs crimes qui se préparent peut-être.

2) Evidemment, l'intolérance et le fanatisme religieux ça existe, chez les musulmans, comme chez les chrétiens et les juifs. Les abus sexuels aussi : voir les affaires de pédophilie, bien réelles celles-là, chez les prêtres catholiques. Je suppose que ceux qui propagent ce genre de rumeurs sur les musulmans veulent précisément faire oublier les crimes perpétrés par des catholiques dans ce domaine.

3) Enfin, sur le peuple gazaoui, rappelons que du fait de l'occupation israélienne, c’est une des populations les plus pauvres de la planète qui meurt à petit feu dans une prison à ciel ouvert (la bande de Gaza est la nation la plus densément peuplée de la planète). Le sort qui leur est réservé est inadmissible : Solidarité avec le peuple gazaoui, à bas l’oppression d’où qu’elle vienne !



4) Sur le prix de l’essence :

A) Le document adressé : un power intitulé « Le prix de l’essence» et dont le contenu est le suivant :

Bonjour à tous,
On entend dire que le prix de l'essence grimpera à environ 1,70€ le litre d'ici l'été.
Voulez-vous que le prix de l'essence baisse ? C’EST POSSIBLE !
Nous devons agir MAINTENANT et intelligemment. L'an passé quelques propositions ont été lancées: « N'achetez pas d'essence une certaine journée » par exemple ! Les compagnies pétrolières ont ri, car elles savaient que l’essence que nous n’achetions pas le lundi nous l’achèterions le mardi. C'était un inconvénient pour eux, mais pas un problème. Quelqu’un a pensé à un plan qui peut fonctionner SI ON LE VEUT VRAIMENT.

Lisez ce qui suit et joignez-vous à nous pour le mettre en action !
L’essence se vend présentement 1,25€ le litre pour le super sans plomb en France.
Nous savons tous que nous nous faisons avoir par les compagnies pétrolières. Rappelez-vous, lorsqu‘elles ont fait grimper l'essence à près d'un Euro. Elles disaient qu'il y aurait un manque de pétrole. Eh bien, il n'y a plus de manque de pétrole maintenant et le pétrole est plus abondant en ce moment qu'il y a 35 ans lorsque le prix du litre était à 0,20€. Nous devons agir agressivement et leur montrer que ce sont les acheteurs qui contrôlent la bourse et non les pétrolières. La seule façon de voir les prix de l'essence baisser, est de frapper là ou ça fait mal : leur portefeuille !

NOUS POUVONS LE FAIRE !
COMMENT ?
Comme nous avons tous besoins de nos véhicules, nous ne pouvons évidemment pas nous priver d’essence. Mais, nous pouvons avoir un impact important sur le prix de l’essence SI NOUS AGISSONS ENSEMBLE pour enclencher une GUERRE DES PRIX !!!
Je propose cette idée : Pour le reste de l’année, N’ACHETONS PLUS D’ESSENCE des deux plus grosses compagnies TOTAL, et SHELL.
Pensez-y un instant !

Si les deux pétrolières majeures ne vendent plus d’essence, elles devront inévitablement baisser leur prix et cela déclenchera immédiatement la guerre des prix souhaitée. Mais, pour obtenir l’impact voulu, nous devons atteindre des millions d’acheteurs de TOTAL et de SHELL.

Voici comment nous devons procéder !

J’envoie ce courriel à une trentaine de personnes. Si chacune de ces personnes l’envoie à 10 autres, nous avons déjà atteint 300 personnes. Ces 300 l’envoient à 3 000 personnes… Le prochain envoi atteindra 3 MILLIONS de gens et à l’envoi suivant… Vous voyez ce que je veux dire… Si chacun de vous fait suivre ce message à 10 personnes, dans la journée qui suit, nous serons 300 MILLIONS de personnes à faire la guerre aux pétrolières en environ 8 JOURS ! Croyez-vous vraiment qu’elles auront le choix ?
OUI, NOUS POUVONS GAGNER MAIS…
Il est absolument INDISPENSABLE de continuer à acheter notre essence AILLEURS que chez TOTAL, et SHELL jusqu’à ce que nous atteignons notre objectif et, SURTOUT, DE FAIRE SUIVRE CE MESSAGE. Pouvons-nous compter sur vous…?

B) La réponse proposée :

Puisqu’on nous propose d’agir collectivement, je propose qu’on agisse pour ne plus consommer d’essence en ne roulant plus du tout en bagnole :

- Pour le bien être de nos petits poumons

- Pour éviter les dérèglements climatiques et les vilaines tempêtes

- Pour laisser à nos enfants un peu de pétrole au cas où…

Je propose aussi qu’on arrête de travailler (comme ça plus besoin de bagnole) pour produire des biens inutiles et/ou polluants ou pour accomplir des jobs administratifs dont on pourrait se passer mais qui nous payent le bifteck.

