Ce texte rassemble quelques idées rapidement mises en forme et relatives la création d’une coordination nationale pour l’abrogation de la réforme des retraites. Il sera vraisemblablement corrigé et complété dans les prochains jours. Il n’appartient cependant à personne et ses arguments peuvent d’ors et déjà être utilisés par tous ceux qui sont séduits par cette initiative et qui ont les moyens de lui donner une suite concrète.
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La réforme des retraites actuellement entreprise par le gouvernement français, doit s’interpréter comme une nouvelle offensive de la dictature économique contre la liberté et le bonheur du plus grand nombre.
Elle vise à mettre au pas la population française en l’obligeant à travailler plus et plus longtemps, tout en détruisant les mécanismes de solidarité qui, depuis un peu plus de 60 ans, ont rendu supportable l’exploitation salariée.
Elle s’inscrit dans un contexte européen de rigueur imposée, qui marque définitivement la primauté de l’intérêt des actionnaires et des financiers sur l’intérêt des peuples.
Le discours mensonger élaboré par l’oligarchie au pouvoir et par les principaux médias qui lui sont inféodés, présente la réforme comme inéluctable. Pourtant le simple retour au partage de la richesse nationale, tel qu’il s’effectuait au début des années 80, entre d’un coté les profits et de l’autre les salaires et les diverses prestations sociales, permettrait de dégager chaque année un excédent de plus de 100 milliards d’euros… De quoi combler 10 fois le déficit annuel des régimes de retraite tout en ouvrant de nouveaux droits !
Les journalistes, aux ordres d’un pouvoir économique qui s’est définitivement aliéné le pouvoir politique, abandonnent d’ailleurs assez rapidement leur médiocre argumentation sur l’ampleur des déficits (après tout, des pertes bancaires beaucoup plus importantes ont été effacées) pour finalement révéler que la réforme est indispensable afin de rassurer les marchés financiers et d’éviter que les agences de notation ne dégradent la note de la France comme elles ont auparavant dégradé la note de la Grèce et de l’Espagne.
Une hallucinante interview de l’ultra-libéral Charles Gave par Antoine Verlin, diffusée sur France-info le 1er juillet 2010 confirme cette analyse.
Charles Gave ose ainsi affirmer :
« …si maintenant les marchés financiers (prennent le) contrôle des dépenses étatiques, celles-ci vont reculer, ce qui veut dire que la croissance va remonter et qu’à ce moment là, le marché des actions l’entérinera et qu’on aura une superbe hausse des marchés boursiers qui stagnent depuis 10 ans… Donc c’est assez simple, il faut simplement bloquer les dépenses de l’état et déréglementer tous les secteurs qui peuvent amener une certaine croissance. »
Au delà de la protection sociale c’est en effet tout le secteur public qui est visé et qui prochainement sera susceptible d’être « déréglementé », puis bradé, afin qu’une minorité de grands possédants puissent en tirer du profit. Que la plus grande partie de la population en souffre et perde le bénéfice de services auparavant gratuits (santé, retraite, logement, éducation, culture etc…) ne gène pas les instigateurs de ce sinistre plan, car c’est précisément le but qu’ils recherchent. Car alors, pour assurer sa propre survie, le peuple sera davantage soumis à l’exploitation salariée, imposée dans des conditions toujours plus contraignantes par et pour le bénéfice des grands possédants.
C’est donc bien une soumission aggravée au marché qui est réclamée à l’ensemble de la population française et c’est cette soumission qu’il est important de refuser, pour que les puissances de l’argent enhardis par leur victoire, n’encourage leur gouvernement à préparer de nouveaux coups bas.
Pourtant le front syndical qui s’est formé contre la réforme paraît bien peu soudé et bien peu déterminé.
Après la journée de mobilisation du 27 mai, c’est dans la désunion que les grandes centrales syndicales ont appelé à deux journées de mobilisation, le 15 juin pour FO, et le 24 juin pour les autres centrales.
L’unité semble retrouvée à l’occasion d’une nouvelle journée de mobilisation prévue le 7 septembre. Mais la portée de cette journée et ses incidences prévisibles semblent bien limitées. Le gouvernement minorera le chiffre des manifestants et, aidé par les médias qui lui sont soumis, retournera à son avantage le sens de leur contestation. Il voudra interpréter la mobilisation populaire comme le signe d’une volonté de sauvegarder un système menacé, dont seule sa réforme peut assurer la survie. Puis il attirera l’attention sur d’autres évènements et d’autres thèmes, la montée de l’insécurité, ou n’importe quel vaudeville politico-médiatique. Il comptera sur une nouvelle rupture de l’unité syndicale qui se signalera tôt ou tard, puis sur la lassitude des salariés qui en résultera.
