
Regard dans le rétro-viseur, salto arrière, retour sur le passé, ce document est l’occasion pour moi d’exercer un regard critique sur mes contributions à Esprit68 depuis bientôt deux ans…
Esprit68 au départ c’était quoi ? Un blog comme il en existe tant d’autres, écrit par un trentenaire frustré de la classe moyenne, frustré par un job administratif qui lui fournit des revenus corrects, mais dont il perçoit l’inutilité sociale1, frustré aussi par l’évolution droitière de la société française, confirmé en 2007 par l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. En réponse à cette frustration, notre trentenaire (c’est-à-dire moi-même) exprime son ras-le-bol dans un « blog » et s’essaye à l’exercice du « y’a qu’à faut qu’on» en présentant des « idées » qu’il considère sans doute « originales » puisqu’il les juge dignes d’être publiées.
On remarquera que cette timide « révolte » s’exprime par un moyen bien convenu, qui outre son caractère « branché » et artificiel, peut facilement dissuader d’engager des actions concrètes « dans la vraie vie »…
Cette remarque un peu désabusée ne doit pas être interprétée comme une condamnation définitive de ce moyen de communication. Considérer les facilités offertes par le « Web 2.0 » cher à Frédéric Lefèvre, en tant qu’instruments visant à canaliser la révolte sociale et à la vider de ses prolongements concrets, confinerait selon moi à la paranoïa, ou du moins, constituerait un point de vue extrêmement réducteur… Des exemples concrets – images de la contestation iranienne ou grecque, organisation de manifestations via « facebook » – montrent que les blogs, les sites de partage de contenus, les nouveaux réseaux sociaux, peuvent devenir de véritables moyens d’information et de lutte. Mais, dans de très nombreux cas, les blogs permettent également l’expression d’un certain narcissisme, qui décourage l’action et isole socialement.
A cet égard, je dois reconnaître que le blog Esprit68 ne se donnait pas les moyens d’être un véritable instrument d’information ni de déboucher sur des luttes concrètes… Quant aux idées « originales » qu’il a voulu exprimer ! Misère…
…Un jour un ami m’a donné à lire le livre de Raymond Queneau sur les fous littéraires… Il était facile de reconnaître le message implicite contenu dans ce prêt ! A bien des égards je suis un « fou littéraire »… Ma seule perspective de rédemption, la seule circonstances qui me distingue – peut-être – de la légion des cadrateurs de cercles, est que je m’en rends compte au moins partiellement (et bien souvent après coup).
La plupart des idées que l’on juge originales sont en réalité des idées fausses, suscitées par un mélange d’incompréhension et d’ignorance, voire de folie douce. Le fou littéraire est celui qui s’attache durablement à sa chimère, le plus souvent par le biais de la « littérature », ce qui lui permet, en plaçant ses idées à bonne distance du réel, d’en masquer le caractère inopérant. Le fou littéraire poursuit sa carrière solitaire au prix d’un aveuglement volontaire à ce qui se dit et se fait autour de lui. Il ignore ainsi qu’un chemin doit être parcouru, qu’une initiation est nécessaire et que des compétences doivent être acquises avant d’aborder certains sujets ou d’entreprendre certaines actions2.
Il me faut donc avouer que je me suis trop souvent transformé en ce personnage ridicule, lorsque je dissertais avec assurance de ce que je ne connaissais pas, ou du moins pas assez, sans me donner les moyens de le connaître mieux.
Plus généralement, l’abondance des contributions sur Internet pose la question de la légitimité de tout type discours. A quel titre, untel ou untel, aborde-t-il tel sujet ? Qui est-il pour s’adresser à nous ? Qu’est-ce qui légitime sa parole ? Remarquons que ce problème de légitimité ne devrait pas se poser seulement à propos d’Internet. On pourrait utilement s’interroger sur les raisons du recours à tel ou tel soi-disant expert, sollicité par les média de masse, qui exposera un point de vue prétendument objectif, mais qui sera périodiquement contredit par les faits et dont on dissimulera les connivences avec tel ou tel groupe de pression.