Au lieu de ça on pourrait agir collectivement pour décider des biens dont nous avons vraiment besoins (logement, nourriture, transports, production d’énergie, etc…) et pour les produire nous-mêmes, selon nos envies, en mettant en commun toutes nos compétences et en travaillant au rythme que nous avons décidé.

Quand nous n’aurons plus rien à vendre ou à acheter, nous pourrons enfin décider des richesses que nous produirons et tout ce qui nous sera cher n’aura réellement plus de prix. Quand nous ne serons plus à vendre, à engager, à licencier, nous pourrons vraiment nous parler, nous pourrons vraiment nous aimer, sans psychologues, sans sexologues, sans patrons, sans notaires, sans flics, sans juges, sans contrôleurs, sans congés, sans loisirs, sans temps libre, sans vacances, nous pourrons enfin vivre.

Voilà un message qu’il me semble plus important de faire suivre que cette bêtise sur le pétrole !

(on remarquera la référence à une chanson de René Binamé "Où l'on apprend que l'on a tout à gagner"...)



5) Sur « L’histoire de l’imam Bouziane »

A) Le document adressé : un mail intitulé « L’histoire de l’imam Bouziane » et dont le contenu est le suivant :

Monsieur l’imam Bouziane ne travaille pas étant un homme sage du culte musulman. A lire jusqu‘à la fin, ça vaut le coup.
L’imane Bouziane polygame a déclaré en 1993 à la Préfecture sa seconde épouse. La Préfecture a accepté que sa deuxième femme le rejoigne en France sans lui délivrer de carte de résidence. Les enfants nés de la seconde épouse sont Français.
Du coup même, elle n'a pas de papiers et ne peut pas être expulsée. L’imane Bouziane a aujourd’hui 16 enfants,8 de chaque femme.
1) La deuxième épouse n'en est pas une. Elle est considérée par la C.A.F. comme un "parent isolé". Elle touche donc l'A.P.I. qui s'élève à 707,19 € pour un parent seul avec 1 enfant auquel on ajoute 176,80 € par enfant supplémentaire => (7 x 176,80 en plus). Soit un total de 1.944,79 €.
2) Toujours pour ses 8 enfants elle touche chaque mois 978,08 € d'allocations familiales.
3) elle a 2 enfants de moins de trois ans elle a donc droit à l'A.P.J.E. 161,66 € x 2 soit 323,32 €.
4) Comme parent isolé = allocation logement 305 €.
5) Avec 8 enfants elle ne travaille pas, d'autant que son mari en bon musulman approuve sans doute que la femme musulmane "n'a pas le droit de travailler avec des hommes parce qu'elle pourrait être tentée par l'adultère ..."
RMI pour une personne seule :
417,88 € + 167,15 € / enfant soit au total 1.755,08 €. 6). Elle a 4 enfants en âge d’être scolarisés : Allocation de rentrée scolaire => 257,61 € X 4 = 1.030,44 € soit un montant mensuel de 85,87 €. Au total Mme Bouziane n°2 touche 5.296,14 € / mois.

Mr et Mme Bouziane n°1 :
Avec leurs 8 enfants touchent 978,08 € d'allocations familiales tous les mois + 2 allocations pour jeune enfant 323,32 € + allocation logement 305 € + le RMI pour un couple (626,82 €) + 8 enfants (1337,20 €) => soit 1.964,02 € + allocation de rentrée scolaire pour 4 enfants => 85,87 €. Au total Mr et Mme Bouziane n°1 touchent 3.651,29 € / mois. AU TOTAL : 8.947,43 € / mois.

Méditez, pestez, hurlez, ... Mais surtout continuez à bosser dur, car il faut payer !!!

Bon courage !
Faites suivre ce message, que les contribuables de la France entière le sachent, car lui, il ne paye pas d'impôts !

B) La réponse proposée :

Mais si l'on compte bien, ça fait 8 947 euros à diviser par 18 personnes, soit un peu plus de 497 euros par personnes. 497 euros par personnes et par mois... Et ben c'est pas beaucoup par rapport aux salopards de la finances qui touchent 10 000 fois plus, par rapport aux politicards qui palpent gros et qui se préparent des retraites en or avec le cumul des mandats alors qu'ils disent aux salariés de se serrer la ceinture.

Le fait d'être musulman ne change rien à l'affaire.

La religion, qu'elle soit juive, chrétienne ou musulmane est un mensonge qui a pour but d'asservir les peuples et de leur faire oublier l’oppression et la spoliation dont les grands possédants les rendent victimes.