Les riches et leurs alliés, sûr de leur victoire, raillent d’ailleurs par avance la mobilisation. Comme l’affirme Charles Gave dans l’interview citée plus haut :
« Les gens vont défiler dans la rue, vont être très fâchés, ils n’y peuvent rien. Y’a plus d’argent dans la caisse, les étrangers ne veulent plus nous prêter, qu’est-ce que vous voulez qu’ils fassent ? Y’a plus d’argent, y’a plus d’argent. »
(comprenez : il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’état, qui refuse de le prendre aux riches et qui accepte au contraire de les financer, en honorant les charges de sa dette.)
Pourtant, si la « mobilisation » populaire, va au-delà des journées de sages défilés, espacées de mois en mois, si elle débouche sur une grève générale et reconductible, et sur des actions coordonnées de blocages et d’occupations, alors tout pourrait changer.
Mais cette mobilisation qui n’aura dans un premier temps pas d’autre revendication que l’abrogation pure et simple du projet de réforme, devra se mettre à l’abri de toute rupture d’unité et de toute trahison.
C’est la raison pour laquelle elle doit être placée sous la direction d’une coordination nationale pour l’abrogation de la réforme des retraites constituée sur le modèle de la coordination qui a mené la lutte victorieuse contre le CPE.
La coordination nationale rassemblera les syndicats, mais également les partis politiques, les associations, les collectifs et organisations, qui prendront résolument position contre le report de l’âge légal du départ à la retraite.
Elle permettra d’associer à ce front du refus un ensemble de luttes, et tout particulièrement le mouvement des chômeurs et précaires, ou encore le mouvement pour la régularisation des sans-papiers.
Car toutes ces luttes ne constituent en définitive qu’un seul et même combat contre la misère d’un esclavage salarié aggravé et prolongé, contre la soumission croissante aux marchés financiers qui va de pair avec l’abandon de la souveraineté populaire, contre la destruction du bien commun et des mécanismes de solidarité nationale.
4.1 Un premier objectif simple, l’abrogation de la réforme
Dans un premier temps la raison d’être de la coordination nationale sera d’obtenir le retrait pur et simple du projet de loi sur les retraites.
La coordination vivra et mènera ses actions tant que le projet n’aura pas été retiré ou s’il est malheureusement voté, tant qu’il ne sera pas abrogé.
La partie ne sera donc pas terminée lorsque la majorité UMP aura entériné le texte de l’oligarchie financière. Les grèves et les occupations perdureront tant que l’on ne sera pas revenu, au minimum, à un âge légal de départ à la retraite de 60 ans.
4.2 Dans un deuxième temps, des propositions concrètes
Si l’abrogation pure et simple de la réforme sera présentée dans un premier temps comme une exigence non négociable, dans un deuxième temps, la coordination pourra tolérer et même encourager, l’adoption d’une loi sur le financement des retraites qui interdirait de manière mécanique tout déficit des régimes, en ponctionnant les profits autant qu’il est nécessaire.
De même, la coordination pourra proposer et encourager des réformes allant dans le sens d’une amélioration des droits des salariés et d’un assouplissement des conditions de départ à la retraite : nouvelles possibilités de départs anticipés pour carrières longues ou prise en compte de la pénibilité du travail, augmentation du montant des retraites et des pensions de reversion les plus basses, augmentation d’au moins 50% du « minimum retraite » (ASI/ASPA) et assouplissement de ses conditions d’attribution, etc…
4.3 L’émergence d’une démocratie sociale en acte
Ce rôle de proposition pourrait d’ailleurs déboucher sur l’émergence d’une véritable démocratie sociale, qui ne laisse plus aux seuls professionnels de la politique – dont la collusion avec les puissances de l’argent est aujourd’hui si patente – le soin d’exprimer les aspirations populaires.
A cet effet, la coordination pourrait également exiger la restauration pleine et entière du droit de grève et son extension : suppression de tout service minimum et revendication d’un droit à la grève politique comme moyen d’imposer la discussion d’un texte de loi.
4.4 La nécessaire coordination européenne
Enfin, la coordination française pour l’abrogation de la réforme des retraites devra naturellement favoriser l’émergence d’une coordination sociale européenne qui aura pour but de faire contrepoids aux actuelles institutions européennes qui ne représentent manifestement pas les peuples mais seulement le pouvoir financier.
Cette coordination européenne devra obtenir un alignement des prestations sociales dans tous les pays membres, sur les modèles nationaux les plus favorables aux travailleurs.
Elle pourra utilement revendiquer la nationalisation ou, pourquoi pas, la « socialisation européenne » d’un certain nombre d’activités, le système bancaire et l’énergie notamment et exiger le démantèlement des monopoles médiatiques aux mains du pouvoir économique.
Concrètement, la coordination nationale, avant de s’insérer éventuellement dans un ensemble européen, pourra s’appuyer sur des échelons territoriaux fédérant les forces localement disponibles.
Sa première action sera de favoriser et de coordonner la grève générale reconductible qui devra suivre la journée de mobilisation du 7 septembre. Des appels à la grève pourront être distribués à cet effet dans toutes les entreprises et administrations, expliquant les buts immédiats et les moyens d’actions du mouvement ainsi que les formalités à accomplir pour rester autant que possible dans un cadre légal, y compris et surtout dans les entreprises ou les syndicats sont peu ou ne sont pas représentés.