Un discours ne doit pas être uniquement et obligatoirement légitimé par des titres universitaires – ou dans d’autres cas par un « cursus révolutionnaire » – que l’on exhiberait comme des papiers d’identité. Certes, ces titres confèrent un indice favorable de crédibilité, mais en définitive, c’est encore et toujours la qualité intrinsèque d’une contribution, son sérieux, sa rigueur, ses sources, les réponses loyales aux critiques qu’elle suscite, qui lui confère sa meilleure légitimité.
De ce point de vue, dans les 68 premiers articles, le compte n’y est pas. Tous ont été écrits beaucoup trop vite – au jour le jour et le plus souvent après une journée passée à glandouiller au travail, puis à faire du sport et/ou à boire des canons avec des potes – et la révision a posteriori n’a pas forcément arrangé les choses.
Cet amateurisme3 ou plutôt cette inconséquence, ont perduré après la mise en ligne du site, notamment dans la rédaction du Who’s Who4.
Car jusqu’au début de l’année 2009, ma « conscience politique » était encore bien limitée. C’est en rédigeant le blog et ensuite le site, en essayant de m’instruire, en écoutant, en faisant des rencontres, qu’elle s’est progressivement élargie. Par ailleurs ce travail m’a permis de me familiariser avec un certain nombre de techniques auxquelles je ne connaissais rien : l’html, les manipulations de fichiers, la retouche d’images, les montages sonores et vidéos etc… Et c’est toujours positif d’apprendre à faire quelque chose, avec son esprit, ses mains ou avec son corps. Esprit68 a donc surtout été bénéfique… pour moi ! Mais je ne sais pas si mes lecteurs y ont trouvé leur compte…
L’évolution plus récente du site a donc consisté à ordonner des ressources – liens, films, lectures – susceptibles de favoriser le type de prise de conscience que j’ai moi-même expérimenté. Quant aux contributions plus « originales » ou plus personnelles que j’ai continué à produire, par exemple sur les thèmes de la propriété et de l’éthique, j’ai essayé d’y introduire un peu plus de rigueur (le provisoire abandon de mon emploi salarié m’y a aidé). Mais le recul manque encore pour savoir si ces travaux peuvent déboucher sur quelque chose d’utile ou s'ils ne sont que les pathétiques et stériles productions d’un « fou littéraire ».
Dans le détail, je vais à présent tenter de revenir sur ce qui a pu être écrit, afin d’en corriger ce qui m’apparaît aujourd’hui comme les plus déplorables erreurs, mais aussi de défendre ce qui m’apparaît encore défendable.
A propos des 68 premiers articles du blog, tout d’abord :
Le premier article, « Jeunesse et révolution » est un bavardage pédant et inutile, dont la seule qualité est la brièveté. Le deuxième, intitulé « Slogans » est tout simplement sans intérêt.
Le troisième « utopie internationaliste », est très critiquable, mais plus intéressant, car au moins il dit quelque chose et ce qu’il dit est assez inquiétant, puisqu’il ne propose rien de moins que la mise en place d’un état mondial ! Résolument « alter-mondialiste », il parle ainsi de « régulation démocratique mondiale »… Voilà qui provoquerait la colère (ou plutôt le simple mépris) de tous les « Comités invisibles » et de tous les agents du « Parti Imaginaire » ! Comble de l’incohérence, il fait référence à une révolution écolo-anarcho-communiste ! Mais comment un texte qui appelle à une « régulation démocratique mondiale » peut-il se déclarer anarcho-quelque-chose ? S’il est vrai que le terme « régulation » est fort mal choisi, l’idée d’une assemblée planétaire (d’un sénat des appartenances) peut cependant se concilier avec des conceptions libertaires… C’est le cas de l’ASA’DALA décrit dans Bolo’Bolo. Alors, même s’il est très mal exprimé et très naïf, cet article n’est peut-être pas si con. A la fin, il contient une formule ambigue : « en votre for intérieur ne reconnaissez que l’autorité démocratique mondiale ». Comme s’il pouvait exister une autorité, ou peut-être une légalité « transcendante » (j’aimerais mieux qu’elle soit « immanente »), qui pourrait guider ou justifier nos comportements. Pourtant, même si certains s’en irritent, ce n’est peut-être pas si absurde que cela… Et cette légalité humaine, en vertu de laquelle certains agissements sont susceptibles d’être dénoncés, peut s’exprimer dans une éthique de l’habitat humain ou être déclinée dans un code de la propriété humaine, ou dans un « ASA’PILI », si l’on ne veut pas entendre parler de propriété… Actuellement la notion de légalité est confisquée par les états qui s’en servent pour garantir l’emprise des puissants à l’encontre des plus élémentaires notions de justice et d’équité… Il n’est peut-être pas idiot de se référer à une cette légalité humaine, qui ne se confondrait pas uniquement avec les droits de l’homme, car elle ne concernerait pas uniquement des droits que les êtres humains doivent réclamer (à une institution étatique, par exemple), mais des principes élémentaires de justice et de vie commune sur la terre.
