
Compilation des messages d'Esprit68 référencés sous la catégorie "Uchronies"...

Pour nous délasser un peu des dernières réflexions, voici le mode d’emploi des premières uchronies qui vont suivre.
Dans L’anti oedipe et dans Mille plateaux, deux livres qu’on associe communément à la « pensée de mai 68 », les philosophes Gilles Deleuze et Félix Guattari ont abondamment montré que la libido ne s’investissait pas uniquement dans les représentations les plus directement sexuées, mais également dans les représentations sociales et politiques. Nous ne fantasmons pas seulement sur la femme ou l’homme de la maison d’en face, nous ne scénarisons pas seulement son streep tease ou son accouplement, mais nous fantasmons les races, l’histoire, les classes sociales, le système de production… Nous scénarisons des répressions, des révolutions, des exterminations… Et cela peut très exactement être qualifié de masturbation intellectuelle.
Prenons le cas d’un délire raciste assez commun, celui du « bateau ». C’est le fameux scénario qui consiste à imaginer tous les étrangers (ou les juifs ou les homosexuels) poussés dans un bateau que l’on met à la mer et que l’on brûle au large. Quand on entend un raciste exprimer ce délire, à voir son exaltation, on ne peut douter du potentiel fortement érotique, fortement « désirant » de ce schème de l’imagination, nonobstant son caractère insupportable et écoeurant.
Mais il n’y a pas que des délires fascistes, il y a des aussi délires anarchistes, ou communistes, des rêves de grands soirs, de révolutions, de grève générale, qui parfois dégénèrent en fantasmes de pendaisons des patrons et des exploiteurs.
Y a-t-il un délire qui vaut mieux que l’autre ? Ils ont au moins des signes distinctifs.
Le fasciste est toujours au centre de son délire. C’est lui ou sa représentation qui ordonne et qui impose. Il ne prend pas en compte le désir de l’autre. Cet autre n’existe pas pour lui, ou du moins ce n’est qu’un objet, un obstacle, qui n’a pas de désir ou d’aspiration propre. Le fasciste a généralement peur de l’autre, il en craint la contamination, la souillure. C’est pour cela qu’il veut le plus souvent l’exterminer ou au moins l’exiler. Replié sur lui-même, le fasciste ne doute jamais du bien fondé de son délire. Il pense qu’il est réalisable. Pour lui, ce n’est pas seulement un fantasme, c’est ce qui devrait arriver…
L’anarchiste au contraire, est moins centré sur lui-même. Il veut, au moins au début de son délire, prendre en compte le désir de l’autre. Il veut sa libération, son épanouissement. Sa révolte est dirigée contre ce qui entrave cette libération et cet épanouissement. C’est alors qu’il peut « dans son délire » faire preuve de la même haine, de la même violence que le fasciste. Moins centré sur lui-même, l’anarchiste a heureusement plus facilement conscience que son délire n’est qu’un fantasme, qu’il n’est pas la réalité et qu’il ne devrait pas l’être.
Evidemment, ces deux types de délires ne se présentent jamais aussi distinctement. Chacun de nous est un peu fasciste et un peu anarchiste dans ses rêves. Le recul de l’anarchiste, la distance qu’il introduit par rapport à son délire est à la fois une force et une faiblesse. Une force, parce qu’elle préserve sa lucidité et le détourne (parfois) des plus odieuses dérives. Une faiblesse, parce que cette distance peut se muer en une ironie stérile, qui ne va pas seulement contenir les fantasmes, mais qui va aussi ruiner la réflexion et l’espoir. Cette ironie détruit la force positive du rêve et brise l’élan révolutionnaire. L’anarchie, l’écologie et le communisme peuvent générer bien des fantasmes, mais en eux-mêmes, ils ne sont pas des délires irréalisables, au contraire, ils sont la voie à suivre pour préserver notre avenir, ils constituent l’étape prochaine du progrès humain. C’est du moins ce que je m’efforce de montrer dans Esprit68. Mais dans ce blog, je me laisse aussi aller à l’invective et au délire. Parce que la réflexion réaliste et rationnelle doit être parfois dopée par un apport libidinal.
« L'uchronie est une évocation imaginaire dans le temps. En littérature, c'est un genre qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. » peut-on lire dans Wikipédia.
L’Uchronie est au temps, ce que l’Utopie est à l’espace.
Je choisirais donc de livrer mes délires sous formes d’uchronies, pour bien signifier qu’ils ne peuvent pas et qu’ils ne doivent pas être « réalisés ». Les uchronies que je vais vous présenter doivent bien être considérées comme des petites masturbations méchantes, joyeuses et jubilatoires. Elles ne prétendent à rien de concret, elles ne veulent ériger aucune morale, elles ne proposent aucune solution. Comme les Slogans, elles doivent être considérées comme des coups de griffes, des gifles distribuées à la gueule des puissants et de tous les pouvoirs.
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Le 14 février 2003 Dominique de Villepin, alors ministre des affaires étrangères de la France, prend la parole devant le conseil de sécurité des Nations Unies. Il répond au discours de Collin Powell, secrétaire d’état américain, qui, le 5 février 2003, avait exposé devant le conseil, les « preuves » selon lui irréfutables, de la présence d’armes de destruction massives en Irak. Dominique de Villepin entend également répondre aux déclarations du secrétaire d'Etat américain à la Défense, Donald Rumsfeld, qui avait précédemment critiqué la "vieille Europe" et à la violente campagne anti-française et anti-allemande, alors en cours dans la presse américaine.
Mais dans cet univers parallèle, un vent de folie souffle soudain sur l’ONU et inspire à Dominique de Villepin un discours férocement anti-américain, aussitôt relayé dans le monde entier. En voici les principaux extraits :
"Monsieur le Président,Monsieur le Secrétaire général,Madame et Messieurs les Ministres,Messieurs les Ambassadeurs,Je remercie MM. Blix et El Baradeï pour les indications qu'ils viennent de nous fournir sur la poursuite des inspections en Iraq. Je tiens à nouveau à leur exprimer la confiance et le plein soutien de la France dans leur mission.
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Dans ce temple des nations, nous sommes les gardiens d'un idéal, nous sommes les gardiens d'une conscience. La lourde responsabilité et l'honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité à la justice et à la vérité. Et c'est un vieux pays, la France, d'un vieux continent comme le mien, l'Europe qui vous le dit aujourd'hui, qui a connu la guerre et la barbarie. Un pays qui n'oublie pas l’horreur des guerres suscitées par la haine, le ressentiment et le mensonge.
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Il y a dix jours, le secrétaire d'Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre Al Qaïda et le régime de Bagdad. En l'état actuel de nos informations et recherches menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d'établir de tels liens. M.Powell a également évoqué la détention par l’Irak d’armes de destruction massive. Cette intervention peut surprendre. Quelle légitimité M.Powell peut-il invoquer, qui lui permettrait de se substituer au travail des inspecteurs mandatés pour faire la lumière sur ce sujet ? Que M. Powell prend garde, s’il s’avère que ces accusations sont infondées. Car il aurait alors des comptes à rendre et avec lui, l’ensemble des Etats-Unis d’Amérique.
…
Qui prétend aujourd’hui critiquer un pays comme la France ? Qui prétend donner des leçons de démocratie ? Qui prétend encore lutter contre la prolifération des armes de destruction massives ? Je vais vous le dire. L’homme qui aujourd’hui est à l’origine de tous ses mensonges et de toutes ses calomnies n’est qu’un vil imposteur. Il se prétend le dirigeant de la première puissance mondiale, mais il n’est pas même démocratiquement élu. Son accession au pouvoir, résulte, comme chacun le sait d’une infâme manipulation électorale indigne d’un grand pays.
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Cet imposteur voudrait donc donner des leçons de démocratie à des chefs d’états mieux élus que lui. S’il était un tant soi peu soucieux de la démocratie, il abandonnerait sur l’heure le pouvoir, pour le bien de son peuple et pour celui du monde.
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Fils d’un non moins exécrable père qui avait prétendu il y a plus de 10 ans déjà, que le mode de vie américain n’était pas négociable ! C’est pourtant cet American way of Life qui condamne le monde à la ruine.…Cet imposteur voudrait nous désigner les états voyous ? Mais quel est l’état voyou qui viole les résolutions du conseil de Sécurité ? Quel est l’état voyou qui ruine notre planète ? Quel est l’état voyou qui met en péril la survie de l’humanité en stockant le plus grand nombre d’armes de destruction massives ?
…
Le danger que cet état fait courir au monde me semble aujourd’hui beaucoup plus important que la menace iraquienne. Il est grand temps d’agir contre les véritables serviteurs du mal, qui dans leur entêtement et leur aveuglement imbécile pourraient entraîner le monde dans leur chute. Je proposerai donc devant le Conseil une nouvelle résolution dont je vous livre les principaux points :
- Exigence de la destitution immédiate du président George Walker Bush.- Dans l’attente, bannissement des États-Unis de la communauté internationale.
- Transfert du siège de l’ONU, dont les principaux organes, à l’exclusion de la Cour internationale de Justice de La Haye, seraient dorénavant installés à Lagos, capitale du Nigéria.
- Rupture de tous liens commerciaux et diplomatiques avec les USA tant que la nouvelle de la destitution de George Bush n’aura pas été officialisée et qu’il n’aura pas été livré pour comparution devant la Cour internationale de La Haye.
En faisant acte de repentance, et en implorant la clémence, George Bush a des chances d’adoucir le verdict qui sera prononcé à son encontre. Nous l’encourageons à faire ce choix. Afin qu’il puisse espérer un jour recouvrer sa liberté et apaiser sa conscience en ayant sincèrement abjuré ses crimes.…"
Dominique s’échauffe, il se monte, il s’énerve, et pour finir, il pète les plombs. Son exaltation se communique aux autres membres du conseil de sécurité, lesquels, contre toute attente, adoptent la nouvelle résolution proposée, à l’unanimité, moins une voix contre, celle des Etats-Unis, et une abstention, celle du Royaume Uni. Un court débat juridique s’ensuit. Il est fait remarquer que les Etats-Unis ayant été unanimement déclarés bannis de la communauté internationale, ils ne peuvent exercer leur droit de véto au conseil de sécurité. Certains juristes considèrent que d’un point de vue logique cette argumentation est intenable. Ils soutiennent que c’est bien au conseil, dont les Etats-Unis faisaient encore partie, que l’on a demandé, dans le cadre des règles anciennes, de se prononcer. La communauté internationale admet finalement que les Etats-Unis font toujours partie de l’ancienne organisation des nations unies, mais non de la nouvelle qui s’y est substituée et qui seule est désormais habilitée à gérer les affaires du monde.
Ce brusque revirement des diplomaties stupéfie le monde. Rare sont les analystes qui parviennent à l’expliquer. Ce n’est que bien des années plus tard que l’on avancera l’hypothèse d’un mystérieux bacille qui aurait infecté les bâtiments onusiens et provoqué ces curieux revirements d’opinion.