Un site Internet pourrait suivre l’effort d’information et de coordination département par département, le nombre d’entreprises restant à contacter et analyser les réactions des salariés. Il proposerait des modèles d’argumentation adaptés selon les secteurs et donnerait le mode d’emploi des actions à entreprendre localement, manifestations, blocages mais aussi actions d’occupation dirigées contre les banques, le MEDEF, les permanences des partis, la bourse ou encore les centres informatiques de la finance…
La coordination devra également favoriser la constitution de caisses de solidarité regroupées à différents niveaux, dans la perspective d’une grève de longue durée et veiller à favoriser l’assistance juridique des personnes qui seront inévitablement incriminées, tout en comptant dès le départ au nombre de ses revendications l’amnistie générale de tous les délits commis à l’occasion du mouvement.
Évidemment, la coordination nationale, pour être crédible, devra manifester une certaine cohérence théorique.
Mouvement de résistance dirigée contre la marchandisation du monde et la dictature de l’économie, elle ne devra pas elle-même revendiquer une plus grande marchandisation et une croissance de l’économie.
La coordination devra franchement accepter l’idée d’une récession économique européenne, prélude à une récession économique à l’échelle planétaire. Cette récession économique, absolument indispensable d’un point de vue écologique, est tout aussi souhaitable d’un point de vue humain.
Ce point mérite quelques explications : Jusqu’à présent, les périodes de récession ont coïncidé avec une aggravation de la misère. Ce n’est pourtant pas une fatalité si la récession, c’est à dire concrètement la diminution du Produit Intérieur Brut, s’accompagne d’une redistribution des richesses déjà produites et d’un choix socialement concerté des nouvelles richesses à produire. Dans le domaine du logement, de l’équipement ou de l’énergie par exemple, la dictature du marché interdit la satisfaction de nombreux besoins qui pourraient être facilement comblés, si le travail était réorienté sur ce qui est socialement utile. La constitution de cette nouvelle démocratie productive, devra naturellement s’accompagner d’une relocalisation des activités de production.
Enfin, à plus ou moins longue échéance, il faudra envisager le non remboursement des dettes publiques. La cessation de paiement doit être revendiquée comme une mesure juste et indispensable, car elle est essentiellement une cessation de paiement … aux plus riches ! Mais la nationalisation des secteurs bancaires et financiers pourrait permettre de régler la question par un simple jeu d’écriture. Si le peuple s’empare véritablement de la richesse qui lui revient, il ne peut pas être endetté vis à vis de lui-même !
Le mouvement pour l’abrogation de la réforme des retraites rejoint ainsi le mouvement collectif de réappropriation du monde et de reconquête individuelle du sens même de la vie.
p 109 :
« Faire feu de toute crise »
p 116 :
« Laisser comme aujourd’hui à deux pour cent de la population le soin de produire l’alimentation de tous les autres est une ineptie historique autant que stratégique. »
Ces deux citations tirées – une fois n’est pas coutume – de « L’insurrection qui vient » ont été placées en exergue de ce billet, car elles m’ont suggéré ce premier scénario « pour la révolution ». Plus exactement, c’est la confrontation de ces deux phrases avec les récents mouvements de protestation dans le monde agricole, qui m’a inspiré une « rêverie révolutionnaire » esquissant une stratégie de déstabilisation de l’ordre marchand.
La semaine dernière, on a pu assister un peu partout en France à différentes actions paysannes. Dans ma ville, le lisier déversé sur la rue de la préfecture n’a malheureusement pas éclaboussé les murs de l’état et les flics, tout aspergé de foin, ont finalement assez rapidement dispersé les manifestants après quelques glissades sur le lisier de cochon (à ce sujet, quelques jolies images dérobées à la presse collaborationniste locale me permettront d’agrémenter mon article). Le blocage des entrées et sorties d’autoroute qui était apparemment annoncé, n’a pas vraiment eu lieu. Feu de paille donc, au propre comme au figuré ? Sans doute, mais probable prélude à de nouveaux embrasements.
Crise, embrasements, colère… Revenons sur la première des deux citations :
« Faire feu de toute crise »
La crise constitue en effet une occasion, un prétexte à l’action. Mais il y a différentes manières de saisir cette occasion.
Lors des mouvements sociaux qui « font crise », une même logique revendicatrice est généralement mise en œuvre :
- Des revendications sont exprimées, qui peuvent concerner des sujets très divers – le retrait d’une réforme ou l’abrogation d’un texte de loi, l’exigence d’une nouvelle protection, un meilleur salaire, de meilleures conditions de travail, la préservation des emplois etc.
- Un ou plusieurs moyens de pression sont mis en œuvre pour obtenir satisfaction : Manifestations, grève, occupation, séquestrations, etc.