Dans le quatrième article, « Pourquoi l’écologie », il est question de l’empreinte écologique et de la notion d’équivalent universel énergie sur laquelle j’aurai à revenir… Je maintiens que cette notion d’empreinte écologique n’est pas seulement une marotte de bobos, mais qu’elle est véritablement révolutionnaire, puisqu’elle implique une forme de communisme, c'est-à-dire de répartition d’un bien commun (la surface ou son équivalent en énergie) entre tous les êtres humains, indépendamment des résultats de l’échange marchand.
Le communisme, c’est justement le thème du cinquième article… On pourrait facilement relever que la distinction qu’il tente laborieusement d’introduire entre l’exigence éthique et l’exigence rationnelle du communisme, témoigne du bas niveau d’élaboration de sa critique. Car en commençant par rappeler qu’aujourd’hui l’argent ne rémunère pas correctement le véritable travail et le véritable talent, il laisse sous-entendre que si c’était le cas, ou du moins, si les écarts de revenus étaient moins déraisonnables, alors, peut-être, la dictature marchande serait tolérable. Et de même en se basant sur la science économique pour affirmer que des richesses mieux réparties aboutiraient à une « utilité » sociale plus grande, il reconnaît implicitement la valeur de la conception « économique ». Ce type de critique partielle ne me parait cependant pas complètement inutile, car, même si elle semble engager sur la voie d’un réformisme que d’aucun jugeront incompatible avec la cause révolutionnaire, elle offre des arguments convaincants, compréhensibles par le plus grand nombre, permettant d’amorcer une redistribution des richesses et des pouvoir, de « dégonfler » les centres autoritaires, de favoriser concrètement l’autonomie, d’améliorer les conditions de vie du plus grand nombre et de servir de préalable à de plus complètes prises de conscience et à des critiques plus totales.
L’article 6 sur les uchronies n’est que le préalable aux deux articles de divertissement qui vont suivre… La réflexion qu'il introduit, sur le motif de l’attachement à la cause révolutionnaire, est importante. Car il existe toujours des raisons pas très avouables (liés à des événements non souhaités ou à des frustrations diverses), qui poussent à endosser l’habit de la révolte… Mais c’est à chacun d’entreprendre sa propre psychanalyse à ce sujet ! Les articles 7 et 8 narrant l’uchronie villepinesque ne sont pas forcément très drôles et très réussis. Finalement, je n’ai sans doute pas le talent nécessaire pour écrire ce genre de truc, et le peu de temps consacré à la rédaction n’y change sans doute rien… On remarquera que contrairement à ce que pouvait laisser craindre le tract utopiste du troisième article, la conclusion de l’uchronie n’aboutit pas à la mise en place d’un gouvernement mondial : « La déception suscitée par l’échec de De Villepin achève de discréditer les institutions internationales. Le pouvoir que quelques multinationales tentaient d’accaparer est reconquis par les centres d’auto-gestion qui se multiplient sur toute la surface de la terre. Aux Etats-Unis, se constitue la nouvelle assemblée des soviets du peuple américain. »
Les articles 9 et 10 intitulés « Pourquoi l’anarchie » ne font pas pipi loin… Détail amusant, la page 9 est une des plus consultée, sans doute à cause du titre racoleur et de l’affreuse image de présentation où l’on peut lire « Anarchie comme horizon et démocratie comme vaisseau ». Je pense que ses couleurs criardes et son slogan vaseux sont à l’origine de son succès… Je ne crois pas qu’il faille trop s’attarder sur son sens parce qu’en réalité, c’est un peu l’ahchouma… La faible signification qui en émerge serait que, peut-être, dans le cadre d’un réformisme démocratique, on pourrait naviguer tranquillement, sur une mer apaisée, vers les doux rivages d’anarchie… Argh, en fait c’est vraiment l’ahchouma ! A moins de comprendre qu’il ne s’agit pas là de notre actuelle démocratie représentative, mais d’une démocratie directe et « productive » ou « industrielle », qui nous rapprocherait pour le coup véritablement de l’anarchie. Mais alors il faudrait l’écrire : démocratie directe (je pourrais refaire ce jpeg dans ce sens, mais ça n’en vaudrait probablement pas la peine…). Pour en revenir au fond de l’article, la distinction entre pouvoir sur les choses et pouvoir sur autrui semble bébête, mais elle ne l’est peut-être pas tant que ça. L’idée d’une analogie entre la pollution de l’environnement physique et la pollution de l’environnement social par le pouvoir, paraît au contraire séduisante, mais j’avoue qu’elle me gêne un peu car elle est trop philosophique (en fait on ne peut pas comparer des ensembles de phénomènes si différents). A mon avis, cette analogie vaut juste comme argument (pas très solide, mais efficace, car il frappe les esprits peu rigoureux) ou plutôt comme slogan anti-autoritaire. Par contre je pense qu’il faut continuer la réflexion sur la caractérisation du pouvoir, et plus précisément du pouvoir qu’il faut limiter, c'est-à-dire du pouvoir sur autrui…
Dans les humeurs et actualités du 1er avril (11ième article et non pas Article 11), je parle un peu légèrement du bonheur national brut et je persiste malheureusement dans le billet suivant dans lequel je laisser sous-entendre que l’on pourrait mesurer le « bonheur » et que cet indicateur serait bien meilleur que l’actuel PIB. A ma grande honte, c’est ce que Sarkozy a proposé un an et demi plus tard, en septembre 2009, avec son « indice du bonheur ». Et de fait, on comprend facilement à qui peut servir ce genre d’instrument et par qui il peut être manipulé. N’importe qu’elle bureaucratie, n’importe qu’elle police, n’importe qu’elle firme a besoin d’indicateurs – de bonheur, d’efficacité ou de qualité – qui serviront à justifier son action et à accroître son emprise. La « mesure du bonheur » est sans doute le pire de tous, puisqu’il sera au mieux un trucage à la disposition de n’importe quel Sarkoland et au pire le couronnement d’un système totalitaire dans le style du « Meilleur des mondes », qui imposerait universellement sa propre conception du bonheur, sous peine de mort, d’emprisonnement ou d’hôpital psychiatrique. Mais au-delà de sa possible instrumentalisation ou de sa transformation en commandement totalitaire, le thème du bonheur renvoie à la question des buts que peut se donner une société et à la valeur de l’utilitarisme. Je dois confesser qu’aujourd’hui encore, je n’ai pas rompu avec tout utilitarisme, même si je décèle mieux l’imbécillité d’un utilitarisme qui voudrait vraiment mesurer le bonheur, dans une unité comme le mètre ou le Celsius. Je reste utilitariste parce que je pense que la morale (je préfèrerais parler d’éthique) ne doit pas être envisagée indépendamment de ses conséquences concrètes (c’est un des sens de mon travail sur l’éthique de l’habitat humain), et parce qu’il ne me semble pas absurde de prétendre que telle ou telle société ou communauté humaine se donne pour objectif de garantir le bonheur de ses membres, ou plus précisément les conditions de leur possible bonheur. Le bonheur, c’est bien sûr à chacun de le poursuivre à sa propre façon. Mais pour pouvoir y prétendre, un certains nombre de conditions doivent être garanties, qui sont des conditions matérielles, impliquant notamment l’accès à des biens et des services essentiels – nourriture, logement, santé, éducation – et une répartition équitables des richesses et des pouvoirs pour qu’une partie de la communauté ne soit pas assujettie à une autre partie. Et peut-être qu’il est utile – non pas de mesurer – mais plutôt d’être capable de revendiquer et d’obtenir ces conditions minimales du bonheur. Mais évidemment cela impose de modifier l’actuel système de production, de consommation et d’échange, pour que cette revendication puisse aboutir à des résultats concrets, à l’inverse de l’hypocrite « droit au logement opposable » qui n’empêche nullement les sans-abri de mourir dans la rue, quelque soit la nature de leur légitime aspiration au « bonheur ».