Mais dans ce cas, la référence à l’appartenance religieuse est tout simplement hors sujet et n’est qu’une manœuvre destinée à jeter l’opprobre sur une communauté et faire oublier qui sont les véritables responsables de la crise économique.



6) Enfin, sur « le péril musulman »

A) Documents adressés :

Un mail qui indique :

« S'il n'est pas rare de voir des jeunes d'origine maghrébine arborer des tee-shirts à l'effigie de l'Algérie, Maroc ou Tunisie, voila un nouveau style dont chacun en jugera le goût plus ou moins douteux, une ligne de tee-shirt représentant la carte de France sur fond de drapeau algérien, aucune association n'a l'air de s'émouvoir du message provocateur et raciste porté par cette ligne vestimentaire. »

Et un autre plus long sur les pharmacies et qui annonce :

Comme disait le général de GAULLE « Les français sont des BOEUFS qu' on mène à l'ABATTOIR. »
Folie pure ! C'est nouveau ! Le retour des Sarassins.
MEME LA FORME DE LA CROIX SUR LES ENSEIGNES PHARMACEUTIQUES COMMENCENT À LES DÉRANGER !!!!
ET QUOI ENCORE ???

« Les pharmacies parisiennes bientôt obligées de décrocher leur enseigne en forme de croix ?
PARIS (NOVOpress) -

Une association maghrébine parisienne,Paris-Beurs-Cités, a adressé il y a une dizaine de jours une lettre à la mairie de Paris afin de demander que soient « progressivement supprimées des devantures des pharmacies les enseignes en forme de croix ».
La conseillère technique du Cabinet de Bertrand Delanoë en charge des cultes, Ilda Vrospinos, a officiellement répondu que la demande allait être «examinée avec la plus extrême attention ».

L'association, qui se présente pourtant comme « non confessionnelle » et entend « regrouper les jeunes Français issus de l'immigration maghrébine afin de les aider à trouver leur place dans une société encore largement discriminatoire » explique sa démarche par le fait que « ce symbole religieux ostentatoire, vestige d'une époque révolue où la religion catholique était omniprésente dans notre pays » est susceptible de «heurter la susceptibilité des croyants non chrétiens, mais aussi des personnes non ou antireligieuses » et « contrevient gravement au principe républicain de laïcité ».

« Alors que la crise économique accroît les risques d'affrontements intercommunautaires, ces enseignes à forte connotation religieuse pourraient être ressenties par certains comme une forme de discrimination, voire comme une provocation », poursuit Paris-Beurs-Cités.

La demande pourrait bien aboutir si l'on en croit la réponse officielle de Mme Vrospinos, qui affirme dans la lettre qu'elle a adressée à l'association « comprendre pleinement [ses] préoccupations ».
La conseillère indique qu'elle va « soumettre [sa] demande à Bertrand Delanoë qui, n'en doutez pas va l'examiner avec la plus extrême attention ».
La conseillère technique précise également que le maire de Paris « qui a fait du "vivre ensemble" l'un des fondements de son engagement », « est très attentif à la bonne entente entre communautés » et qu'il est « pleinement conscient du caractère néfaste de certains anachronismes ».

Une dernière phrase lourde de menaces.
À diffuser largement !!!
Bientôt on ne pourra plus se servir du signe " + ", il faudra peut-être employer simplement le mot "plus".
Sommes-nous devenus fous ???

B) La réponse proposée

A ce stade, je propose d’envoyer l’intégralité de « Notes sur la "question des immigrés" » de Guy Debord, repris ci-dessous, ou ici, sous la forme d’un pdf.

« Notes sur la "question des immigrés" »

Tout est faux dans la « question des immigrés », exactement comme dans toute question ouvertement posée dans la société actuelle ; et pour les mêmes motifs : l'économie - c'est-à-dire l'illusion pseudo-économique - l'a apportée, et le spectacle l'a traitée.

On ne discute que de sottises. Faut-il garder ou éliminer les immigrés ? (Naturellement, le véritable immigré n'est pas l'habitant permanent d'origine étrangère, mais celui qui est perçu et se perçoit comme différent et destiné à le rester. Beaucoup d'immigrés ou leurs enfants ont la nationalité française ; beaucoup de Polonais ou d'Espagnols se sont finalement perdus dans la masse d'une population française qui était autre. Comme les déchets de l'industrie atomique ou le pétrole dans l'Océan - et là on définit moins vite et moins « scientifiquement » les seuils d'intolérance - les immigrés, produits de la même gestion du capitalisme moderne, resteront pour des siècles, des millénaires, toujours. Ils resteront parce qu'il était beaucoup plus facile d'éliminer les Juifs d'Allemagne au temps d'Hitler que les maghrébins, et autres, d'ici à présent : car il n'existe en France ni un parti nazi ni le mythe d'une race autochtone !