- Ces moyens de pression sont censés contraindre une instance capable de donner satisfaction, c'est-à-dire capable d’accorder l’avantage demandé ou capable de suspendre la mesure contestée ou encore capable d’imposer un comportement, un accord, une décision à un tiers. Cette instance peut-être l’état ou toute autre collectivité publique, une institution ou une organisation internationale, une direction d’entreprise, une profession organisée, un partenaire, une fournisseur, un client. Parfois la pression est dirigée sur différentes instances : par exemple on requiert l’arbitrage de l’état dans la négociation avec un tiers (la grande distribution, une direction d’entreprise, un autre état) ou on lui demande de défendre une position particulière devant une autre instance, par exemple les institutions européennes ou l’Organisation Mondiale du Commerce.
La logique revendicatrice suppose qu’il existe une instance détentrice d’un certain pouvoir et/ou d’une certaine richesse et capable, par là même, de donner satisfaction. Elle trouve rapidement ces limites :
- D’une part, parce que l’instance désignée peut prétexter son impuissance ou la responsabilité d’une autre instance : « la crise nous l’interdit », « si nous faisons cela nous perdons notre compétitivité », « les engagements européens nous l’interdisent », « les administrateurs ont décidé »…
- D’autre part, parce que la logique revendicatrice ne remet pas en cause l’ordre qui aboutit à la concentration de richesse et de pouvoir constatée : On demande au roi ou au seigneur de fournir du pain sans songer à s’emparer directement du pain ou à conquérir les moyens de fabriquer du pain.
C’est cette logique revendicatrice, mise en œuvre à l’occasion d’une crise, que j’aimerais voir subvertir. Je pense que les prochaines crises, tout en se structurant sur cette logique, ne devront pas principalement permettre aux revendications d’aboutir mais qu’elles devront plutôt créer les conditions de nouveaux rapports de production et d’échanges. Le petit scénario révolutionnaire développé à partir de la crise agricole vise à développer cette idée. Au-delà de son réalisme que l’on pourra certainement contester, il tente d’illustrer cette nouvelle manière d’envisager les luttes. D’autres scénarii mieux ficelés peuvent être proposés. Ils alimenteront la liste des actions à mener « Pour la révolution1 ».
Venons en maintenant à la seconde citation :
« Laisser comme aujourd’hui à deux pour cent de la population le soin de produire l’alimentation de tous les autres est une ineptie historique autant que stratégique. »
Sans doute, pour construire un monde meilleur en dehors de l’ordre marchand, faudra-il que la plus grande partie de la population participe davantage à la production des richesses véritables et notamment à la production des denrées alimentaires. « Chaque IBU est un paysan» peut-on lire dans Bolo’Bolo.
Par ailleurs, les terres agricoles recouvrent plus de la moitié de la superficie du territoire métropolitain français. Mais l’écrasante majorité de la population loge, travaille et se déplace dans des zones urbaines qui en recouvrent moins de 15%. La réappropriation de nos existences, passera certainement par une réappropriation du territoire, par un territoire non pas mieux « aménagé » par des bureaucrates de la DATAR, mais mieux « habité » par des humains qui auront enfin repris le contrôle de leurs vies.
Pourtant la manière dont « L’insurrection qui vient » énonce cette nécessité peut sembler choquante. Car que suggère-t-elle donc ? D’exproprier les paysans, tels de méchants koulaks, de leur reprendre leur terre de force si besoin, pour ne plus « leur laisser le soin » de « produire notre alimentation2 » ? Ne doit-on pas envisager le problème différemment ? Lutter avec les paysans, compter dans un premier temps sur leur force et leur détermination pour affaiblir l’emprise de l’ordre de marchand, et dans un second temps, bénéficier de leur compétence pour construire le nouveau monde.
Tel est, du moins, un bon moyen de « faire feu » de cette crise particulière qu’est la crise agricole.
Dans le scénario que je vais maintenant proposer je montrerai comment les luttes paysannes pourraient converger avec les luttes des populations urbaines, des travailleurs urbains, ouvriers ou employés, des chômeurs, mais aussi avec des mouvements impliqués dans les luttes « citoyennes ». Le véritable enjeu de cette convergence serait, au-delà de la satisfaction d’un certain nombre de revendications exprimées, de faire émerger de nouvelles formes de collaborations entre urbains et ruraux3 qui constituent des alternatives crédibles et durables à l’ordre marchand.
L’idée pourra paraître utopique ou saugrenue, pour différentes raisons :
- En France, le monde paysan est souvent perçu comme conservateur, voire réactionnaire. L’imagerie pétainiste du retour à la terre, de la France profonde et éternelle des campagnes, renforce cette perception.
- Le monde paysan reste objectivement inféodé à un syndicat majoritaire très droitier, très éloigné en tout cas de toute velléité « révolutionnaire ». La FNSEA ménage l’état dans ses revendications et se trouve en retour ménagée par le pouvoir. Elle bénéficie de son soutien et de son indulgence. De fait, la casse d’une préfecture ou d’une caisse de mutualité sociale agricole par les agriculteurs en colère, est beaucoup plus facilement pardonnée, elle n’entraîne pas les mêmes conséquences judiciaires qu’une action similaire, engagées par les ouvriers de chez Continental par exemple.