Le treizième message est une charge anti-sarko… Comme tous les autres articles similaires qu’on trouve sur Internet, ce n’est pas d’un très grand intérêt. La critique doit en effet aller au-delà du médiocre monarque que le système nous a circonstanciellement alloué… Certes, mais il serait tout de même bon ou simplement agréable de miner les piliers du Sarkoland. On peut y contribuer, mais toujours pas le sérieux et la rigueur de l’attaque. Un relevé systématique des mensonges, des bourdes et des grossièretés du nabot serait utile à cet égard. Il pourrait déboucher sur un film ou une suite de petits documentaires illustrant, avec autant d’humour que de rigueur, et dans un style qui pourrait ne faire référence à aucune préférence partisane, l’incurie du système sarkozy. Attention, je le répète, ce type de critique peut être provisoirement utile, mais elle est forcément incomplète, parce qu’elle prend implicitement pour modèle, une « république idéale », qui au sein même du capitalisme, garantirait la justice et l’équité, ce qui est probablement impossible. Mais on peut provisoirement faire comme si, pour se donner plus de chances d’en finir avec les plus importantes nuisances du sarkozysme.
Le quatorzième message est un recyclage de vieux textes sans intérêt.
Le quinzième et le seizième parlent du réalisme… Tout n’y est pas forcément à jeter, même s’il y a des maladresses d’expression et de vraies faiblesses, manifestes par exemple dans l’opposition trop simpliste entre les jugements éthiques et les jugements rationnels. Par ailleurs, il ne me semble plus forcément opportun de clamer trop fort les vertus du réalisme parce que cette prise de position peut-être mal interprétée et justifier des dérives scientistes. Il faut surtout bien distinguer le discours que l’on tient sur le monde physique et celui que l’on tient sur les relations humaines, qui certes en sont issues, mais à propos desquels on ne peut pas se référer à des « lois » élaborées sur le modèle des sciences physiques, sans aboutir à de répugnantes et mensongères manipulations. J’essayerai peut-être un jour de donner mon opinion sur les précautions dont devrait s’entourer les discours portant sur phénomènes humains – je vise plus particulièrement l’économie, l’histoire et la philosophie – quoique la délirante ambition de ce projet me ferait immanquablement retomber du coté des fous littéraires !
Les mêmes remarques peuvent être faites à propos du dix-septième message sur la science et le pouvoir. Ce message a par ailleurs le défaut de ne pas se confronter à des thèses opposées, comme par exemple l’anarcho-privitivisme d’un John Zerzan, qui postule que la technologie, par nature, induit des relations humaines altérées par la domination. Ce thème est un peu plus longuement abordé dans le dossier consacré à l’éthique de l’habitat humain, mais d’une manière que l’on pourra toujours juger trop superficielle.
La petite humeur du 8 avril 2008 n’est pas très conséquente.
Les 2 messages qui suivent sur les méfaits de la religion me gênent davantage, parce que je me demande aujourd’hui s’il est opportun, d’un point de vue stratégique, de s’attaquer frontalement à la religion. Du moins, il ne faut pas s’y attaquer avec des arguments abstraits. La plupart des gens ne sont pas sensibles aux arguments métaphysiques ni mêmes aux arguments logiques. On pourra donc leur démontrer par A + B que leurs croyances sont idiotes, contradictoires et simplement contingentes, cela ne changera rien. Il faut plutôt dénoncer dans leurs manifestations concrètes le malheur et les crimes perpétrés par et au nom de la religion. Au-delà, il faut s’attaquer aux causes de la soumission aux églises, qui, encore et toujours, sont la misère matérielle et morale suscitée par l’inégale répartition des richesses, de l’information et des pouvoirs.