Faut-il donc les assimiler ou « respecter les diversités culturelles » ? Inepte faux choix. Nous ne pouvons plus assimiler personne : ni la jeunesse, ni les travailleurs français, ni même les provinciaux ou vieilles minorités ethniques (Corses, Bretons, etc.) car Paris, ville détruite, a perdu son rôle historique qui était de faire des Français. Qu'est-ce qu'un centralisme sans capitale ? Le camp de concentration n'a créé aucun Allemand parmi les Européens déportés. La diffusion du spectacle concentré ne peut uniformiser que des spectateurs. On se gargarise, en langage simplement publicitaire, de la riche expression de « diversités culturelles ». Quelles cultures ? Il n'y en a plus. Ni chrétienne ni musulmane ; ni socialiste ni scientiste. Ne parlez pas des absents. Il n'y a plus, à regarder un seul instant la vérité et l'évidence, que la dégradation spectaculaire-mondiale (américaine) de toute culture.

Ce n'est surtout pas en votant que l'on s'assimile. Démonstration historique que le vote n'est rien, même pour les Français, qui sont électeurs et ne sont plus rien (1 parti = 1 autre parti ; un engagement électoral = son contraire ; et plus récemment un programme - dont tous savent bien qu'il ne sera pas tenu - a d'ailleurs enfin cessé d'être décevant, depuis qu'il n'envisage jamais plus aucun problème important. Qui a voté sur la disparition du pain ?). On avouait récemment ce chiffre révélateur (et sans doute manipulé en baisse) : 25 % des « citoyens » de la tranche d'âge 18-25 ans ne sont pas inscrits sur les listes électorales, par simple dégoût. Les abstentionnistes sont d'autres, qui s'y ajoutent.

Certains mettent en avant le critère de « parler français ». Risible. Les Français actuels le parlent-ils ? Est-ce du français que parlent les analphabètes d'aujourd'hui, ou Fabius (« Bonjour les dégâts ! ») ou Françoise Castro (« Ça t'habite ou ça t'effleure ? »), ou B.-H. Lévy ? Ne va-t-on pas clairement, même s'il n'y avait aucun immigré, vers la perte de tout langage articulé et de tout raisonnement ?

Quelles chansons écoute la jeunesse présente ? Quelles sectes infiniment plus ridicules que l'islam ou le catholicisme ont conquis facilement une emprise sur une certaine fraction des idiots instruits contemporains (Moon, etc.) ? Sans faire mention des autistes ou débiles profonds que de telles sectes ne recrutent pas parce qu'il n'y a pas d'intérêt économique dans l'exploitation de ce bétail : on le laisse donc en charge aux pouvoirs publics.

Nous nous sommes faits américains. Il est normal que nous trouvions ici tous les misérables problèmes des USA, de la drogue à la Mafia, du fast-food à la prolifération des ethnies. Par exemple, l'Italie et l'Espagne, américanisées en surface et même à une assez grande profondeur, ne sont pas mélangées ethniquement. En ce sens, elles restent plus largement européennes (comme l'AIgérie est nord-africaine). Nous avons ici les ennuis de l'Amérique sans en avoir la force. Il n'est pas sûr que le melting-pot américain fonctionne encore longtemps (par exemple avec les Chicanos qui ont une autre langue). Mais il est tout à fait sûr qu'il ne peut pas un moment fonctionner ici. Parce que c'est aux USA qu'est le centre de la fabrication du mode de vie actuel, le cour du spectacle qui étend ses pulsations jusqu'à Moscou ou à Pékin ; et qui en tout cas ne peut laisser aucune indépendance à ses sous-traitants locaux (la compréhension de ceci montre malheureusement un assujettissement beaucoup moins superficiel que celui que voudraient détruire ou modérer les critiques habituels de « l'impérialisme »). Ici, nous ne sommes plus rien : des colonisés qui n'ont pas su se révolter, les béni oui-oui de l'aliénation spectaculaire. Quelle prétention, envisageant la proliférante présence des immigrés de toutes couleurs, retrouvons-nous tout à coup en France, comme si l'on nous volait quelque chose qui serait encore à nous ? Et quoi donc ? Que croyons-nous, ou plutôt que faisons nous encore semblant de croire ? C'est une fierté pour leurs rares jours de fête, quand les purs esclaves s'indignent que des métèques menacent leur indépendance !