- Les paysans, demeurent dans leur grande majorité des « possédants ». Et il est exact que la simple détention d’un patrimoine renforce naturellement le conservatisme.
- Les luttes paysannes apparaissent déconnectées des mouvements ouvriers, ou plus généralement des mouvements urbains de contestation. Ces deux mondes là ne se rencontrent pas et tout semble fait pour les opposer. Les intérêts des « consommateurs urbains » semblent contredire les intérêts des agriculteurs. La consommation de « produits alimentaires » au prix le plus bas réclame la diminution des revenus agricoles et la consommation de « biens environnementaux » réclame davantage de contraintes vis-à-vis des pratiques agricoles. Le paysan, s’il n’est plus majoritairement considéré comme un profiteur, comme un riche qui dissimule sa richesse (conformément au cliché du sketch de Fernand Reynaud), est à présent dénoncé comme un pollueur.
Et pourtant… Toutes ces fausses bonnes raisons qui suggèrent une opposition entre le monde agricole et le prolétariat urbain peuvent être retournées.
Le supposé conservatisme de la classe paysanne a toutes les caractéristiques d’une idée reçue, imprécise, mal définie, dont les conséquences concrètes ne peuvent être appréciées4. Ce conservatisme est-il meilleur ou pire que celui de la classe moyenne ? La question est dénuée de sens. Il ne s’agit pas d’apprécier la bonne ou la mauvaise conscience d’un groupe social, mais plutôt de se demander ce qu’il est prêt à accomplir. Et dans les années qui viennent, les agriculteurs se montreront sans doute davantage disposés à la lutte que la « classe moyenne » urbaine. Leur supposé conservatisme s’exprimera en tous les cas différemment selon les circonstances et surtout selon les catégories d’agriculteurs. Car la classe paysanne n’est pas une. Très schématiquement on peut distinguer trois catégories d’agriculteurs :
- un tiers de « pauvres » (environ 100 000) dont les revenus atteignent péniblement le smic ou lui sont inférieurs,
- un tiers dont les revenus se situent entre un et trois SMIC et que l’on pourrait assimiler à la classe moyenne, s’ils n’étaient pas menacés, par l’évolution prévisible du secteur, de rejoindre la catégorie inférieure,
- et un tiers de « riches » (ou relativement riches) exploitants.
En matière de revenus, rien ne semble donc distinguer une majorité d’agriculteurs des « travailleurs pauvres » urbains. Ah mais si, dira-t-on, il y a une grande différence, les premiers sont propriétaires de leur exploitation, ce sont d’abord des patrons, des possédants, qui détiennent… plein de prêts à rembourser ! Les agriculteurs sont dans leur grande majorité fortement endettés. Leurs « possessions » sont hypothéquées par la masse de leurs crédits. On estime qu’en moyenne, la charge de la dette représente plus de 30% de leur excédent brut d’exploitation. C'est-à-dire qu’ils dépensent plus d’un tiers de leur revenu à payer leurs emprunts.
La crise du secteur agricole ne peut que s’amplifier dans les mois et les années à venir avec la refonte annoncée de la Politique Agricole Commune et la diminution des subventions qui en résultera5. Elle aggravera encore les inégalités au sein de la population agricole et augmentera la proportion de paysans pauvres.
La course à la rentabilité qui semble être le seul horizon de l’agriculture européenne, le regroupement des exploitations et les inévitables faillites qui vont en découler provoqueront une vague de colère au sein d’une population fortement endettée, d’autant que les autres motifs de mécontentement vont perdurer :
- les rapports toujours conflictuels avec la grande distribution,
- la pression des banques,
- la mauvaise image des agriculteurs, stigmatisés en matière environnementale, sommés de renoncer aux pratiques que le marché leur a auparavant imposé, et de se plier à de nouvelles contraintes6.
J’ai parlé plus haut de la connivence entre l’état et la FNSEA. Mais finalement, avec un Jean-Michel Lemétayer courtisé par Sarkosy et récemment nommé à la tête du groupe Sopexa, les agriculteurs doivent savoir à quoi s’en tenir… Alors qu’un Bernard Thibault, tout autant compromis avec le gouvernement, contribue bien plus efficacement à la faillite des luttes, par l’illusion qu’il entretient encore au sein d’une partie des travailleurs. La colère des agriculteurs pourrait donc plus facilement s’étendre à leur direction syndicale qui s’est accoquinée avec l’état. Quoiqu’il en soit, les syndicats ouvriers ou paysans sont comme les urnes, ils sont faits pour être contournés. Et dans les faits, l’envie d’en découdre des agriculteurs contraste avec le discours modéré de la FNSEA. Leurs slogans ménagent le pouvoir et les flics, mais leurs actes leur en mettent plein la gueule. En retour, la relative modération du pouvoir face à la mobilisation agricole doit être considérée comme une chance, comme un atout supplémentaire permettant de prendre de vitesse la répression.