Le 21ième message parle des visions fantasmées du nationalisme, à partir d’un exemple pas très bien choisi, mais tant pis. La digression philosophique qui suit renvoie à ma marotte sur la « présence » et constitue peut-être le cœur de ma « folie littéraire » (ou, sait-on, de ma « malédiction littéraire » – voir la note 2). Après il y a une uchronie qui pourrait être drôle si elle était mieux écrite et puis deux articles sur l’identité et l’appartenance. Je m’y réfère à certains développements de Michel Serres, qui, dans ce cas, me semblent encore tenir la route5.
L’article suivant sur les besoins élémentaires n’est pas exempt de défauts, mais, pour une fois, je fais preuve d’un certain discernement à propos du revenu minimum universel en avançant qu’il n’a son utilité qu’en cas d’échec de l’auto-production. Enfin tout ça reste bien confus et il n’est pas dit à qui, le revenu minimum, lorsqu’il s’avère nécessaire, doit être réclamé.
« Retour sur le réalisme et l’identité » livre le fond de ma « philosophie », selon lequel le bien et le mal sont obligatoirement relatifs, puisqu’il n’ont de sens que relativement aux individus susceptibles de les éprouver. Ce thème est repris dans l’Éthique de l’habitat humain.
« Autonomie ou uniformisation », n’est vraiment pas terrible. « Anarchie en Sarkozy », doit être rattaché à cette critique partielle que j’ai déjà évoquée. L’uchronie suivante vaut ce qu’elle vaut, quant aux deux articles sur l’autorité, ils sont plus problématiques… Ils parlent très légèrement des différents types d’autorité distingués par Max Weber et Annah Arendt et expédient avec désinvolture Illich, Bakounine et Foucault ! Pour ne rien arranger on y décèle un scientisme rampant et des réflexions à l’emporte pièces sur l’école… Dans l’article suivant consacré à la justice, je fais référence à John Rawls que je connais fort peu. Après un petit slogan sans intérêt, voilà que je me mets, le 25 avril, à ratiociner sur la gauche et la droite… Là encore, ça n’a pas un grand intérêt. Le discours conciliant que je tiens vis-à-vis de la gauche (une gauche très théorique qui n’existe d’ailleurs peut-être pas6), même si je le nuance, est bien critiquable, mais les discours inverses, issus d’une frange de la contestation radicale, par exemple les appels de Non Fides à « détruire la gauche » me semble aujourd’hui tout aussi vains.
Après il y a une petite chanson sur Sarkozy. A propos des chansons, je chante effectivement comme un pied... Et je vous emmerde ! J’aime bien écrire des chansons, parce que je n’ai aucune oreille musicale et que je me fais l’effet d’un analphabète qui voudrait écrire un livre. Je trouve la démarche intéressante (…Parce que je n’aimerais que les causes perdues ? J’espère que non !). Et puis ça m’a appris à prêter attention aux petites mélodies ou rythmes qui nous passent des fois par la tête (par exemple le matin, dans un demi-sommeil – enfin, évidemment, pour mettre en œuvre cette méthode de composition, il ne faut pas travailler). Mes chansons, je les trouve dans l’ensemble pas si mal. Au départ, j’étais très fier de l’anarchie mondiale, mais en fait, il y a beaucoup de couplets qui font gravement « tâches » et c’est finalement une des moins réussies (et des plus horriblement prétentieuse). Et puis il y a aussi Le Mai d’espérance que j’ai voulu écrire sur la musique du temps des cerises qui est vraiment ratée et hideuse.
Pour reprendre le cours des 68 articles, après quelques billets d’humeur, j’ai commis mon uchronie pâtissière en deux parties. C’est peut-être la meilleure. A ce propos, j’ai constaté qu’on m’avait piqué l’image du pape qui se reçoit une tarte à la crème dans la gueule pour la mettre sur le site de Noël Godin. Bon, c’est vraiment de bonne guerre puisque, non content d’utiliser sa crème pâtissière, j’avais fait mourir le Transcendant Gloupier dans mon article !