Le risque d'apartheid ? Il est bien réel. II est plus qu'un risque, il est une fatalité déjà là (avec sa logique des ghettos, des affrontements raciaux, et un jour des bains de sang). Une société qui se décompose entièrement est évidemment moins apte à accueillir sans trop de heurts une grande quantité d'immigrés que pouvait l'être une société cohérente et relativement heureuse. On a déjà fait observer en 1973 cette frappante adéquation entre l'évolution de la technique et l'évolution des mentalités : « L'environnement, qui est reconstruit toujours plus hâtivement pour le contrôle répressif et le profit, en même temps devient plus fragile et incite davantage au vandalisme. Le capitalisme à son stade spectaculaire rebâtit tout en toc et produit des incendiaires. Ainsi son décor devient partout inflammable comme un collège de France. » Avec la présence des immigrés (qui a déjà servi à certains syndicalistes susceptibles de dénoncer comme « guerres de religions » certaines grèves ouvrières qu'ils n'avaient pu contrôler), on peut être assurés que les pouvoirs existants vont favoriser le développement en grandeur réelle des petites expériences d'affrontements que nous avons vu mises en scène à travers des « terroristes » réels ou faux, ou des supporters d'équipes de football rivales (pas seulement des supporters anglais).

Mais on comprend bien pourquoi tous les responsables politiques (y compris les leaders du Front national) s'emploient à minimiser la gravité du « problème immigré ». Tout ce qu'ils veulent tous conserver leur interdit de regarder un seul problème en face, et dans son véritable contexte. Les uns feignent de croire que ce n'est qu'une affaire de « bonne volonté anti-raciste » à imposer, et les autres qu'il s'agit de faire reconnaître les droits modérés d'une « juste xénophobie ». Et tous collaborent pour considérer cette question comme si elle était la plus brûlante, presque la seule, parmi tous les effrayants problèmes qu'une société ne surmontera pas. Le ghetto du nouvel apartheid spectaculaire (pas la version locale, folklorique, d'Afrique du Sud), il est déjà là, dans la France actuelle : l'immense majorité de la population y est enfermée et abrutie ; et tout se serait passé de même s'il n'y avait pas eu un seul immigré. Qui a décidé de construire Sarcelles et les Minguettes, de détruire Paris ou Lyon ? On ne peut certes pas dire qu'aucun immigré n'a participé à cet infâme travail. Mais ils n'ont fait qu'exécuter strictement les ordres qu'on leur donnait : c'est le malheur habituel du salariat.

Combien y a-t-il d'étrangers de fait en France ? (Et pas seulement par le statut juridique, la couleur, le faciès.) Il est évident qu'il y en a tellement qu'il faudrait plutôt se demander : combien reste-t-il de Français et où sont-ils ? (Et qu'est-ce qui caractérise maintenant un Français ?) Comment resterait-il, bientôt, de Français ? On sait que la natalité baisse. N'est-ce pas normal ? Les Français ne peuvent plus supporter leurs enfants. Ils les envoient à l'école dès trois ans, et au moins jusqu'à seize, pour apprendre l'analphabétisme. Et avant qu'ils aient trois ans, de plus en plus nombreux sont ceux qui les trouvent « insupportables » et les frappent plus ou moins violemment. Les enfants sont encore aimés en Espagne, en Italie, en Algérie, chez les Gitans. Pas souvent en France à présent. Ni le logement ni la ville ne sont plus faits pour les enfants (d'où la cynique publicité des urbanistes gouvernementaux sur le thème « ouvrir la ville aux enfants »). D'autre part, la contraception est répandue, l'avortement est libre. Presque tous les enfants, aujourd'hui, en France, ont été voulus.

Mais non librement ! L'électeur-consommateur ne sait pas ce qu'il veut. Il « choisit » quelque chose qu'il n'aime pas. Sa structure mentale n'a plus cette cohérence de se souvenir qu'il a voulu quelque chose, quand il se retrouve déçu par l'expérience de cette chose même.

Dans le spectacle, une société de classes a voulu, très systématiquement, éliminer l'histoire. Et maintenant on prétend regretter ce seul résultat particulier de la présence de tant d'immigrés, parce que la France « disparaît » ainsi ? Comique. Elle disparaît pour bien d'autres causes et, plus ou moins rapidement, sur presque tous les terrains.

Les immigrés ont le plus beau droit pour vivre en France. Ils sont les représentants de la dépossession ; et la dépossession est chez elle en France, tant elle y est majoritaire et presque universelle. Les immigrés ont perdu leur culture et leurs pays, très notoirement, sans pouvoir en trouver d'autres. Et les Français sont dans le même cas, et à peine plus secrètement.

Avec l'égalisation de toute la planète dans la misère d'un environnement nouveau et d'une intelligence purement mensongère de tout, les Français qui ont accepté cela sans beaucoup de révolte (sauf en 1968) sont malvenus à dire qu'ils ne se sentent plus chez eux à cause des immigrés !

Ils ont tout lieu de ne plus se sentir chez eux, c'est très vrai. C'est parce qu'il n'y a plus personne d'autre, dans cet horrible nouveau monde de l'aliénation, que des immigrés.