Quant à l’opposition entre agriculteurs et travailleurs urbains… Elle est artificiellement entretenue par le capitalisme. C’est le capitalisme qui dresse les travailleurs les uns contre les autres au sein des différentes nations et qui oppose les différentes catégories de travailleurs au sein d’une même nation ou d’une même entreprise. Sa stratégie est toujours la même. Elle consiste à élever des barrières entre les individus pour susciter leur rivalité plutôt que leur collaboration. Il ne tient qu’à nous d’abattre ces barrières et de vaincre les profiteurs en nous unissant. En l’occurrence c’est naturellement par-dessus la grande distribution, par-dessus les banques, et par-dessus l’industrie agro-alimentaire que les travailleurs des villes et les travailleurs des champs pourront se réconcilier et améliorer leur condition d’existence.
Et de même, c’est le capitalisme et sa course à la rentabilité, qui a transformé les cultivateurs et les éleveurs en pollueurs et qui les a rendu dépendants de produits phytosanitaires ou pharmaceutiques aussi nocifs que coûteux. C’est le rapprochement local des agriculteurs et des travailleurs urbains, en dehors de la dictature du marché, qui permettra de constituer des groupes écologiquement responsables.
Ainsi donc, les conditions sont réunies pour que la colère et le désespoir du monde agricole s’exprime dans des actions radicales, menées sur le long terme avec une grande détermination. Ces actions seront d’autant plus faciles à conduire, leur écho sera d’autant plus important, qu’elles recevront le soutien de la population urbaine et qu’elles s’agrégeront à des luttes de travailleurs urbains.
Mais comment doivent-elles débuter ?
Il faut dans, un premier temps, recourir à cette logique revendicative dont j’ai voulu préciser les limites un peu plus haut. Mais dès le départ les revendications doivent attaquer l’ordre marchand. Selon moi, elles pourraient être prioritairement dirigées contre les banques, la grande distribution et l’état.
- Contre les banques : les agriculteurs devraient tout simplement exiger la remise complète de leurs dettes. L’argumentaire serait simple : on a aidé les banques qui ont provoqué la crise. A présent c’est à notre tour d’être aidé et tout de suite ! La seule solution, c’est l’apurement complet de nos dettes. Les agriculteurs algériens l’ont obtenu au début de l’année 2009. On veut la même chose.
- Contre la grande distribution : il s’agirait de stigmatiser quelques abus et de réclamer le doublement des prix d’achat par exemple (dans ce domaine, les moyens d’action – occupation des grandes surfaces, arrêt des approvisionnements – compteront davantage que la revendication qui doit être considérée comme un prétexte).
- Contre l’état : on pourrait facilement dénoncer la trahison de l’état, coupable d’avoir livré depuis des années l’agriculture à la bureaucratie européenne avant de la brader à l’OMC. Pour se racheter, l’état devra imposer les revendications agricoles aux banques et aux supermarchés. Dans l’attente, il devra supporter la grève de l’impôt et des cotisations (attention cependant, le mouvement doit être sûr de sa force avant de mettre cette menace à exécution. Les alliances auront dû être scellées auparavant avec le mouvement ouvrier)7.
L’idée générale est bien de donner au mouvement les moyens de ses ambitions en agrégeant les forces des travailleurs urbains à celle des agriculteurs.
Comment y parvenir ? Je ne prétends pas répondre précisément à cette question, qui doit être étudiée au cas par cas, en tenant compte des spécificités locales. Urbains et agriculteurs doivent se coordonner localement, sur un territoire dont ils pourront contrôler les approvisionnements et fédérer les luttes. Une zone d’action doit donc regrouper autant que possible un bassin d’emploi industriel avec ses entreprises menacées, une zone urbaine avec ses commerces, ses banques, ses institutions et une zone rurale comptant quelques milliers d’agriculteurs. Dans tous les cas, les actions entreprises doivent êtres adaptées aux conditions et aux possibilités locales.
Des « comités locaux de réappropriation » pourraient être créés pour coordonner ces actions. Les contacts avec les agriculteurs peuvent être pris à l’initiative de travailleurs urbains ou de mouvements citoyens fédérateurs. Ils doivent évidemment court-circuiter les syndicats nationaux.
Du coté des « urbains », en dehors des revendications locales qui concerneront la sauvegarde de l’emploi industriel, l’amélioration des conditions de travail, les embauches, etc. des revendications plus générales pourraient unifier le mouvement à un niveau national. Elles peuvent concerner :
- L’annulation de la dette. Cette revendication permettrait d’ailleurs d’unifier « un front de résistance des ouvriers, des employés et des paysans contre les banques ». Elle pourrait conduire, par exemple, à exiger la remise inconditionnelle des dettes de tout salarié licencié.
- L’interdiction des délocalisations et un nouveau statut juridique permettant la collectivisation par les salariés des entreprises abandonnées par les investisseurs étrangers.