Après, ça se gâte avec mes schémas mégalomanes sur la révolution. Je dirais aujourd’hui qu’ils sont aussi prétentieux que mal informés… Mais cela leur confère peut-être un certain charme et pourrait me valoir le titre peu enviable de grand bureaucrate de la révolution sous power-point. L’article suivant sur le travail, ne commence pas si mal, mais il est malheureusement gâché par ces maudits schémas. Après quelques recommandations cinématographiques, je commets un article toujours schématiquement pollué, qui témoigne surtout de ma méconnaissance de l’alter-mondialisme et d’ATTAC en particulier. Je parle également du mouvement citoyen du monde, sans discerner toutes les ambiguïtés que cette expression peut receler. J’ai écris il y a quelque mois, de bien virulentes critiques sur le compte de Tiqqun et du Comité Invisible, mais leur lecture aura eu au moins le mérite de me faire appréhender avec un peu plus de distance cette notion de « citoyen du monde ».
Après une chanson loupée, on trouve ensuite une réflexion critique sur les petits gestes écolos, malheureusement toujours polluée par mes schémas. Par contre je suis toujours partant pour stigmatiser les riches, même si ce sport ne doit constituer que le moment d’une critique plus complète (merde, voilà que je me mets à parler comme un marxiste ?!). Après une uchronie bof-bof, voilà que je vous vends encore du schéma sous divers emballages… Ca n’en finira donc jamais ?! L’article suivant, sur Arlette Laguiller et Olivier Besançon est écrit sur un ton qui me convient mieux, mais il témoigne de certaines illusions et méconnaissances que j’entretenais encore sur le trotskisme. Je dois confesser que j’ai cru, à un moment, que le NPA pouvait amener quelque chose. Ce n’était pas forcément cohérent ou réaliste, mais j’avais envie de le croire. Aujourd’hui, je me dis que compte tenu de l’évolution droitière de la société, le NPA est devenu tout simplement le seul parti authentiquement social-démocrate. C’est un parti réformiste dont le projet n’est finalement pas éloigné de la social-démocratie de papa, sauf que cette dernière ne peut plus fonctionner dans l’environnement actuel (mais je tenterai peut-être bientôt de réfléchir à ce que pourrait impliquer cette stratégie de réformisme social au niveau international).
Ensuite, il y a l’article « les voies de la révolution » qui expédie en quelques pages un sujet énorme… Les deux articles suivants sur la propriété, et notamment la propriété intellectuelle, sont brouillons et incomplets. Le thème abordé réclamait une analyse sérieuse et plus systématique. J’ai essayé de me rattraper avec mon dossier sur le droit de propriété et en attirant l’attention sur divers documents qui dénoncent l’abusive appropriation du monde par les firmes. L’article sur les TAZ me permet de dire un peu du mal d’Hakim Bey, avec une insupportable arrogance et une imbécile désinvolture… Dans la forme, c’est certainement très con, mais c’est vrai que je continue de préférer Bolo’Bolo. Après le slogan sur les-riches-qui-sont-dégueulasses-et-c’est-toujours-vrai, l’article sur la représentativité humaine souffre précisément de ne pas se référer à Bolo’Bolo. Est-ce que cette représentativité humaine – si on veut la considérer autrement que comme une fiction néfaste – doit se constituer par le bas dans la libre agrégation des bolos ou de tout ce qui y ressemble, ou bien doit-elle émerger de l’action « du mouvement des mouvements » qui réclame l’instauration d’un nouveau monde ? Sans doute des deux, car « le mouvement des mouvements », c’est à dire l’alter-mondialisme, ne peut avoir un poids véritable que s’il réoriente à son compte les activités productives, en dehors de l’échange marchand.