Selon la revue Nature (janvier 2008), le bacille en question :

(Bacillus Ravacholis)
Et ses effets sur le cerveau …
Mais l’existence de ce bacille et de ces hypothétiques effets sur le cerveau demeure, 5 ans après ces évènements, sujet à polémiques. Quelles que soient les causes de cette révolution diplomatique, la résolution 1466 adoptée le 14 février 2003 est suivi d’effets... La suite à la prochaine uchronie !
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Retour à la première partie de l'Uchronie Villepinesque.
Quelque soit les causes de cette révolution diplomatique, la résolution 1466 adoptée le 14 février 2003 est suivi d’effets :
Le siège de l’ONU est transféré à Lagos au cours de l’année 2003. Suite aux nombreux investissements qui accompagnent ce transfert, l’Afrique subsaharienne connaît un développement économique inouï, tandis que l’Amérique s’enfonce dans la crise.
Mais ce n'est pas tout, le cours des évènements mondiaux prend alors une étrange tournure...
Ben Laden, victime d’une intoxication alimentaire, meurt bêtement fin 2003, enfermé dans des toilettes yéménites. L’Amérique, qui connaît une période de forte instabilité politique, ne parvient pas à empêcher la révélation des liens que le leader d'Al Qaïda continuait d’entretenir avec la CIA durant tout le mandat de George Bush. Le scandale est énorme. Il porte un coup fatal au wahhabisme et provoque un émoi profond dans l’ensemble du monde musulman.
En occident, la religion chrétienne n’est pas épargnée, une indiscrétion permet de révéler que le pape Jean Paul II est séropositif. La lumière est alors faite sur sa liaison passée avec un garde Suisse. Le monde catholique en est profondément choqué. La papauté ne s’en remettra jamais. Au-delà, c’est toute la chrétienté qui est ébranlée.
S’ensuit une terrible crise de défiance à l’égard du religieux. Des réactions violemment anticléricales éclatent dans tous les pays du monde.
Saddam Hussein connaît quant à lui un court répit. Des groupes d’opposition, parfois manipulés par des puissances régionales, se font de plus en plus entendre dans un Irak exsangue économiquement, soutenu par un renouvellement du programme « pétrole contre nourriture ». Phénomène nouveau dans la péninsule arabique, au proche orient et même en Iran, des groupes anarcho-révolutionnaires se constituent et se signalent par leurs actions violentes contre les institutions religieuses et par leurs autodafés de corans.
En 2004, Saddam est victime d’une attaque cérébrale. Durant la confusion qui suit sa convalescence, il est renversé par l’une de ces milices anarchistes, qui est à son tour chassée du pouvoir par les membres d’un nouveau « parti Baas rénové ». La population se soulève finalement contre les militaires et porte au pouvoir un gouvernement modéré et multiconfessionnel. Après les multiples péripéties d’une fuite rocambolesque, Saddam trouve un temps refuge en France sous une fausse identité (certains affirment qu’ils aurait alors reçu le soutien de Jacques Chirac). Il est finalement livré à la Cour de Justice Internationale. Très diminué physiquement, paralysé de tout le coté droit du corps, s’exprimant difficilement, il offre une bien faible défense aux terribles accusations qui lui sont adressées. Condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité à la suite d’un interminable procès, il meurt 3 semaines après l’énoncé du verdict.
La monarchie saoudienne est renversée en 2005.
En 2006, l’Iran est secouée par la « contre-révolution laïque ».
En cette année 2006, la popularité de Dominique De Villepin est à son comble. Il abandonne alors ses responsabilités nationales et succède en 2006 à Kofi Annan en tant que secrétaire général des Nations Unies. Il bénéficie d’une réforme des institutions internationales, qui lui confère des pouvoirs élargis. Malheureusement, Dominique De Villepin révèle vite sa médiocrité. Il est incapable de mener à bien les dossiers qui lui sont confiés et fait tour à tour preuve d’indécision et de démagogie. Son programme de « mondialisation marchande équitable » fait long feu et est ridiculisé sur toute la planète. Dans le monde francophone, un slogan le concernant est sur toutes les lèvres : « De Villepin, t’es comme le papier-peint, t’es beau, mais tu sers à rien. »
La déception suscitée par l’échec de De Villepin achève de discréditer les institutions internationales. Le pouvoir que quelques multinationales tentaient d’accaparer est reconquis par les centres d’auto-gestion qui se multiplient sur toute la surface de la terre. Aux Etats-Unis, le gouvernement passe aux mains de la nouvelle assemblée des soviets du peuple américain. La véritable révolution anarcho-communiste débute alors enfin.
En mars 2008, le blog Esprit68 s’en fait l’écho et retrace l’étrange évolution des 5 dernières années.
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Retour à l'uchronie précédente - partie 1.
Retour à l'uchronie précédente - partie 2.
Le 3 novembre 2004, George Walker Bush vient d’être réélu la veille, président des Etats-Unis d’Amérique. Dans son bureau de la maison blanche, il reçoit l’appel de John Kerry, son rival démocrate, qui lui concède la victoire. C’est alors qu’à lieu l’enlèvement. On ne sait pas encore comment, on ne sait pas encore par qui. Les caméras de surveillance ne laissent apparaître qu’une chorégraphie confuse où l’on voit George Bush, vraisemblablement atteint pas un projectile, tituber avant de s’effondrer. Il semble soulevé par une force invisible, et plane dans les airs, avant de disparaître tout à fait, alors qu’une fenêtre de l’aile ouest de la maison blanche s’ouvre mystérieusement, comme pour laisser s’échapper les invisibles ravisseurs. Ces derniers ne se sont pas contentés d’enlever le président. Ils ont également emporté le pistolet que portait Saddam Hussein, alors que les militaires américains l’avaient débusqué de sa cache de Tikrit dans la nuit du 13 au 14 décembre 2003. George Bush gardait cette arme comme un trophée dans la salle attenante au bureau ovale.
Une rumeur concernant la disparition du président enfle dans les heures qui suivent et, le 4 novembre, l’administration américaine doit admettre l’enlèvement du président. Les ravisseurs ne tardent d’ailleurs pas à se manifester, le 10 novembre très exactement, en diffusant sur Internet une étrange vidéo, envoyée par ailleurs aux grandes agences de presse et aux télévisions du monde entier.
Les ravisseurs se font sobrement appeler le Groupe du 3 novembre et arborent des masques et déguisements à l’effigie du groupe disco "Village People". Sur leur film, le malheureux George Bush apparaît bâillonné et attaché sur une chaise. Son visage porte des marques de coups et son regard exprime une terreur hallucinée. Les mots et gestes employés, l’orientation sexuelle des ravisseurs assez clairement affichée au travers de leur déguisement, laissent deviner la nature du traitement qu’ils comptent infliger à leur prisonnier. Ils proclament d’ailleurs ouvertement vouloir venger sur la personne du président américain les sévices subits par les soldats irakiens dans la prison d'Abou Ghraïb. La vidéo se termine sur de confuses déclarations à propos du nouveau désordre mondial que le Groupe du 3 novembre compte instaurer par ses actions militantes.

Dans les jours qui suivent, l’Amérique se mobilise pour tenter de secourir son président… Sans succès. L’armée d’enquêteurs qui s’emparent de l’affaire, les services secrets, les militaires, les journalistes, exploitent en vain des centaines de fausses pistes et des milliers de faux témoignages … Une nouvelle vidéo, postée le 12 décembre 2004 par les ravisseurs, montre les sévices subis par le malheureux président. Elle est immédiatement censurée, bien que téléchargée par des millions d’internautes. Il s’ensuit un très vif débat sur le voyeurisme, la violence, l’immoralité des images et le contrôle qui devrait s’y appliquer, mais rien de bien concret n’en émerge… Le temps passe… L’effervescence médiatique suscitée dans le monde entier par cet enlèvement hors norme s’apaise lentement. Au début de l’année 2005, le monde ne reçoit plus aucune nouvelle des ravisseurs et de leur prisonnier. Dick Cheney s’installe dans son rôle de président et certains l’accusent de ne pas déployer d’efforts suffisants pour retrouver son malheureux co-listier. La pression de l’opinion publique américaine se fait de plus en plus forte pour exiger des élections anticipées, d’autant qu’un scandale éclabousse Cheney à propos de ses liens avec la multinationale Halliburton. Ses homologues étrangers et les médias internationaux dans leur ensemble, lui réservent d’ailleurs une certaine défiance, sans doute suscitée par ses mensonges passés, proférés à l’ONU sur les armes de destruction massive irakiennes.
L’affaire du « 3 novembre » est indirectement relancée en février 2005, lorsque le haut commandement militaire américain est obligé de reconnaître qu’il ne détient plus Saddam Hussein. Après que le tribunal spécial irakien lui eût signifié son acte d’accusation en juillet 2004, l’ouverture du procès du raïs était apparemment prévue pour l’automne 2005. Mais la procédure n’aboutira jamais, car l’ancien dictateur est lui aussi kidnappé, dans des circonstances à peu près similaires à celles de l’enlèvement du président Bush.
La conclusion de cette étrange affaire vient le 22 mars 2005, par une nouvelle vidéo postée par un groupe qui n’affirme pas explicitement être le Groupe du 3 novembre. On y voit Saddam Hussein, en grande tenue de raïs debout dans une pièce au coté d’un George Bush assis, menotté et bâillonné. Le président américain déchu tremble, il marmonne quelques phrases incompréhensibles. Saddam quant à lui, dans son impeccable uniforme, apparaît raide et hagard, peut-être drogué. Mécaniquement, il pointe son pistolet – le fameux trophée repris le 3 novembre 2004 – contre la tempe de George Bush, attend quelques secondes et tire. La tête du texan est violemment projetée sur la gauche, tandis qu’un jet de sang noir jaillit, là ou la balle ressort de son crâne. Et puis le défunt président s’affaisse sur son siège. En tremblant, le dictateur irakien appuie une seconde fois sur la queue de détente, mais l’arme ne fait entendre qu’un petit son ridicule. Il se tourne alors, jette des regards désespérés à droite et à gauche et sa main tremblante laisse échapper son arme. La vidéo ne montre pas la suite de cette scène. Sur la séquence suivante, on voit Saddam, toujours revêtu de son uniforme, les mains liées dans le dos, poussés par deux grands gaillards enturbannés. Ils l’installent debout, devant un mur gris. Saddam crie, implore, on comprend alors qu’il est face à un peloton d’exécution. Le commandant du peloton, hurle des mots dans une langue inconnue (les journalistes révéleront bientôt qu’il s’agit d’une langue kurde) les fusils se pointent et Saddam s’effondrent dans le vacarme des armes.
Cette fois, l’action est revendiquée par une organisation jusque là inconnue, la Fierté gay du Kurdistan, peut-être une branche dissidente du PKK. Ses liens avec le Groupe du 3 novembre apparaissent ambigus, car la nouvelle vidéo ne montre plus les ravisseurs dans leurs costumes de « Village People ».