- Une surenchère d’exigences sociales justifiée par la rengaine : « l’état l’a bien fait pour les banques, et maintenant, il va devoir le faire pour les agriculteurs, alors ça doit concerner tout le monde ! » avec la classique augmentation des minima sociaux, le renforcement de la protection sociale, la gratuité des soins pour toutes les catégories sociales etc… Cette surenchère n’est pas une fin en soi. Elle vise à durcir le mouvement et à retarder l’issue de la lutte. Là encore, il s’agit d’un prétexte.
- Des revendications concernant « le service public » propre à impliquer le personnel des transports et de l’énergie. La participation des cheminots et des électriciens est sans doute une des clés de la réussite. Si les trains roulent pour le mouvement et si on plonge la réaction dans le noir, alors la partie sera rapidement gagnée.
- Des revendications plus citoyennes concernant par exemple l’indépendance des médias (exigence de démantèlement des groupes Bouygues, Lagardère, Bolloré, Bernard Arnault, Dassault, Weil… Restitution de ces médias aux salariés de l’information, dans le cadre du nouveau statut de collectivisation – cette exigence peut trouver sa justification dans le déroulement même de la contestation : les médias nous ont menti sur l’ampleur de la crise. Aujourd’hui ils déforment nos actions et nos revendications. C’est parce qu’ils sont vendus au pouvoir et à ceux qui nous exploitent) ou la régularisation des clandestins (intégration des clandestins dans la lutte au côté des travailleurs français, mise en avant de la solidarité de classe contre toute revendication raciste ou nationaliste). Ces revendications peuvent permettre d’impliquer la portion moins « radicale » de la population et plus proche de la « gauche » classique.
Ainsi donc, le mouvement peut être coordonné autour de comités locaux de réappropriation (une cinquantaine pour le territoire français ?), rassemblant agriculteurs, travailleurs et résidents urbains, menant des actions dictées par le contexte local, mais unis au niveau national par un certain nombre de revendications et bénéficiant si possible de l’appui des cheminots, des gaziers et des électriciens.
Les moyens :
Comme tous les groupes sociaux, les agriculteurs doivent comprendre que leurs actions ne produiront des effets que si elles perturbent profondément et durablement l’ordre marchand, que si elles interrompent sur un terme assez long la « normalité » de la société capitaliste. Quelques manifestations ou quelques saccages ne permettront pas d’obtenir une quelconque avancée. La « grève du lait » telle qu’elle a été récemment menée est inefficace puisqu’elle n’a pas conduit à interrompre les approvisionnements des supermarchés.
En l’occurrence, pour obtenir satisfaction, c’est une véritable « grève alimentaire » que les agriculteurs doivent déclencher. Il ne s’agit évidemment pas d’affamer les populations urbaines, mais de prendre le contrôle de la distribution des denrées alimentaires. Evidemment, c’est en lien avec des mouvements de travailleurs urbains que cette action doit se coordonner. Ces « distributions » doivent fournir l’occasion aux populations urbaines et rurales de se rencontrer, de se comprendre et de définir de nouveaux axes de collaborations. Elles doivent revêtir une dimension festive, mais également idéologique en contribuant à faire émerger une autre parole, une vision du monde différente de celle véhiculée par les médias dominants. De nouveaux médias peuvent être créés à cette occasion, par exemple la télé ou la radios des luttes urbaines et rurales. Parallèlement les moyens de diffusion des médias traditionnels peuvent être sabotés ou parasités.
L’organisation de la grève alimentaire, qui n’implique pas seulement la distribution de la production agricole, mais aussi le contrôle des flux et des dépôts de marchandises, doit s’accompagner d’occupations des banques, des grandes surfaces et éventuellement des administrations. Ces occupations, avec séquestrations éventuelles de quelques cadres dirigeants, revêtent une dimension symbolique qui, dans certains cas, ne constitue qu’un leurre destiné à mobiliser inutilement les forces de l’ordre. L’objectif véritable sera plutôt l’occupation des dépôts, le contrôle des axes routiers, bref la mainmise sur la circulation des marchandises8.
Les échanges entre les travailleurs urbains et les agriculteurs doivent se multiplier. Du coté des travailleurs urbains, il faut, autant que possible, continuer de faire tourner les usines en grève en réorientant leur production de manière à fournir de nouveaux moyens à la lutte. Mais les urbains peuvent également aider à la bonne marche des exploitations agricoles pendant que les agriculteurs mènent leurs actions. Ils peuvent effectuer de menus travaux et surtout, par leur nombre, contrecarrer les actions des forces de l’ordre, empêcher les saisies, refouler les contrôleurs ou les huissiers. Ils peuvent également occuper les terres des riches agriculteurs qui ne voudront pas suivre le mouvement.
Pour résumer, les paysans ravitaillent la population urbaine et en retour, les coordinations urbaines fournissent aide et assistance aux mouvements agricoles. La logique de cette collaboration est de susciter une nouvelle organisation révolutionnaire en dehors de l’échange marchand. Cette organisation non marchande doit être mise en place dans les meilleures conditions. Il faut faire appel à l’imagination, à toutes les énergies et à toutes les compétences.