Il vivra des gens sur la surface de la terre, et ici même, quand la France aura disparu. Le mélange ethnique qui dominera est imprévisible, comme leurs cultures, leurs langues mêmes. On peut affirmer que la question centrale, profondément qualitative, sera celle-ci : ces peuples futurs auront-ils dominé, par une pratique émancipée, la technique présente, qui est globalement celle du simulacre et de la dépossession ? Ou, au contraire, seront-ils dominés par elle d'une manière encore plus hiérarchique et esclavagiste qu'aujourd'hui ? Il faut envisager le pire, et combattre pour le meilleur. La France est assurément regrettable. Mais les regrets sont vains.

Guy Debord 1985

L’Ex-Desperado, mai 2010

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24) Coordination nationale pour l'abrogation de la réforme des retraites

7 mai 2010

APPEL VISANT À LA CRÉATION D’UNE COORDINATION NATIONALE POUR L’ABROGATION DE LA RÉFORME DES RETRAITES

Ce texte rassemble quelques idées rapidement mises en forme et relatives la création d’une coordination nationale pour l’abrogation de la réforme des retraites. Il sera vraisemblablement corrigé et complété dans les prochains jours. Il n’appartient cependant à personne et ses arguments peuvent d’ors et déjà être utilisés par tous ceux qui sont séduits par cette initiative et qui ont les moyens de lui donner une suite concrète.

Clique ici pour télécharger la version pdf du texte...

1) La signification de la réforme

La réforme des retraites actuellement entreprise par le gouvernement français, doit s’interpréter comme une nouvelle offensive de la dictature économique contre la liberté et le bonheur du plus grand nombre.
Elle vise à mettre au pas la population française en l’obligeant à travailler plus et plus longtemps, tout en détruisant les mécanismes de solidarité qui, depuis un peu plus de 60 ans, ont rendu supportable l’exploitation salariée.
Elle s’inscrit dans un contexte européen de rigueur imposée, qui marque définitivement la primauté de l’intérêt des actionnaires et des financiers sur l’intérêt des peuples.
Le discours mensonger élaboré par l’oligarchie au pouvoir et par les principaux médias qui lui sont inféodés, présente la réforme comme inéluctable. Pourtant le simple retour au partage de la richesse nationale, tel qu’il s’effectuait au début des années 80, entre d’un coté les profits et de l’autre les salaires et les diverses prestations sociales, permettrait de dégager chaque année un excédent de plus de 100 milliards d’euros… De quoi combler 10 fois le déficit annuel des régimes de retraite tout en ouvrant de nouveaux droits !
Les journalistes, aux ordres d’un pouvoir économique qui s’est définitivement aliéné le pouvoir politique, abandonnent d’ailleurs assez rapidement leur médiocre argumentation sur l’ampleur des déficits (après tout, des pertes bancaires beaucoup plus importantes ont été effacées) pour finalement révéler que la réforme est indispensable afin de rassurer les marchés financiers et d’éviter que les agences de notation ne dégradent la note de la France comme elles ont auparavant dégradé la note de la Grèce et de l’Espagne.
Une hallucinante interview de l’ultra-libéral Charles Gave par Antoine Verlin, diffusée sur France-info le 1er juillet 2010 confirme cette analyse.

Démarre le lecteur pour écouter l'interview de Charles Gave sur France-Info.
N'hésite pas à cliquer 2 fois sur le bouton "play" pour que ça fonctionne !

Charles Gave ose ainsi affirmer :

« …si maintenant les marchés financiers (prennent le) contrôle des dépenses étatiques, celles-ci vont reculer, ce qui veut dire que la croissance va remonter et qu’à ce moment là, le marché des actions l’entérinera et qu’on aura une superbe hausse des marchés boursiers qui stagnent depuis 10 ans… Donc c’est assez simple, il faut simplement bloquer les dépenses de l’état et déréglementer tous les secteurs qui peuvent amener une certaine croissance. »

Au delà de la protection sociale c’est en effet tout le secteur public qui est visé et qui prochainement sera susceptible d’être « déréglementé », puis bradé, afin qu’une minorité de grands possédants puissent en tirer du profit. Que la plus grande partie de la population en souffre et perde le bénéfice de services auparavant gratuits (santé, retraite, logement, éducation, culture etc…) ne gène pas les instigateurs de ce sinistre plan, car c’est précisément le but qu’ils recherchent. Car alors, pour assurer sa propre survie, le peuple sera davantage soumis à l’exploitation salariée, imposée dans des conditions toujours plus contraignantes par et pour le bénéfice des grands possédants.
C’est donc bien une soumission aggravée au marché qui est réclamée à l’ensemble de la population française et c’est cette soumission qu’il est important de refuser, pour que les puissances de l’argent enhardis par leur victoire, n’encourage leur gouvernement à préparer de nouveaux coups bas.