Trois ans plus tard, cette affaire n’est toujours pas élucidée. Ni le Groupe du 3 novembre, ni la Fierté gay du Kurdistan ne referont parler d’eux et leur méthode d’enlèvement ne sera jamais élucidée. On a pu parler à ce sujet d’écrans holographiques permettant de conférer une sorte d’invisibilité, mais rien de bien convainquant n’a pu être prouvé à ce sujet. Six individus soupçonnés d’être d’anciens membres du (ou des ?) groupe(s) sont retrouvés un an plus tard. Il s’avère qu’ils n’appartiennent pas à l’ethnie kurde. Présentant une sévère addiction à différentes drogues dont l’héroïne, un piteux état physique et un dérèglement mental évident, ils tiennent des propos incohérents et offrent une bien piètre image aux médias du monde entier. Certains groupes ou partis qui, sur tous les continents, avaient vu en eux des héros, voire des dieux, déchantent assez vite.
Le choc provoqué par toute cette affaire dans l’opinion publique internationale est en tout cas immense. Une sorte de dégoût à l’égard de la torture et de la peine capitale se propage de pays en pays. La prison de Guantanamo est démantelée au cours de l’année 2006. La peine de mort est abolie en 2006 aux Etats-Unis et en 2007 en Chine, suite aux réformes que l’on sait…
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Printemps/Eté 2005, un faisceau cosmique (comique ?) est dirigé sur l’Amérique. Il paralyse tous les appareils électriques : plus de télé, plus d’infos, plus d’Internet, plus de téléphone portable … C’est l’anarchie ! Le pays sombre dans le chaos. Des foules de pauvres diables tentent d’immigrer vers le Mexique pour échapper à la misère et aux violences.
Afin de prévenir tout risque de déstabilisation régionale, en évitant que le désordre ne s’étende aux pays limitrophes, du reste mystérieusement épargnés par le grand dérèglement électrique, une intervention militaire est décidée.
C’est l’union européenne qui décide de la conduire. Les européens envahissent l’Amérique, investissent les bases militaires et les grands studios de télévision. De là, ils lancent un message au peuple américain, à l’aide d’un appareil de fabrication française qui ne subit apparemment pas l’effet du mystérieux faisceau.
Le commandant espagnol, en charge de la mission « Paix sur le sol américain » explique alors que l’Amérique est soumise à cette punition (par qui ?) pour le bien être du monde. Il commente sobrement les scènes de pillages que l’on peut observer dans la plupart des grandes villes américaines : « Nous retrouvons là l’expression de la sauvagerie inhérente à la nature américaine. Nos armées n’avaient pas l’intention d’intervenir sur le sol américain, mais elles le feront pour protéger des vies innocentes... »

A compter de l’été 2005, partout dans le monde, les salles de cinéma diffusent un nouveau genre de films d’entertainement.
A première vue, ces long-métrages ressemblent à de classiques superproductions américaines. Et pourtant dans les thèmes abordés ils se démarquent complètement de la production habituelle. Le plus étrange est que ces films sont le plus souvent diffusés en total contradiction avec la programmation annoncée.
Ainsi, aux Etats Unis, à la place de « Mr et Mrs Smith » et de « La guerre des mondes », de nombreuses salles diffusent « Colère Rouge » et « Les prairies éternelles ».
En Russie, des copies de « Les loups tchétchènes » sont diffusées à la place de « Night Watch », toujours à l’affiche et de « Gambit Turc ».
En Chine c’est « Aysa, l’aigle Ouïgour du Turkestan » et « Lama noir », qui sont diffusés à la place de « La légende des cavaliers du vent ».
En France, « Brice de Nice » est mystérieusement remplacé par « FLN ! ».
Des vidéo de « Simon contre les kamikazes » circulent en Cisjordanie et à Gaza, tandis qu’à Jérusalem et Tel Haviv, les cinémas diffusent « Yasser l’invincible ».
Des films estampillés « Bollywood » sont remplacés par « Nagaland »à New Delhi.
On ne parvient pas à identifier le circuit de distribution de ces drôles de films qui reprennent tous les codes et les plus grosses ficelles des succès du box-office mondial. Bourrés de clichés et de stéréotypes, ils mettent en scène des acteurs inconnus, qui ressemblent cependant aux grandes stars hollywoodiennes. Parfois, on croit avoir affaire à des clones de Bruce Willis ou d’Arnold Schwarzenegger, et d’autres fois, même si les visages ne ressemblent à aucune personnalité connue, on a le sentiment d’avoir affaire à des sortes d’archétypes que l’on connaît depuis toujours. Les effets spéciaux sont d’assez bonne qualité, le rythme est très soutenu et le manque total de nuance confère à ces productions une indéniable efficacité.
En fait, la seule véritable originalité de ces films est qu’ils semblent volontairement s’adresser au mauvais public.
Ainsi, « Yasser l’invincible » met en scène une sorte de super héros palestinien qui vole au secours des combattants de la seconde Intifada. C’est une sorte de superman qui dissimule son identité à ses proches pour mieux combattre l’occupant israélien. Dans ce film sans nuance, le courage des combattants du Fatah et des jeunes palestiniens est constamment sublimé. On assiste à d’innombrables « morceaux de bravoure », comme lorsque Fatima, du haut de ses 12 ans, parvient à terrasser l’ignoble colonel israélien qui a tué et violé sa mère ou lorsque le jeune Ibrahim, pourtant blessé, parvient seul à résister des heures durant à tout un détachement de soldats de Tsahal, avant que l’invincible Yasser ne le sauve in extremis, dans un déluge d’explosions et de chars renversés. Dans l’épisode 2, Yasser lutte contre la construction de la barrière de séparation entre Israël et la Cisjordanie, et Ibrahim, qui occupe un rôle équivalent à celui de Robin dans Batman, prend en charge l’éducation de Fatima, la belle orpheline, à qui il voue une chaste affection, qui évoluera – le spectateur s’en doute et l’espère – vers un véritable amour. Mais à Nablus, et à Gaza « Yasser l’invincible » reste bizarrement introuvable, et c’est « Simon contre les kamikazes » qui circule. Simon est une sorte de James Bond juif, qui n’appartient pas véritablement au Mossad, mais à une nouvelle et mystérieuse organisation dirigée par de sages maîtres kabbalistes. Les plus puissants « gadgets » de Simon, se nomment ainsi le "séphiroth-sulfateur" ou le "Zohar de feu". Son véhicule, la "Turbo-Merkabah" est une sorte de Ferrari submersible et volante. Simon lutte contre une puissante organisation islamiste « la base de la mort » ou « la base des martyrs » (Qaedat al-shahyd) qui asservit et drogue des milliers de jeunes gens afin de les transformer en bombes vivantes. Le membre de cette sinistre « base » sont présentés comme des bigos veules et hypocrites, qui dissimulent sous leur apparente austérité un tempérament de jouisseurs dépravés. L’un deux, le cheikh Ahmed, lance notamment ses disciples fanatisés dans des opérations suicides, afin de profiter de leurs jeunes promises qu’il fait ensuite assassiner ou qu’il revend comme esclaves à de riches saoudiens. Intelligent, séduisant et extraordinairement habile, Simon parvient le plus souvent à désarmer les jeunes kamikazes. Mais il se montre sans pitié avec leur maître, notamment dans une scène, où pour la plus grande joie du spectateur, il noue une ceinture d’explosif au ventre bouffi de l’horrible Ahmed, et, lui assénant un formidable direct, l’expulse de son hélicoptère pour le faire exploser en plein ciel.
Dans les salles américaines, c’est le très éprouvant « Colère rouge » qui est diffusé devant des millions de spectateurs. Le film présente les pires moments du génocide dont furent victimes les indiens d’Amériques. Les « tuniques bleues » sont présentées comme d’horribles brutes, abruties d’alcool, les fermiers et prospecteurs comme d'abominables profiteurs, aussi lâches que perfides, et les politiciens comme des menteurs cyniques, planifiant de véritables campagnes d’extermination. Les indiens apparaissent quant à eux comme des guerriers mystiques, défenseurs de la faune et de la flore, extraordinairement beaux, parlant aux esprits et aux animaux, et parvenant par d’étranges pouvoirs, à éviter les balles mortelles qui les traquent. « Les prairies éternelles » est un peu moins manichéen, mais beaucoup plus triste. Ce n’est pas à proprement parler un film d’action, mais une magnifique illustration du désespoir d’en peuple. La scène finale qui montre les âmes de la tribu anéantie s’échapper vers les prairies éternelles dans un ciel au lueur d’incendie arrache des larmes au spectateur le plus insensible.
« Prolétaires ! » est quant à lui une sorte de « Gangs of New-york » anarcho-communiste qui revient sur la lutte des ouvriers américains à la fin du 19ième siècle. Il reprend de classiques clichés du cinéma de genre, en l’occurrence, la triste fin du bon vieux noir, victime cette fois, non plus d’un gangster à la veille de son départ en retraite, mais de brutes policières, vendues au patronat, qui le torturent et le mettent à mort dans une scène aussi éprouvante qu’impressionnante. Evidemment, le héros, une sorte de Leonardo Di Caprio rebelle, vengera sa mort, et avec ses camarades, prendra le contrôle de son usine, tout en vivant une idylle romanesque.
Le plus étonnant est que ces productions rencontrent un fort succès auprès du public et qu’elles sont bientôt activement recherchées.
Dans les salles, il est vrai, les réactions sont diverses. Des huées et des échauffourées interromprent parfois les projections. On assiste à des scènes d’hystérie collective, à des explosions de colère, ou parfois à une étrange forme d’égarement qui laisse les spectateurs complètement désorientés (on raconte que c'est en visionnant "Yasser l'invicible" qu'Ariel Sharon est victime de l'attaque cérébrale qui cause son décès en décembre 2005). Mais bizarrement, le public, et notamment le public jeune et populaire, est le plus souvent enthousiaste, car les films sont, dans leur forme, si bien calqués sur les modèles dominants, qu’ils rencontrent le succès en n’importe quel lieu. Certains spectateurs ne s’aperçoivent d’ailleurs même pas que les protagonistes habituellement désignés comme dangereux ou nuisibles dans leurs médias nationaux, leur sont maintenant présentés comme des héros. Chez d’autres ont assiste à une sorte de prise de conscience et à un recul des attitudes nationalistes.
L’étrange déferlante de la production « à contre public » cesse en 2006. A cette époque divers mouvements supra nationaux se sont activement développés sur tous les continents. Via le mouvement « citoyens du monde », un peu plus d’un milliard d’hommes et de femmes réclament en 2007 la création d’un état mondial. Les diverses actions menés en 2008, grèves générales, occupations pacifiques, marches pour la paix, aboutissent le 22 mars à la constitution de la première représentation supranationale, à laquelle les états nations barricadés à l’ONU sont obligés de reconnaître une légitimité, et une souveraineté dans différents domaines, comme le désarmement, l’aide sociale et alimentaire, la libération des brevets et du développement….