Surtout, il faut dès le début être très attentif aux « dommages collatéraux » de la lutte. Il faut revendiquer le paiement des salaires et l’annulation de la dette pour tous les salariés privés d’emploi par les blocages. Et puis, assez rapidement, il faut impliquer ces salariés dans la lutte en utilisant leurs savoir-faire. Les caissières comme les salariés de l’industrie agro-alimentaire doivent participer aux distributions et au conditionnement. Les routiers doivent transporter les marchandises pour le compte du mouvement etc.
Assez rapidement la collaboration devra s’étendre ou se renforcer dans les domaines des transports et de l’énergie. Il faudra en venir à redéfinir localement les conditions de la production d’énergie, seul moyen pour sortir concrètement du nucléaire9. En ce qui concerne les transports, le blocage des dépôts de carburant, devrait avoir paralysé le trafic routier au bout de quelques mois et rendu l’automobile inutile. Le contrôle du réseau ferré devra alors revenir aux comités locaux de réappropriation.
Après plusieurs mois de lutte, la collaboration agro-urbaine permettra aux consommateurs urbains de bénéficier d’une nouvelle récolte à laquelle ils auront eux-mêmes contribué. Cette collaboration fera naturellement émerger une agriculture plus diversifiée, plus écologique et répondant véritablement aux besoins des populations locales. Surtout, elle sera assez rapidement fatal au capitalisme. Il ne sera alors plus possible de revenir en arrière. L’économie marchande sera anéantie et la seule alternative sera d’aller vers quelque chose qui ressemble à Bolo’Bolo.
Ce scénario, un peu précipité dans ses conclusions (il faudrait le compléter pour indiquer comment le mouvement doit dépasser le cadre hexagonal et se coordonner avec d’autres mobilisations anti-capitalistes dans le monde entier), peut paraître irréaliste… Mais il est en tout cas moins absurde que la mauvaise comédie que nous jouons tous les jours au sein de la dictature marchande et qui nous oblige à produire dans la douleur, la crainte et la mauvaise conscience, des biens inutiles et polluants. Continuer de nous plier à cet ordre paraît plus irrationnel que de vouloir lui échapper.
Si le mouvement échoue, c'est-à-dire s’il ne conduit qu’à la satisfaction de tout ou partie des revendications exprimées, ce sera toujours ça de gagné sur la dictature marchande et sur les profits bancaires ! Il aura également permis de nouer de précieux contacts et d’irremplaçables solidarités et constituera un exemple pour tous les autres pays. (c’est la raison pour laquelle il faudra être attentifs à la nature des revendications exprimées, mêmes si on les considère comme de simples prétextes).
Si le mouvement réussit en France, de part l’extrême sensibilité de l’économie capitaliste à la moindre perturbation, on peut espérer une irrépressible contagion révolutionnaire dans le monde entier.
Mais, il faut se dépêcher… Avant que l’emploi industriel ne soit complètement détruit et avant que le monde paysan, endormi par quelques nouvelles subventions bidons, n’ait définitivement laissé la place à l’industrie capitaliste de la culture et de l’élevage.
Alors vous, les enragés, comprenez vous de quoi il est question ?
Il ne s’agit pas de pratiquer quelques auto-réductions vites interrompues par les vigiles du coin, mais, avec l’aide de 100 000 agriculteurs déterminés, d’organiser le ravitaillement de la population urbaine en dehors de la grande distribution.
ll ne s’agit plus de balancer un morceau de métal sur les lignes à haute tension pour arrêter un malheureux train, mais, par l’union des ouvriers, des paysans et des cheminots, de prendre le contrôle des flux de marchandises.
Il ne s’agit plus de briser les vitrines d’une agence bancaire à Poitiers ou ailleurs, mais, par l’action commune des travailleurs ruraux et urbains, de faire plier puis de paralyser tout le système bancaire, pour s’affranchir enfin du monde de l’argent.
Lucrèce, octobre 2009
PS
J’ajouterai encore qu’au-delà des compétences insurrectionnelles, la révolution aura besoin de mécaniciens, d’ingénieurs, d’agronomes, de bâtisseurs et tout simplement de femmes et d’hommes disposés à apprendre la manière de réaliser un travail utile pour eux et pour leurs proches. L’idée qui guide la révolution est simple : S’organiser et produire ce dont nous avons besoin et ce qui répond à nos désirs réels, mais sans échange monétaire. Comment répartir alors les moyens et les biens produits ? Conformément aux principes de la propriété humaine, et à l’éthique de l’habitat humain. Qu’est ce qu’on attend pour s’y mettre ? Une crise, comme la crise agricole ? C’est ce que j’ai voulu suggérer dans ce scénario… Mais finalement la révolution peut aussi se développer en dehors de toute crise si elle vient à la conscience d’un nombre suffisamment important d’Ibus.
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