2) L’insuffisance des actions déjà engagées

Pourtant le front syndical qui s’est formé contre la réforme paraît bien peu soudé et bien peu déterminé.
Après la journée de mobilisation du 27 mai, c’est dans la désunion que les grandes centrales syndicales ont appelé à deux journées de mobilisation, le 15 juin pour FO, et le 24 juin pour les autres centrales.
L’unité semble retrouvée à l’occasion d’une nouvelle journée de mobilisation prévue le 7 septembre. Mais la portée de cette journée et ses incidences prévisibles semblent bien limitées. Le gouvernement minorera le chiffre des manifestants et, aidé par les médias qui lui sont soumis, retournera à son avantage le sens de leur contestation. Il voudra interpréter la mobilisation populaire comme le signe d’une volonté de sauvegarder un système menacé, dont seule sa réforme peut assurer la survie. Puis il attirera l’attention sur d’autres évènements et d’autres thèmes, la montée de l’insécurité, ou n’importe quel vaudeville politico-médiatique. Il comptera sur une nouvelle rupture de l’unité syndicale qui se signalera tôt ou tard, puis sur la lassitude des salariés qui en résultera.
Les riches et leurs alliés, sûr de leur victoire, raillent d’ailleurs par avance la mobilisation. Comme l’affirme Charles Gave dans l’interview citée plus haut :

« Les gens vont défiler dans la rue, vont être très fâchés, ils n’y peuvent rien. Y’a plus d’argent dans la caisse, les étrangers ne veulent plus nous prêter, qu’est-ce que vous voulez qu’ils fassent ? Y’a plus d’argent, y’a plus d’argent. »
(comprenez : il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’état, qui refuse de le prendre aux riches et qui accepte au contraire de les financer, en honorant les charges de sa dette.)

3) La nécessaire coordination nationale

Pourtant, si la « mobilisation » populaire, va au-delà des journées de sages défilés, espacées de mois en mois, si elle débouche sur une grève générale et reconductible, et sur des actions coordonnées de blocages et d’occupations, alors tout pourrait changer.
Mais cette mobilisation qui n’aura dans un premier temps pas d’autre revendication que l’abrogation pure et simple du projet de réforme, devra se mettre à l’abri de toute rupture d’unité et de toute trahison.
C’est la raison pour laquelle elle doit être placée sous la direction d’une coordination nationale pour l’abrogation de la réforme des retraites constituée sur le modèle de la coordination qui a mené la lutte victorieuse contre le CPE.
La coordination nationale rassemblera les syndicats, mais également les partis politiques, les associations, les collectifs et organisations, qui prendront résolument position contre le report de l’âge légal du départ à la retraite.
Elle permettra d’associer à ce front du refus un ensemble de luttes, et tout particulièrement le mouvement des chômeurs et précaires, ou encore le mouvement pour la régularisation des sans-papiers.
Car toutes ces luttes ne constituent en définitive qu’un seul et même combat contre la misère d’un esclavage salarié aggravé et prolongé, contre la soumission croissante aux marchés financiers qui va de pair avec l’abandon de la souveraineté populaire, contre la destruction du bien commun et des mécanismes de solidarité nationale.

4) Les buts affichés de la coordination

4.1 Un premier objectif simple, l’abrogation de la réforme

Dans un premier temps la raison d’être de la coordination nationale sera d’obtenir le retrait pur et simple du projet de loi sur les retraites.
La coordination vivra et mènera ses actions tant que le projet n’aura pas été retiré ou s’il est malheureusement voté, tant qu’il ne sera pas abrogé.
La partie ne sera donc pas terminée lorsque la majorité UMP aura entériné le texte de l’oligarchie financière. Les grèves et les occupations perdureront tant que l’on ne sera pas revenu, au minimum, à un âge légal de départ à la retraite de 60 ans.

4.2 Dans un deuxième temps, des propositions concrètes

Si l’abrogation pure et simple de la réforme sera présentée dans un premier temps comme une exigence non négociable, dans un deuxième temps, la coordination pourra tolérer et même encourager, l’adoption d’une loi sur le financement des retraites qui interdirait de manière mécanique tout déficit des régimes, en ponctionnant les profits autant qu’il est nécessaire.
De même, la coordination pourra proposer et encourager des réformes allant dans le sens d’une amélioration des droits des salariés et d’un assouplissement des conditions de départ à la retraite : nouvelles possibilités de départs anticipés pour carrières longues ou prise en compte de la pénibilité du travail, augmentation du montant des retraites et des pensions de reversion les plus basses, augmentation d’au moins 50% du « minimum retraite » (ASI/ASPA) et assouplissement de ses conditions d’attribution, etc…

4.3 L’émergence d’une démocratie sociale en acte

Ce rôle de proposition pourrait d’ailleurs déboucher sur l’émergence d’une véritable démocratie sociale, qui ne laisse plus aux seuls professionnels de la politique – dont la collusion avec les puissances de l’argent est aujourd’hui si patente – le soin d’exprimer les aspirations populaires.
A cet effet, la coordination pourrait également exiger la restauration pleine et entière du droit de grève et son extension : suppression de tout service minimum et revendication d’un droit à la grève politique comme moyen d’imposer la discussion d’un texte de loi.