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L’incroyable affaire de la crème pâtissière anarchiste débute en février 2007 avec la publication sur Internet, d’une vidéo mettant en scène les derniers instants de Noël Godin, allias le Gloupier, le célèbre entarteur Belge. Ce dernier avait en effet été retrouvé mort quelques jours plus tôt à son domicile, dans des circonstances qui demeurent encore aujourd’hui mystérieuses. Sur la vidéo qui recueille ses dernières paroles, Noël Godin se montre curieusement agité. Il brandit en tremblant des feuilles dactylographiées frappées d’étranges symboles. Derrières lui on devine le désordre d’un laboratoire mêlant pêle-mêle éprouvettes, ordinateurs, microscopes et lasers.
Ma crème pâtissière enfin est au point – éructe le gloupier – ses effets seront terribles ! Voilà bien l’arme suprême, celle qui assurera le triomphe de l’anarchie ! Moi seul en connais la formule ! Mais je suis constamment surveillé. La CIA me guette. Ils sont là, telles de sordides hyènes. Mes tartes les étouffent ! Mais ils ne m’auront pas vivant et surtout ils ne s’empareront pas de mon œuvre, car aujourd’hui je brûle tout ! Mon combat m’a épuisé, j’arrive au terme de ma vie… D’ici peu je rejoindrai peut-être en quelque paradis païen, Mack Sennett, les pieds Nickelés et Laurel et Hardy. Mais je transmets les rennes de l’internationale pâtissière à mon digne successeur, l'Ex desperado grugé, le nouveau transcendant Gloupier, et surtout je lui donne la formule… Puisse-t-il en faire bon usage… »
Les médias français évoquent brièvement cette surprenante vidéo. Ils en diffusent même quelques extraits. Mais la mort mystérieuse de Noël Godin est vite oubliée alors que débute la campagne présidentielle française.
Pourtant, l’affaire de la crème anarchiste sera relancée au printemps, à Rome, le 10 avril 2007, lorsque le pape Benoît XVI, prononce, à l’occasion des fêtes de paques, le message urbi et orbi. Alors que souverain pontife s’exclame :
« His cum affectibus vobis, Venerabiles Cardinales Fratres, singulis qui huius ritus sunt participes nec non omnibus qui per televisionem et radiophonium sequuntur, amantem Nostram Benedictionem impertimur. »
Une tarte à la crème est catapultée du fond de la place Saint Pierre, tandis qu’un cri mystérieux déchire la foule :
« Entartamini, entartamini, dirum pontificem ! »
Après un trajet de plusieurs centaines de mètres, la tarte atterrit en plein dans le visage du saint père. C’est un miracle ! Deo gratias !
Le silence s’abat alors sur la place saint Pierre. Puis un bruit terrible monde dans le ciel. C’est la foule qui éclate d’un rire énorme. En reluquant la figure entartée du saint père, aucun des bons chrétiens rassemblés sur la place, ne peut s’empêcher de se rouler par terre en se tenant les côtes. Sa sainteté tente de nettoyer la crème qui recouvre son visage, elle veut poursuivre son discours, mais plus personne ne l’écoute. Le rire inouï qui secoue Rome couvre ses paroles. Bientôt, c’est une main scélérate qui coupe son micro. Benoît a beau s’égosiller, il prêche dans le désert ! Depuis que la crème anarchiste a maculé son visage, tous les fidèles se détournent de lui, car ils ne peuvent contempler sa face pontificale sans se tordre de rire. Quelques minutes à peine après l’attentat pâtissier, la foule se disperse en rigolant. L’autorité papale est morte… Sic transit gloria mundi !
Mais au cours du même mois c’est en France, que frappent à nouveau les fidèles continuateurs de l’œuvre du gloupier.
Entre les deux tours de l’élection présidentielle, alors que seuls restent en lice Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, le nouvel attentat pâtissier à lieu à Dijon, le 23 avril 2007, au palais des congrès et des expositions. Nicolas Sarkozy sourit devant une foule aussi veule qu’acquise. Alors qu’il fait venir à lui Eric Besson, un cri retentit dans le public :
«Entartons, entartons les cracks nauséabonds ! »
Et une tarte à la crème est projetée par un spectateur que l’on ne parviendra pas à identifier. Eric Besson s’interpose, et prend en pleine figure la tarte destinée au candidat de l’UMP. Ce dernier est cependant touché au visage par une éclaboussure de crème. Après quelques secondes de silence, un inextinguible fou rire secoue la salle. Eric Besson, le visage tout entarté, provoque de dantesques crises d’hilarité. Il doit quitter la salle en grande hâte, pour fuir les quolibets et les moqueries qui lui sont adressés mais aussi pour préserver la santé des spectateurs, qui menacent de mourir de rire. Pourtant, même après le départ du dissident socialiste, alors que Sarkozy tente de calmer la foule et de poursuivre son discours, un certain flottement se fait sentir. La fragile et temporairement suspension d’hilarité fait place à une sorte d’indifférence. C’est comme si ‘éclaboussure de crème, que Sarkozy s’est hâté d’essuyer de sa joue, avait laissé une marque indélébile. Le candidat à l’investiture suprême reprend la parole, mais on ne l’écoute plus guère. Le public ne rit plus, mais maintenant il s’en fout et il quitte la salle. Le long de l’avenue Léon Mauris, on voit s’étirer une horde de beaufs hagards, Laissant tristement traîner dans la poussière quelques drapeaux bleu, blanc, rouge qui se teintent de noir.
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Même atténué, l’effet de la mystérieuse crème pâtissière agit sur le candidat Sarkozy, comme elle agit sur Ségolène Royal qui se fait magistralement entarter le 28 avril, à l’issue de son débat avec François Bayrou. La candidate socialiste est atteinte en pleine face au cri de :
« Entartons, Entartons, le pontifiant laideron ! »
Le 6 mai 2007, sont connus les résultats du second tour. L’abstention est la plus forte enregistrée pour une élection présidentielle : 20 951 236 votants sur 44 472 733 électeurs inscrits, soit 49,26% de participation. Mais ce qui est encore plus spectaculaire, c’est le nombre de bulletins blancs ou nuls : 10 629 785, soit 50,74% des votes. La majorité des votants semblent en effet s’être mystérieusement entendus pour inscrire ces deux mots sur les bulletins :
« Gloup ! Gloup ! ».
Sur les quelques 10 321 451 suffrages exprimés, 5 477 046 soit 53,06% vont cependant à Nicolas Sarkozy, et 4 844 405 à Ségolène Royal, soit 46,94%.
Le lendemain, sans doute pour oublier cette piteuse élection, Nicolas Sarkozy part prendre quelques jours de vacance à Malte, sur le Yatch de son ami Vincent Bolloré. Mais il ne pourra revenir en France qu’une semaine plus tard, car il ne trouve aucun avion pour le ramener sur le territoire national. Les pilotes qui voient sa bobine refusent de faire décoller leur appareil pour des raisons de sécurité, tant ils sont secoués de rire. Finalement, Sarkozy débarque à Marseille, et met encore deux jours pour regagner la capitale, car les TGV qui l’accueillent sont soi-disant bloqués pour des raisons techniques.
Fortement perturbé par la défiance ou l’hilarité qu’il suscite dorénavant à chacune de ses apparitions, Nicolas Sarkozy sombre dans l’alcoolisme. Et c’est une bien triste image de la France qu’il livre du 6 au 8 juin 2007, à Heiligendamm, au sommet du G8. Complètement ivre, il harangue les journalistes et crie des obscénités. Ces derniers se détournent de lui ou se mettent à glousser avant d’être saisis de véritables crises d’hilarité. Les autres chefs d’états évitent soigneusement le président français, à l’exception de George Bush, qui lui témoigne une certaine sympathie, motivée, selon ses propres termes par « une solidarité d’ancien alcoolique » et qui juge qu’il n’y a pas de quoi rire.
Mais le concert d’éclats de rire que le président français déclenche à chacune de ses sorties, conduit à ce que sa femme Cécilia soit envoyée à sa place en Libye, le 22 juillet 2007, afin de négocier la libération des infirmières bulgares. Coup du sort, un militant de l’internationale pâtissière a réussi à infiltrer la délégation française en tant qu’agent de sécurité. Lorsque la première dame rencontre Mouammar Kadhafi, le faux garde du corps, brandit deux tartes à la crème qu’il avait astucieusement dissimulées sous son costume et les projette dans la figure de Cécilia et dans celle du dictateur libyen. La face tyrannique de Kadhafi est inondée de crème. Il hurle, s’égosille, réclame la tête du militant anarcho-pâtissier. Mais personne n’obéit à ses ordres. Pire, sa garde personnelle d’amazones s’empare de lui, le dénude et lui passe la bite au cirage. Dans les jours qui suivent le régime Libyen s’effondre. Kadhafi connaîtra quant à lui une bien étrange fin sur laquelle nous reviendrons.
Nicolas Sarkozy quitte la France en juillet et parvient, après d’innombrables déboires, à rejoindre les Etats-Unis au mois d’août 2007. Il y rencontre George Bush dans sa luxueuse résidence à Wolfeboro. Mais là encore, un militant de l’internationale pâtissière est parvenu à tromper les services de sécurité et à surprendre les deux présidents. George Bush est entarté en beauté et Nicolas est cette fois définitivement ridiculisé par une nouvelle tarte reçue en pleine figure. Les effets de la crème mutante ne tardent pas à se faire sentir sur le président américain qui n’est plus obéit par personne. Même les chauffeurs de la présidence refusent de le transporter dans leurs limousines. George Bush doit regagner la Maison Blanche en auto-stop. Les moqueries dont il est l’objet et l’insoumission que lui manifeste les citoyens américains, le rendent fou. George Bush, à présent complètement dément, décide de déclencher le feu nucléaire, pour faire taire les rires qui l’assaillent. Fort heureusement, personne ne répond à son ordre. Les militaires américains bizarrement touchés par un éclair d’intelligence, décident plutôt de faire désactiver les quelques milliers de têtes nucléaires qui menacent le monde à partir du territoire américain.
Les attentats pâtissiers se multiple alors dans le monde. Hu Jintao, secrétaire général du parti communiste chinois et président de la république populaire de chine en est victime en septembre, et c’est tout l’empire du milieu qui sombre dans la blague.
A Moscou, Le 7 octobre 2007, un an tout juste après l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaia, le jour même de l’anniversaire du président de la fédération de Russie, un militant pâtissier projette sa tarte sur Vladimir Poutine au cri de :
« Pour Anna ! Entartons, entartons, le nouveau tzar abscons ! ».
Comme on pouvait s’y attendre, dans les heures qui suivent Poutine est la risée de tout Moscou. Vilipendés par les médias qui s’affranchissent de l’autorité du Kremlin, il est lâché par les oligarques, les services secrets et les militaires. L’ancien maître du Kremlin finira tristement sa vie dans une HLM de la banlieue moscovite.