L’uchronie olympique qui suit n’est pas très bien écrite, mais elle peut encourager à transformer toutes les grandes manifestations sportives en tribune de dénonciation de l’autoritarisme, du nationalisme et des pouvoirs marchands et médiatiques. Il faudrait y réfléchir dans la perspective de la coupe du monde de football 2010, par exemple en rapportant l’énormité des sommes allouées aux installations sportives, aux besoins les plus élémentaires qui ne sont pas couverts dans la population sud-africaine. Il faudrait aussi trouver un moyen de ridiculiser à cette occasion les appartenances nationales, et peut-être de profiter des rassemblements populaires qui se constitueront après les matchs pour diffuser un message voire même une attitude révolutionnaire. Après le petit slogan du 19 mai, il y a d’ailleurs une réflexion lacunaire sur la communication révolutionnaire. Il faudrait que des gens plus compétents et plus sérieux que moi s’emparent de ce thème.
Vient enfin l’article sur l’Équivalent Universelle Énergie, qui est la « grosse » idée du blog… Bon, ça ne peut sans doute pas marcher et, en étant mal compris, ça peut favoriser l’émergence d’une nouvelle société de contrôle. Mais j’avais annoncé que je consacrerai un dossier à ce thème… Le problème est bien celui de l’équivalence que cet instrument tend à imposer entre tous les biens… Mais il faut comprendre que cette équivalence ne peut s’établir qu’entre les biens « appropriables » au sens définis dans le code de la propriété humaine, c'est-à-dire entre les biens qui doivent effectivement être « partagés » (cela ne concerne pas le travail, ni les biens et services « immatériels »). Mais j’avoue que malgré cette restriction, je n’arrive pas encore à déterminer si cette idée est simplement absurde, si elle est nuisible ou si elle est pleine de promesses. Mais je reste convaincu qu’une « invention » de ce type peut contribuer à révolutionner les rapports sociaux, comme l’invention de la monnaie les a effectivement transformés.
Je n’ai pas eu le courage de relire l’article « Sur qui s’appuyer et comment ». Je ne suis pas forcément très bon dans ce domaine, comme le prouve le très utopiste premier article de Quoi faire pour la révolution. Ce que je n’ose peut-être m’avouer clairement, c’est que ma propre condition (classe moyenne au sein d’un pays occidental) est peut-être fondamentalement contre-révolutionnaire, comme l’est celle de tous mes probables lecteurs… Le problème est de savoir comment dépasser cette détermination…
L’article « Comment s’opposer aux pouvoirs » est un blabla sans grand intérêt. Le tract suivant sur la menace nucléaire est utile, mais il devrait être actualisé, décliné sous de multiples formes et appuyé par une plus solide documentation. Les deux uchronies qui suivent ne sont vraiment pas terribles, quand au slogan « anarcho-écologiste », il est assez amusant, parce qu’il ne correspond absolument pas à ce qu’est l’anarcho-écologisme aujourd’hui, représenté par exemple par la revue Green Anarchy, qui se rapproche plutôt du primitivisme et des thèses de John Zerzan, déjà cité plus haut. On pourrait donc le considérer comme une imposture, mais il n’est en réalité que ballot et inconséquent. Le soixante-huitième et dernier article, quant à lui, est simplement aussi médiocre et inutile que le premier, ce qui permet effectivement de refermer la boucle.
Et depuis, sur le site, est-ce que ça s’est arrangé ?
Pas vraiment au départ, puisque la médiocrité et la prétention de la production initiale a été hardiment reconduite. Et puis, peu à peu, il y a eu quelques améliorations, notamment concernant la mise à dispositions des ressources (vidéos ou liens), même si d’importants progrès restent à accomplir, notamment pour ce qui concerne les lectures. Comme je l’ai dit, il est encore difficile de se prononcer sur la valeur des nouveaux dossiers, quant aux débats, il y a de l’acceptable, et du franchement pas terrible, le problème étant qu’il ne s’agit pas de véritables débats (mais ça pourra peut-être bientôt changer).
Voilà, voilà… Alors, après tout ce déballage, vous avez encore envie de lire Esprit68 ?! Et bien, vous avez vraiment du temps à perdre ! Non, je déconne vous allez voir, d’ici quelques temps, le site va vraiment déchirer sa mère ! Hum… Enfin on verra…
En attendant, vous trouverez bientôt une suite une peu plus positive à cet article dans « Il y en aura pour tout le monde », qui permettra d'évoquer un peu plus précisément le positionnement actuel d'Esprit68...
Lucrèce, janvier 2010
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