4.4 La nécessaire coordination européenne

Enfin, la coordination française pour l’abrogation de la réforme des retraites devra naturellement favoriser l’émergence d’une coordination sociale européenne qui aura pour but de faire contrepoids aux actuelles institutions européennes qui ne représentent manifestement pas les peuples mais seulement le pouvoir financier.
Cette coordination européenne devra obtenir un alignement des prestations sociales dans tous les pays membres, sur les modèles nationaux les plus favorables aux travailleurs.
Elle pourra utilement revendiquer la nationalisation ou pourquoi pas la « socialisation européenne » d’un certain nombre d’activités, le système bancaire et l’énergie notamment et exiger le démantèlement des monopoles médiatiques aux mains du pouvoir économique.

5) Quelques remarques sur l’organisation

Concrètement, la coordination nationale, avant de s’insérer éventuellement dans un ensemble européen, pourra s’appuyer sur des échelons territoriaux fédérant les forces localement disponibles.
Sa première action sera de favoriser et de coordonner la grève générale reconductible qui devra suivre la journée de mobilisation du 7 septembre. Des appels à la grève pourront être distribués à cet effet dans toutes les entreprises et administrations, expliquant les buts immédiats et les moyens d’actions du mouvement ainsi que les formalités à accomplir pour rester autant que possible dans un cadre légal, y compris et surtout dans les entreprises ou les syndicats sont peu ou ne sont pas représentés.
Un site Internet pourrait suivre l’effort d’information et de coordination département par département, le nombre d’entreprises restant à contacter et analyser les réactions des salariés. Il proposerait des modèles d’argumentation adaptés selon les secteurs et donnerait le mode d’emploi des actions à entreprendre localement, manifestations, blocages mais aussi actions d’occupation dirigées contre les banques, le MEDEF, les permanences des partis, la bourse ou encore les centres informatiques de la finance…
La coordination devra également favoriser la constitution de caisses de solidarité regroupées à différents niveaux, dans la perspective d’une grève de longue durée et veiller à favoriser l’assistance juridique des personnes qui seront inévitablement incriminées, tout en comptant dès le départ au nombre de ses revendications l’amnistie générale de tous les délits commis à l’occasion du mouvement.

6) Cohérence du mouvement

Évidemment, la coordination nationale, pour être crédible, devra manifester une certaine cohérence théorique.
Mouvement de résistance dirigée contre la marchandisation du monde et la dictature de l’économie, elle ne devra pas elle-même revendiquer une plus grande marchandisation et une croissance de l’économie.

La coordination devra franchement accepter l’idée d’une récession économique européenne, prélude à une récession économique à l’échelle planétaire. Cette récession économique, absolument indispensable d’un point de vue écologique, est tout aussi souhaitable d’un point de vue humain.
Ce point mérite quelques explications : Jusqu’à présent, les périodes de récession ont coïncidé avec une aggravation de la misère. Ce n’est pourtant pas une fatalité si la récession, c’est à dire concrètement la diminution du Produit Intérieur Brut, s’accompagne d’une redistribution des richesses déjà produites et d’un choix socialement concerté des nouvelles richesses à produire. Dans le domaine du logement, de l’équipement ou de l’énergie par exemple, la dictature du marché interdit la satisfaction de nombreux besoins qui pourraient être facilement comblés, si le travail était réorienté sur ce qui est socialement utile. La constitution de cette nouvelle démocratie productive, devra naturellement s’accompagner d’une relocalisation des activités de production.
Enfin, à plus ou moins longue échéance, il faudra envisager le non remboursement des dettes publiques. La cessation de paiement doit être revendiquée comme une mesure juste et indispensable, car elle est essentiellement une cessation de paiement … aux plus riches ! Mais la nationalisation des secteurs bancaires et financiers pourrait permettre de régler la question par un simple jeu d’écriture. Si le peuple s’empare véritablement de la richesse qui lui revient, il ne peut pas être endetté vis à vis de lui-même !
Le mouvement pour l’abrogation de la réforme des retraites rejoint ainsi le mouvement collectif de réappropriation du monde et de reconquête individuelle du sens même de la vie.

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