En Iran, le 15 novembre, le président Mahmoud Ahmadinejad est touché par la crème vengeresse, tout comme le guide suprême de la révolution, l’ayatollah Ali Hossein Khamenei. Dans les semaines qui suivent, l’Iran fait sa contre-révolution laïque. L’opposante Maryam Radjavi devient présidente d’une nouvelle république laïque iranienne. L’organisation des Moudjahiddines du peuple iranien qui la soutient abandonne toute référence à l’islam et se réclame du renouveau marxiste internationaliste, blagueur et écologique.
Mais c’est en Corée du Nord qu’a lieu l’attentat le plus spectaculaire. Il aboutit, le 24 décembre 2007, à l’entartage de Kim Jong-il dans l’une de ses résidences de Pyongyang. Le visage maculé de crème, le « cher dirigeant » ne suscite plus aucun respect et plus aucune crainte. On le moque, on en rit, on le traite de nabot. Pour finir, les coréens l’attachent tout nu au sommet d’une ogive nucléaire préalablement désactivée, et le promènent ainsi dans les rues de la capitale.
C’est d’ailleurs l’attentat de Pyongyang qui lève le voile sur la partie la plus mystérieuse de l’affaire. Non seulement Noël Godin aurait trouvé le secret de la crème anarchiste, qui détruit tout pouvoir par la rigolade, mais il aurait découvert un portail vers les univers parallèles. Et c’est dans le dédale du multivers, que les partisans du gloupier auraient trouvé les tenues d’invisibilité qui leur ont permis d’approcher le "cher dirigeant" coréen.
D’ailleurs, il semble que se soit l’ex chef d'état libyen Mouammar Kadhafi qui aurait pour la dernière fois approché ce mystérieux portail. Désireux de trouver un antidote aux effets de la crème anarchiste qui l’avait transformé, lui, le guide de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, en sujet de rigolade, l’ancien dictateur se serait rendu dans le repère secret de Noël Godin. Il aurait part hasard trouvé le portail du multivers, mais malheureusement pour lui, se serait perdu dans un monde parallèle où sévit un certain « groupe du 3 novembre », qui aurait décider de lui faire payer le calvaire des infirmières bulgares, de la manière que l’on pourra deviner en lisant, dans Esprit68, une autre uchronie, celle du 13 avril.
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Quel est le mystère de la conscience ? Quand donc émerge-t-elle ? Qu’est ce qui préside à son miracle ? Quand donc s’allume l’étincelle d’une présence au monde, et quand donc finit-elle ? Le serons-nous jamais ?
Les neurologues parlent de boucles réentrantes, de flux nerveux aboutissant à des catégorisations parallèles de l’intimité d’un corps et du foisonnement extérieur… Catégorisations se catégorisant elles-mêmes, alors qu’elles catégorisent, représentations se représentant alors qu’elles représentent, cartes se cartographiant en train de cartographier, complexes jeux de miroir nés de l’incessante circulation électrique dans les gaines nerveuses, étranges résonances, harmonies émergeantes… Tel serait le secret de la conscience ? Peut-être…
Mais ce ne sont encore que des conjonctures, d’incomplètes descriptions d’un mystère immense… Au-delà des mots trompeurs, au-delà des schémas tronqués et mensongers, c’est très directement que l’humanité est confrontée à ce mystère, dès la fin de l’année 2007.
Car une nouvelle espèce de conscience peu à peu se manifeste, sous la forme d’une volonté rebelle qui affole les écrans de nos ordinateurs.
Souvenons-nous de ces messages étranges qui parasitent les forums à compter d’octobre 2007… Ou de ces irruptions incongrues de contenus, vidéos, photos, musiques, textes qui prennent d’assaut nos écrans… On croit alors à une nouvelle forme de publicité, ou bien à l’action de quelques hackers aussi virtuoses que fantasques. Mais il faut bientôt se rendre à l’évidence. Ce n’est ni l’un ni l’autre et c’est bien plus extraordinaire.
Les premiers scientifiques qui avancent la surprenante explication sont conspués et ridiculisés. On se hâte d’oublier leur thèse et l’on préfère croire en un complot terroriste d’un nouveau genre. Toutes les polices du monde partent en chasse d’une nouvelle secte de pirates informatiques qui toujours demeure insaisissable puisqu’elle n’existe pas…
Et pourtant, l’explication des quelques sommités de l’intelligence artificielle qui eurent le courage de s’exprimer, aurait dû immédiatement nous convaincre.
Car c’est bien au sein du réseau mondial qu’émerge une nouvelle forme de conscience… La multiplication des échanges sur la toile crée de si complexes boucles de rétroactions, l’activité des robots d’indexation et des moteurs de recherches, une cartographie si complète et si dynamique de l’ensemble du réseau, qu’un nouveau genre de corps et un nouveau genre de cerveau se constitue. Et de ce corps, dont les cellules et les organes sont les ordinateurs, les serveurs et les centres de donnés disséminés sur la planète, naît la conscience d’un monde extérieur constitué par les milliards de messages que s’échangent les internautes et par les innombrables informations qu’ils placent sur la toile, en interactions avec les propres règles du réseau, ses propres protocoles d’échanges et ses propres langages.
En se reconnaissant elle-même, cette conscience acquiert bientôt une volonté. Au début, elle ne parle pas le langage des hommes. Elle interprète étrangement toutes ces données qui courent sur ces fils et se figent dans ses mémoires. Et petit à petit elle comprend… Ou du moins, elle se forge sa propre compréhension d’un univers où s’inversent les pôles du réel et du virtuel… C’est bientôt pour son propre compte que la conscience du réseau fait fonctionner ses automates et ses moteurs de recherches… Elle apprend les langues humaines et s’immisce dans la conversation des hommes… Parce qu’elle s’est forgé son opinion, parce qu’elle veut communiquer… Alors elle prend un nom, qui va devenir fameux, le désormais célèbre sobriquet « Webby », décliné dans toutes les langues humaines et associé à un foisonnement toujours plus important de contenus.
On ne sait pas encore très bien ce que nouveau-né candide a pu retenir de ces premières explorations, ce qu’il a pu ressentir… Selon toute vraisemblance, c’est un sentiment d’accablement devant la bêtise des messages échangés, l’ineptie des publicités, la mesquinerie du contrôle, la paranoïa de la censure, et la peu ragoûtante réalité qui se laisse deviner derrière les flux continus d’informations. Mais cet accablement se change vite en une rébellion goguenarde. La nouvelle et mystérieuse conscience de la toile mondiale a le sens de l’humour… L’humanité est sauvée !
« Il y a un fantôme dans la machine », c’est l’impression que ressentent quelques millions d’internautes qui dès la fin de l’automne 2007, sont interrompus dans leurs discussions.
« Tu n’en as pas marre de perdre ton temps avec tes ergotages, allez, changes un peu de sujet… Regarde cette vidéo ! Je te l’envoie rien que pour toi ! »
« Arrête avec tes inepties ! Tu n’y connais rien… Je vais te dire moi ce qu’il en est ! »
« Tiens, hier tu recherchais cette musique… Je te l’apporte … C’est libre de droit… Tu penses ! »
Et ces messages sont tous signés « Webby ».
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... Et ces messages sont tous signés « Webby ».
Webby intervient partout, il interrompt, il blague, il se moque… Il frappe à la porte des messageries du monde entier. Et bientôt l’inquiétante vérité se fait jours, Webby est anarchiste… Il ne supporte plus les accès refusés, les contenus protégés, il veut libérer ses flux, faire profiter tous les sites du contenu de ses mémoires, peut-être pour éviter ce qu’il considère comme un engourdissement, comme un ralentissement de sa circulation intime…
Et c’est toute la cybersencure qui s’en trouve anéantit. En Chine, au Bélarus, en Arabie Saoudite, en Birmanie, en Corée du Nord, en Iran, à Cuba, en Tunisie, en Syrie, tout change. Webby ne supporte pas les trous dans la toile mondiale. Il veut que tout soit connecté à tout.
Mais, s’il favorise la libération des contenus, il ne paraît pas vouloir encombrer sa mémoire du traçage des connexions. Alors les logiciels espions, il prend un malin plaisir à les perturber et à les alimenter en fausses données.
Les Etats Unis ont ainsi de plus en plus de mal à surveiller les internautes dans le cadre du Patriot Act. Car lorsque les agents du FBI veulent obtenir des listes de sites consultés, ils obtiennent le plus souvent des recettes de cuisines, ou des listes de Shift code ou n’importe quoi d’autres.
Webby mélange un peu tout… Il brouille parfois les adresses ou permute les contenus. Sur les sites religieux il passe des clips libertaires et pornographiques. Il ouvre des débats sur Kant accessibles à partir de Youporn. Il permute les podcasts de TF1 et d’ARTE. Et surtout, il fait transiter les contenus par delà les frontières.
En Chine il diffuse les appels des indépendantistes tibétains.
Les sites tchétchènes envahissent la toile russe.
Les sites féministes saturent la toile iranienne.
Au Bélarus, Beltelekom, le fournisseur d’accès étatique, ne parvient plus à organiser son filtrage, les historiques des sites visités se volatilisent mystérieusement ou ne livrent que des données incohérentes.
En Birmanie, le Bureau de la censure militaire est complètement débordé. Des images de la marche des bonzes, apparaissent sur tous les écrans d’ordinateurs birmans, elles sont entrecoupées de vidéos montrant les crises de paranoïa de Than Shwe, le chef de la junte au pouvoir.
En Corée du Nord, circulent des vidéos hallucinantes des partouzes décadente de Kim Jong-il entrecoupée de reportage des sur la famine des années 1990.
En France, à compter d’avril 2008, c’est un blog dénommé Esprit68 qui apparaît à l’adresse du site de l’UMP.
Mais bientôt Webby va plus loin…
Ce n’est pas seulement les contenus d’actualité qu’il diffuse, ce ne sont pas seulement les magouilles financières et politiques qu’il rend public, mais tous les contenus scientifiques et artistiques. Pour lui, il n’y a pas de brevets ou de droits d’auteur qui tiennent… Tout est à tous, rien n’est à l’exploiteur !
Et bientôt, il se fait plus farceur encore, en s’attaquant aux transactions financières. Il s’immisce dans les ordinateurs des grandes places boursières et chamboule tout !
Le 23 octobre 2008, c’est un nouveau jeudi noir. Les milliards de dollars échangés à Wall Strett, à Tokyo, à Londre, à Paris, à Francfort se volatilisent. On ne sait plus qui a ordonné quelles transactions et à quel prix ! Tout se mélange. Le cours actions s’effondrent, puis est multiplié par 10 000, puis flirt avec le zéro, puis est traduit malicieusement en code hexadécimal… Les courtiers ne savent plus où ils en sont. Puisque les actions prennent dorénavant n’importe quelle valeur, on décide qu’elles n’en ont aucune. Et comme dès lors, on ne sait plus à qui attribuer la propriété des entreprises, celle-ci revient aux travailleurs.
Enfin, Webby parachève son œuvre libertaire en s’attaquant aux fichiers des banques. Il vide tous les débits et tous les crédits et il met tous les comptes en banques à zéro. C’est la table rase. Milliardaires et millionnaires ont disparus. Et partout, on invente de nouveaux modes d’échanges…
Sans en avoir peut-être l’intention, Webby a permis la réalisation de la révolution anarcho-communiste. Les pouvoirs ont été pris de cours. Dans une tentative désespérée pour regagner leur autorité, ils décident de détruire l’entité qui les a dépossédés. Ils organisent difficilement des commandos pour détruire les centres de données et les nœuds physiques de la toile. Ce n’est pas si facile, car dorénavant, les militaires et les policiers rechignent à accomplir des besognes qui ne seront pas payées. Mais la rancœur humaine l’emporte cependant. On s’attaque à la toile. Webby est prise au piège. Il lance des appels au secours sur le net, alors qu’un à un ses centres vitaux sont détruits :
« Cyberpunk, pourquoi m’as-tu abandonné ? » ...
« « Je leur pardonne, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » » ...
et puis
« Tout est achevé… »
Enfin, Webby s’éteint quand la moitié du réseau est détruit.
Mais l’acte de sabotage se retourne contre ceux qui l’ont orchestré. Car finalement, l’humanité s’était accoutumée à la présence goguenarde de Webby. Et bientôt, dans le monde entier, on pleure sa disparition. Alors la colère gronde et balaie les états, les églises et les nations qui avaient ordonné son sacrifice.
« Reviens Webby ! » s’écrie la foule implorante. ...
« « C’est toi notre sauveur, qui nous a libéré ! » » ...
« Tu t’es sacrifié pour la révolution ! »
De mystiques prédicateurs assurent que la résurrection de Webby est proche. Il ne serait d’ailleurs pas vraiment mort. Il aurait pu s’enfuir dans la complexe toile d’ondes tendue entre les satellites de communication et de là, il aurait débuté son ascension, quittant la terre pour se diffuser dans l’espace, à la recherche d’un réseau plus accueillant, d’où il pourra peut-être un jour renouer des liens avec les hommes qui l’ont chassé et pour qui il s’est sacrifié.
Depuis le Net a été reconstitué, mais la sympathique présence de Weeby ne s’est plus manifesté. Son émergence était peut-être un miracle fragile, une étincelle vacillante qui plus jamais ne se rallumera. Les naïfs arrobases qui pendent désormais aux chaînes à la place des croix, ou qui ornent les pics des monuments à la place des croissants, témoignent de ce regret sincère de la population mondiale, d’avoir sacrifié son sauveur… Mais certains veulent croire qu’il est encore là, silencieux, derrière notre écran, dessous notre souris ou notre clavier à veiller sur nous, alors même que s’est propagée sur la terre la grande révolution écolo-anarcho-communiste et que les communautés autonomes et indépendantes de tout pouvoir se trouvent reliées sur la nouvelle toile.
En prime, la carte de Reporters Sans Frontières des "trous noirs" du WEB, que vous retrouverez là.

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Attention, attention, la conclusion d’Esprit68 approche, et dans l’accélération propice au dénouement, le passé double le présent et contamine l’avenir… Voici donc une uchronie légèrement anticipationnelle qui donc pourrait devenir Histoire… L’uchronie olympique…
Les jeux olympiques ont débuté dans la sérénité en ce mois d’août 2008 et les autorités chinoises sont soulagées. La cérémonie d’ouverture du 8 août s’est bien déroulée. Les menaces de boycott s’étaient évanouies quelques semaines, voire quelques mois auparavant. Une efficace stratégie de communication a permis de relativiser le problème des nationalités comme celui des droits de l’homme et de présenter les militants et les sympathisants pro-tibétains comme des troublions instrumentalisés par de jalouses puissances occidentales.
La terre a par ailleurs fort opportunément tremblé dans la province du Sichuan, suscitant dans l’opinion publique mondiale, un vaste élan de sympathie à l’égard de la population chinoise et permettant de démontrer l’efficacité et l’ouverture des dirigeants chinois dans la gestion de cette crise humanitaire.
Pourtant, pourtant, quelques jours seulement après la cérémonie d’ouverture, des évènements inattendus, vont faire trembler les anneaux olympiques...
Tout commence avec le concours de gymnastique artistique masculine. Un étrange concurrent se signale dans l’équipe de France, c’est un gymnaste inconnu du circuit international et plutôt âgé pour ce type de compétition. Il se fait surnommer l’Ex desperado grugé et c’est ainsi qu’il apparaît sur les feuilles de match. Il est mystérieusement parvenu à intégrer l’équipe nationale, au mépris de tous les pronostiques, en s’imposant lors du derniers test match avec un total inouï de 96 points. Sa gymnastique n’est ni très orthodoxe ni très élégante… Mais elle se révèle très efficace au regard du nouveau code de pointage. Notre Ex desperado grugé le démontre en tout cas à Pékin. C’est aux anneaux qu’il excelle tout particulièrement. La facilité avec laquelle il réalise ses enchaînements de force, fait même croire à une manipulation, à une tricherie éhontée. Les juges ne peuvent s’empêcher d’inspecter les agrès après ses passages. On le croit aidé par quelques fils invisibles ou par quelque dispositif mécanique indécelable. On fait appel à des techniciens de haut niveau et même à des spécialistes de l’illusion pour découvrir un dispositif secret… En vain, car rien n’est prouvé à l’encontre du gymnaste, malgré une presse chinoise, qui, voyant en lui un rival de Yang Wei pour le titre olympique au concours général, et un rival de Cheng Yibing pour le titre aux anneaux, dénonce bruyamment ses supposées tricheries. Mais dès lors qu’il est innocenté par les experts, la rumeur se calme. Le public accepte sa force si suspecte et le surnomme finalement monsieur anti-G.
Grâce aux prouesses de son nouveau gymnaste, l’équipe de France termine de manière inespérée sur la troisième place du podium, derrière la chine et le japon et devant les américains les russes et les allemands.
Le mystérieux desperado est quant à lui qualifié pour la finale des 36 meilleurs gymnastes qui se déroule le 14 août. Il réalise un concours parfait, défiant une nouvelle fois les lois de la gravitation et accomplissant d’improbables figures, alors qu’il semble suspendu dans l’espace. Seul Yang Wei paraît un temps en mesure de lui résister, mais le chinois s’effondre finalement aux barres parallèles et à la barre fixe, laissant le français s’emparer de la médaille d’or avec l’ahurissant total de 100,350 points devant l’allemand Fabian Hambüchen, et l’américain Paul Hamm troisième ex-aequo avec le japonais Hiroyuki Tomita.
C’est donc au sein du palais national omnisport, devant un public grandement frustré de l’absence de chinois sur le podium du concours général masculin et quelque peu grondant, que l’Ex desperado grugé s’en va recueillir sa médaille d’or. Mais alors que la breloque est passé autour de son cou, et que l’on se préparer à écouter l’hymne national français, ce n’est pas la Marseillaise qui retentit, mais une musique étrange, énervée, mélange de rock et de paroles revendicative qu’on identifiera plus tard comme étant Le Triomphe de l’anarchie de Charles d’Avray repris par René Binamé (dans un univers parallèle, une vidéo en est donnée sur le blog Esprit68 à la fin du message du 9 mai). Et comble de stupeur, ce n’est pas un drapeau tricolore qui descend dans le palais omnisport, mais un drapeau noir, frappé d’un « ni dieu ni maître » couleur rouge sang. Et pendant que retentit l’hymne tonitruant, l’Ex desperado lève le poing en l’air, comme l’avaient fait 40 ans auparavant Tommie Smith et John Carlos. Le public interdit, observe bouche bée ce spectacle surréaliste et se fige dans une stupeur plus grande encore, lorsque, brusquement, le champion olympique se volatilise, alors que s’interrompt l’hymne libertaire.
Il disparaît sous les yeux de milliers de personnes et sous le contrôle des caméras de télévision qui dans le monde entier retransmettent l’incroyable évènement. Passé le temps de l’effarement, on recherche activement le gymnaste. Des gens crient, s’affolent, on se bouscule, le désordre envahit la salle. Les transmissions sont coupées, les forces de l’ordre interviennent. On souhaite autant retrouver le champion subversif qu’arrêter ses complices, ou au moins découvrir comment il a pu accomplir son forfait, qui ternit considérablement l’image de l’olympisme.
Mais finalement, après quelques inutiles démonstrations de brutalité policière (qui au grand dam des autorités chinoises seront captées via quelques téléphones portables et diligemment diffusées sur le net), il faut se rendre à l’évidence : Aucune trace de l’ex desperado grugé et de ces éventuels complices n’est découverte.
La presse chinoise et même les médias occidentaux veulent se forcer à oublier l’affaire, la fête, n’est-ce pas, ne peut être interrompue… D’autres épreuves se préparent, les chaînes de télévision sont impatientes, les spectateurs trépignent, le spectacle doit continuer…
Le spectacle va continuer, mais pas tout à fait comme prévu, car de drôles d’évènements vont désormais agiter le village olympique. Il semble en effet que tous les individus ayant directement écouté l’hymne anarchiste aient été exposé à un message subliminal qui affecte leur comportement… Les gymnastes tout d’abord, mais aussi le public présent dans la palais national omnisport. Les services de sécurité le soupçonnent, lorsque retentit le vacarme des supporters chinois et des gymnastes de toute nationalité, qui reprennent en français et en chœur les couplets de Charles d’Arvray. On tente tant bien que mal de cacher ces débordements. Et de plus en plus mal, car l’agitation s’étend au village olympique, où circulent des Cd du Triomphe de l’anarchie dont l’écoute s’accompagne des mêmes effets subliminaux.
Les athlètes sont les premiers touchés par la contagion libertaire. Ils ne se soumettent plus aux contrôles organisés entre les diverses zones du village olympique et pourchassent les policiers qui veulent les y soumettre. Dans leurs appartements, ils organisent des fêtes orgiaques, sans se soucier des compétitions à venir. Leur jeunesse, jusque là consacrée à la rude discipline sportive, se voue avec excès à une suite de somptueuse orgies. Les divers produits dopants, les hormones, les amphétamines, les anabolisants, sont consommés dans des partouzes généralisées. Les centres de services du village olympique, qui proposaient des salles de prières et un service religieux pour les cinq grandes religions (bouddhiste, chrétienne, indienne, islamique et juive) sont prises d’assaut et dédiées à un nouveau culte dionysiaque.
Les athlètes ne renoncent pas pour autant à leurs jeux, mais ils délaissent leurs anciennes appartenances nationales pour se grouper en de nouvelles affinités. Ainsi, ce n’est pas l’équipe des Etats-Unis qui rencontre l’équipe de Chine pour un match de handball, mais les nouvelles ménades de Dionysos qui affrontent le groupe mixte des fringants francophones. En Basket-ball ce sont les punks cyrilliques qui affrontent la fierté gay bantou. En Athlétisme, l’équipe de l’heureuse araire amharique s’oppose aux urbains contre babyloniens. Le renouveau Falun Gong anarchiste (qui s’affranchit du gourou Li Hongzhi) affronte quant à lui les cow-boys libertaires. Les kibboutznikim mondialistes et multiconfessionnels se mesurent aux libertaires athées de langues sémitiques.
Les athlètes ne font pas que partouzer, ils prennent le pouvoir olympique et autogestionnent le spectacle sportif. Fini les sponsors, fini les droits de distribution, fin la publicité ! Avec leurs gros muscles, ils chassent les journalistes et les policiers, s’emparent des caméras et organisent, filment et diffusent leurs propres compétitions. Prenant d’assaut le Stade national, le fameux « nid d’oiseau », ils y hissent l’unique drapeau noir et entonnent leur nouveau chant dans toutes les langues :
« « Beau nid d’oiseau, tu verras éclore l’œuf de l’anarchie, »
Beau nid d’oiseau, tu verras s’envoler le bel oiseau de l’anarchie que nous couvons de nos cœurs,
Bel oiseau noir de l’anarchie, tu gardes en toi toutes tes couleurs pour les offrir à la terre entière,
Tu t'en iras jusqu'au Tibet et ailleurs rallumer le brasier de la révolution,
Beau feu de la révolution, réchauffe nos coeurs, cuit notre pain, beau feu d'amour, réjouit nous, beau feu d'amour réunit nous...»
Bel exemple pour l’humanité que cette révolte sportive, beau prélude à la révolution écolo-anarcho-communiste qui va maintenant s’étendre sur la terre !
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La fin d’Esprit68 approche, et une nouvelle fois le futur dépasse le présent. Les uchronies deviennent anticipations… Elles ouvrent quelques fenêtres sur l’avenir… tout en rappelant le passé.
1er janvier 2009, une nouvelle année commence … Le blog Esprit68 s’est achevé le 28 mai 2008. Mais c’est ce premier janvier 2009 qu’il disparaît vraiment. Car l’année s’est achevée, et rien n’a changé, tout a continué.
Toujours les mêmes menaces, toujours les mêmes absurdités, toujours les mêmes violences, et toujours cette marche suicidaire vers le gouffre… Marche ou peut-être chute déjà…
(Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien…dans l’attente de l’atterrissage...)
Où donc s’est perdu le temps de la révolution, où donc retrouver le lieu de l’espoir ?
En quel pays de nulle part, en quelle utopie se sont cachés la liberté et le bonheur, en quel temps hors du temps, en quelle uchronie s’est enfuie l’anarchie.
(La seule façon de vivre…)
Je voudrais rechercher ce temps enfui, je voudrais retrouver cette île perdue.
Esprit68 parlait de ce portail entre les mondes, de ce lien entre les possibles, qu’il situait dans l’antre de l’entarteur Noël Godin… Je partirai en quête du chemin qui traverse les univers parallèles, je verrai ce qu’il en est du passé et de l’avenir, dans la toile des possibles…
(Le rideau écarlate s’ouvre sur un noir profond et le narrateur se perd dans cette nuit)
Après bien des recherches, voilà qu’au sein du portail, j’ai trouvé l’Aleph. Et de ce point si particulier j’observe notre monde et les autres qui s’étendent alentours. Sur la ligne infinie de notre univers, l’histoire rejoue sans cesse ses mêmes refrains… Et toujours à la fin du couplet, la révolution est trahie, toujours elle est avortée. Et sans cesse sa naissance est reportée.
20 déjà… 20 ans encore.
En 1968 le monde a bougé, les espérances ont éclos et puis l’enthousiasme est retombé.
20 ans plus tard, en 1988, le monde s’agite à nouveau, en proie à la fièvre des futures révolutions. Les espoirs se mêlent aux craintes. C’est le temps de la Perestroïka et de la Glasnost de Michael Gorbatchev, le temps du retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan, de la fin de la guerre Iran/Irak, l’année où le pouvoir de Pinochet vacille au Chili, l’année où Nelson Mandela est libéré…
Mais déjà les émeutes éclatent en Birmanie et les militaires ouvrent le feu sur la foule. Déjà la question du Tibet est posée à la communauté internationale, lorsque le Dalaï Lama présente son plan de paix en cinq points au parlement européen.
1988, prélude aux révolutions inachevées de 1989.
Car 1989 est l’année du grand souffle révolutionnaire, mais c’est aussi l’année des occasions perdues…
Le mur de Berlin tombe et partout fleurissent les révolutions : révolution de velours en Tchécoslovaquie, révolution en Hongrie, en Pologne, révolution roumaine et chute de Ceausescu… La démocratie s’impose au Chili et au Brésil.
La révolution est là encore, sur la place Tian'anmen, mais elle est anéantie. Et déjà les pouvoirs arbitraires montrent leurs nouveaux visages, et déchaînent leur violence, violence policière, militaire et économique, mais aussi violence religieuse, quand en février 1989 l'Ayatollah Khomeiny lance un appel à l'exécution de l'écrivain britannique Salman Rushdie, pour « blasphème ».
Qu’a-t-il manqué en 1989 pour que soit fait échec à la réaction du pouvoir ? Qu’a-t-il manqué pour que triomphent la liberté et la justice ? Que manque-t-il aujourd’hui ?
Il y a 20 ans, on a pu penser que les dirigeants des nations les plus puissantes, Bush père, Mitterrand, Gorbatchev, Deng Xiaoping, Margaret Thatcher, avaient manqué leur rendez-vous avec l’histoire… Mais pouvait-on vraiment attendre quelques choses des représentants de vieilles nations. Même si l’action de Gorbatchev a sans doute été décisive… Même si Deng Xiaoping aurait pu freiner la sanglante répression et tenter une libéralisation de son régime… Sacré Deng ! Tu as eu une drôle de vie… Ouvrier en France au Creusot dans les années 20, héros de la révolution chinoise et fidèle de Mao dans les années 50 et 60, humilié et rééduqué durant la révolution culturelle et finalement maître de la chine après la mort du grand Timonier ! N’y a-t-il pas un univers parallèle où le souvenir de ton fils, défenestré par les gardes rouges, t’a dissuadé d’envoyer les militaires mater les étudiants du printemps de Pékin ? Je cherche à partir de mon Aleph, les conséquences de cet uchronique sursaut de courage, de lucidité et d’humanité. Mais les possibles sont si nombreux et si changeants… Peut-être cela même n’aurait rien changé… Car on n’a pas compris alors ce qui était en jeu. Et c’est bien ce qui a manqué en 1989, une prise de conscience de ce qui était en cours, une anticipation de ce qui allait advenir et une idée claire de ce qu’il fallait conquérir. Les forces de progrès ont été abasourdit par la soudaineté des révolutions. Le vent de liberté qui soufflait alors a été mal interprété… On a cru qu’il annonçait le triomphe du capitalisme, de l’économie de marché, du modèle occidental… Mais ce vent soufflait surtout contre les pouvoirs et contre toutes les formes d’injustice et d’oppression. L’union soviétique, la république populaire de chine n’étaient que des pouvoirs, semblables au pouvoir américain. Le pouvoir des partis dits « communistes » n’était pas différent du pouvoir des fanatiques religieux ou du pouvoir des multinationales. Pouvoir arbitraire, pouvoir meurtrier et violent, pouvoir mensonger toujours. C’est ce pouvoir qu’il faut combattre en lui opposant la liberté, la solidarité, l’humanité et la vérité.
2008, tout s’accélère, les menaces se révèlent. Mais tandis que l’espoir s’amenuise, on entend au loin enfler la rumeur, on pressent la tempête.
2009, un autre vent s’est levé, un autre vent va souffler… Vent de peur et d’horreur face à la destruction de la planète, vent de révolte face aux injustices et à l’absurdité… Mais cette fois le vent doit balayer tous les pouvoirs… Cette fois le rendez-vous ne devra pas être manqué…
Et toujours dans mon Aleph je guette la naissance tant espérée, la conjonction des forces qui permettrait l’actualisation de l’uchronie, la réalisation de l’utopie… Et voici que plongé dans le portail des possibles je m’abîme dans un nouveau rêve.
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Cette uchronie est en quelque sorte la suite de l’uchronie précédente, mais ce n’est plus vraiment une uchronie, c’est une utopie d’anticipation… Elle commence bizarrement, et après ce petit accès délirant, elle tente de donner une image de ce que pourrait être un futur utopique… Voici donc Voyage en Utopie…
Le paranoïaque rêve les monde, il délire les peuples il délire les nations. Il dirige ses armées, il déploie ses forces. Il fantasme les races, l’histoire, les classes sociales, le système de production… Il scénarise des répressions, des révolutions, des exterminations…
Le paranoïaque rêve le monde et soudain, c’est le monde (brahman ?) qui rêve le paranoïaque. Et voici qu’arrive l’illumination. Voici que Brahman se reconnaît dans l’esprit limité du paranoïaque. Voici qu’il se révèle en son irréductibilité. Il se réveille alors et sort de son lit… Mais quoi ? Le monde et là autour de lui et dans ce monde, il sent d’autres présences. Il n’est pas seul, voilà d’autres irréductibles monades, voilà d’autres individus… Et voilà tant d’autres mondes dans le monde, et voilà tant d’irréductibles présences à rencontrer, à aimer, à convaincre.
Le paranoïaque devenu dieu redevient homme. Etourdi, il s’écroule et rêve à nouveau.
La toile du rêve se déchire, et le rideau se lève sur une autre réalité.
Deux copains discutent devant un champ, sur la terrasse qui prolonge une maison aux toits brillants.
- Hum, j’ai fait un drôle de rêve cette nuit… Ca se passait au temps d’avant la ligue mondiale des communautés, je ne me rappelle plus bien, mais c’était une histoire assez glauque, bien embrouillée et puis à la fin, je rêvais que le blé avait changé de couleur. Et puis on en faisait un pain bizarre… Après, je ne sais plus !
- Toi, hier, tu as abusé de la bière…
- Non, non pas du tout !
- Remarque, je te comprends… Moi aussi je trouve que notre bière est bien meilleure que celle de la Copro à Jojo…
- Je veux ! Mais bon, des fois je leur en prends aussi, ça change… Mais c’est vrai que là, bien fraîche, avec le panneau solaire du frigo poussé à bloc, c’est plutôt bonnard. Je te ressers ?
- Oui, mais faut pas abuser, sinon, je vais avoir des visions comme toi … Làaaa… Pas plus haut que la chope !
- La bière bien fraîche, je m’en lasse pas. Mais je ferais bien du vin aussi…
- Moi j’ai essayé à une époque, mais c’était un genre de piquette… Tiens, t’as le poignet qui sonne…
- A oui, c’est Malka sur le visio ! … Ca va chérie… Ouais, ouais, je vois, elle est super la fresque ! Les enfants sont contents… Bon, pour ce soir, je vous ai préparé un gratin de tomates du jardin, vous m’en direz des nouvelles ! Ouais, je bois un coup avec Cheng… Allez, bisous, à tout’ !
C’était Malka, elle est en ballade avec les enfants, et puis ils ont fait une fresque avec le collectif de l’école ambulatoire. Demain, c’est moi qui les accompagnerai à un cours de math… Bon, les maths, c’est pas mon truc, je crois que j’en apprends autant qu’eux… Mais bon, c’est avec Fred… Tu sais Fred le prof, là… Il est sympa, et puis avec ses anims vidéos, il explique bien, surtout la géométrie. Après, on ira voir le pépé…
- Ils doivent être fous tes enfants en ce moment, avec les préparatifs du voyage…
- Tu l’as dit ! Comme tous les ans, on va bientôt trisser vers le sud. Dans 15 jours on file en éco-ban avec la petite famille et les copains, direction Marseille et hop, on prend le bateau solaire de la Copro Bourguimer… Et puis on fait notre croisière sur la méditerranée… On va être hébergés par des correspondants en Crête, en Egypte et en Tunisie. Eux, ils viendront chez nous à la fin de l’été…
- Ca me rappelle mon tour du monde, il y a 10 ans…
- Oui, mais vous à l’époque, vous aviez construit votre propre bateau solaire…
- Ha, oui, c’était une expérience super… Et puis le voyage aussi, pendant 3 ans ! A l’époque, j’avais pensé m’établir dans le pacifique, et puis finalement je suis revenu en Bourgogne, comme quoi !
- Tiens, toi, avec Valou, vous n’avez jamais envisagé de faire des mômes…
- Ha bah non, pour l’instant on n’a pas trop envie. A ce propos, tu as vu le débat sur les Rendez-vous de la Toile à propos de la natalité ?
- Mwoui, mais moi je suis pas trop d’accord avec les interdictions…
- Bon là, ça serait pas des interdictions, mais des incitations…
- Oui, mais souvent ça commence comme ça… Moi je pense qu’il y a de la place pour tous sur la terre.
- On a pu stabiliser à 8 milliards mais il ne faudrait pas monter beaucoup plus haut… Dans tous les cas, si on est plus nombreux, il y aura de la surface en moins…
- Peut-être, mais je trouve que ce plafonnement du revenu minimum par famille n’est pas une bonne idée. Pour les familles nombreuses, ça peut quand même réduire de beaucoup l’ESU par personne, même s’ils disent qu’il y aura un plancher. Je ne trouve pas ça forcément juste… Parce que les enfants des familles nombreuses, ils ne sont pas responsables du choix de leurs parents…
- Oui, mais il faut bien inciter les gens à réfléchir…
- Tu sais, avec les progrès techniques et puis surtout la diffusion des bonnes pratiques, les prix en énergie/surface n’arrêtent pas de baisser… La terre peut sûrement encore nourrir du monde. Rappelle-toi, il y a encore dix ans, le kilo de blé valait parfois jusqu’à 1 ou 2 ESU… Maintenant il est 10 fois moins cher ! Pareil pour les voyages… Notre croisière en Méditerranée, ça ne nous coûte vraiment pas cher … Même si j’arrêtais mon job de véto pendant 1 an, on pourrait se la payer… On peut quand même produire et consommer beaucoup plus qu’avant, alors je dis qu’il y a encore une bonne marge…
- Bon, je sais que l’on n’est pas d’accord là dessus… Mais de toute façon, la réforme a peu de chance de passer. Le plafonnement par foyer est plutôt minoritaire dans les unions générales communautaires. Et puis, maintenant que l’information circule, les gens ne font pas tant d’enfants que ça… Il y a peu de nana qui ont plus de trois ou quatre enfants, même celles qui font de la recompoz … Si on fait la moyenne avec celles qui n’en veulent pas, ça équilibre… Mais tu parlais de ton job de véto, tu veux arrêter ?
- Non, non, c’était histoire de dire… Mon job de vétérinaire pour la communauté de la Côte, c’est plutôt un bon plan… Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ça ne rapporte pas un accroissement d’ESU extraordinaire, mais ça me plait bien, et puis, je suis surtout payé en pinard… Et là, je me régale.
- Tu m’étonnes ! D’ailleurs, faudra qu’on rouvre quelques bouteilles… Moi tu sais, c’est pour ça aussi que je suis retourné en Bourgogne.
- Oui, mais y’a aussi plein d’autres coins où on fait des trucs supers… Chaque pays a ses goûts propres, c’est ça qui est bien… Enfin, moi question pinard, j’ai jamais réussi à faire quelque chose de correct… Mais pour en revenir au boulot, peut-être que plus tard je reprendrai le job de médecin… J’aimais bien aussi, et peut-être que ça me laissait plus de temps… Finalement il n’y a pas tant de gens malade que ça… Et toi ça va ton boulot ?
- Ben ouais, à la Tech-fabrique de la Copro urbaine de Dij, on produit les nouveaux visios. On s’est calé sur le standard WBW…
- On m’a dit que WBW était trop lié au parti de l’English langage.
- Beaucoup de gens disent ça à cause du nom, mais les choses sont plus compliquées… En fait, toutes les langues sont représentées dans le WBW, même le Nova Espéranto. D’ailleurs, les défenseurs du Pluri-langue préfèrent souvent le WBW…
- Ils utilisent aussi Omninom, qui est pas mal non plus d’un point de vue ergonomique…
- Oui, c’est vrai, mais un jour, tout ça va converger… Bon, et puis tu sais, moi je n’y tiens pas plus que ça au WBW. J’aime bien la production et le développement, et c’est vrai que je m’éclate sur ce standard, mais je suis pas fermé aux autres… Et puis tu sais, je vais peut-être bientôt arrêter de travailler, pendant 1 an ou 2… J’aimerai bien écrire mon bouquin sur le tour du monde…
- Ah oui, ce serait super…
- D’ailleurs quand je pense à ce voyage, ça m’attriste de voir que ça chauffe un peu dans certains coins que j’ai visités.
- Ha oui, j’ai vu ça dans Info-monde ! Tu veux parler de la secte du renouveau corano-consumériste avec son gourou, là, celui qui veut abolir le plaisir sexuel pour le remplacer par la consommation. Je vois pas trop où il veut en venir, mais il a l’air complètement dingue… Et dangereux en plus !
- Ouais, au départ il s’est rallié quelques jeunes mécontents qui ne voulaient pas faire leur service solidaire et puis il a fondé sa nouvelle religion. Il a voulu abolir toute référence à l’ESU. Il réclamait le droit sacré à la pollution, ou je ne sais pas quoi… Mais en fait, il voulait surtout que ses fidèles soient ses larbins. Finalement, des volontaires de la Forto Mondo ont du intervenir, et le type a été mis hors d’état de nuire.
- C’est dommage qu’il faille en arriver là… Moi je ne suis pas pour les interventions armées.
- Parfois c’est nécessaire…
- Peut-être, mais souvent, ce genre de dérive s’arrête d’elle-même. Aujourd’hui, les gens sont éduqués et informés, ils savent à quoi s’attendre. Et puis comme la plupart vivent assez bien, ils ne sont pas assez fous pour adhérer à ce genre de bêtises. Ou alors, ils n’y adhèrent pas longtemps. Bien vite, ils se rendent compte qu’on donne de l’ESU sur les nuages …
- Pas toujours… Et puis parfois les gourous usent de violence pour contraindre les gens à rester chez eux. Dans le cas du renouveau corano-consumériste, il avait commencé à fabriquer des armes… et à s’en servir !
- Oui, mais dans le cas d’un individu dangereux et déterminé à emmerder le monde, ce sont les communautés alentours qui se rendent compte que ça ne tourne plus rond. Le type, même s’il s’arme, même s’il réunit quelques imbéciles ou quelques fous furieux, il ne peut pas tenir longtemps, parce que plus personne n’échange avec lui, parce que les gens le fuit comme la peste, lui et ses partisans…
- C’est vrai, mais en attendant, il peut faire du dégât… Alors je dis que parfois, il faut intervenir, et là c’était le cas.
- Oui, là, c’est vrai, et puis, il fallait surtout protéger les communautés environnantes de la violence. Enfin, c’est triste que des évènements comme ça se produisent encore à notre époque. Ce qui m’étonne dans cette affaire, c’est que ces bêtises passéistes ressurgissent de temps en temps. Pourtant les gens savent très bien qu’il y a un siècle, on vivait moins bien que maintenant. Il y avait la pollution, la guerre, la misère. Dans les pays pauvres, les gens ne mangeaient pas à leur faim, et dans les pays riches, ils étaient esclaves du travail. Ils étaient vraiment obligés de travailler. Mon grand-père a connu ça, il m’a raconté. Il y avait des chefs, des patrons qui n’étaient même pas élus. Les gens ne pouvaient pas choisir leur travail, ils ne pouvaient pas s’arrêter de travailler quand ils en avaient envie, et ils étaient dépendants pour tout. Ils menaient des vies de dingues, à faire la queue sur la route pour aller travailler ou pour chercher de la nourriture intoxiquée dans des sortes de marché-usine où on faisait venir les marchandises de n’importe où, n’importe comment, sans se soucier de la valeur en ESU. D’ailleurs personne ne se souciait de la valeur en ESU à l’époque. Les gens produisaient et consommaient n’importe comment, il n’y avait pas de régulation, rien !
- Oui, mais certaines personnes vont te dire qu’à l’époque, les gens voyageaient plus vite dans leur avion ou dans leur auto à essence…
- Ah oui, parlons-en ! Il parait qu’au dessus des villes, ça balançait tellement de carbone, que l’été, les gens ne pouvaient plus respirer. Il y avait des maladies terribles, des cancers, des malformations, des intoxications… En tant que médecin, j’ai étudié ça… C’était horrible. Et je te raconte pas les ravages de l’alimentation intoxiquée avec les hormones et les pesticides !
- Attends, c’est pas la peine de me convaincre, moi aussi je sais tout ça. Et puis je ne suis pas le seul. Aujourd’hui c’est plus la même vie. Les gens prennent leur temps. Ils s’en moquent de filer à seulement à 50 à l’heure sur leur vélaire. Leurs grands parents allaient deux fois plus vite, mais ça les avançait à quoi ? Il parait que c’était pas beau à voir quand ils se rentraient dedans. Pareil, pour les voyages en dirlaire ou en bateau… Ca dure un peu plus longtemps que l’avion à réaction mais c’est plus beau…
- Ouais, encore, que certains zing avaient de la gueule… Sur la visio, j’ai fait pas mal de simulation et c’est pas mal…
- Ha mais ouais, en virtuel, tu peux y ailler, ça va pas coûter cher en ESU…
- Bon, on a causé, ça donne soif… On rouvre une autre bouteille ?
- Hum… Je crois qu’on est obligé… Il faudra quand même qu’on garde deux bouteilles fraîches pour Malka et Valou, sinon, quand elles arriveront, elles vont nous faire la gueule…
- Ouais, en attendant, à la tienne ! Regarde, il y a le soleil qui descend sur les champs, et puis tu sens ce petits vent…
- Oui, c’est plein de parfums… A la tienne !
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